29. Paco
Ils étaient à peine partis que le cri de Prune déchira le silence. Sans même hésiter, il lâcha ses affaires, ordonna à Carmen et Al de se cacher et fonça en direction du cri.
Il arriva devant une scène d’horreur. Une forme humanoïde avait transpercé Auguste avec une arme pointue qui ressortait du dos du vieillard. Du sang commençait à couler par terre. C’étaient donc eux, les androïdes qu’ils avaient croisés ? Il vit Prune accourir vers Auguste.
Merde.
Si le robot la voyait, il la tuerait. L’attention de ce dernier se focalisa sur Paco qui fonçait sur Prune. Le robot tendit la main. Un rayon chargea au creux de sa paume et fusa droit sur Paco qui l’esquiva au dernier moment. Comment un rayon pouvait-il être aussi rapide ? Il sentit ses cheveux tomber sur ses épaules, son élastique seul avait été touché. Ce n’était pas passé loin.
Alors qu’il atteignait Prune, Auguste rugit :
- T’as vraiment cru que t’allais t’en tirer comme ça, enfoiré d'tas d'ferraille ??
Paco entendit un coup partir, sûrement orienté vers le cyborg. Il attrapa Prune à temps. Profitant de la diversion d’Auguste, il l’emmena se cacher derrière un muret.
- Prends soin d’eux, gamin ! cria une dernière fois Auguste à son attention.
Un son mat se fit entendre.
Puis, ce fut le silence total.
Paco et Prune ne bougeaient plus. Il la tenait fort contre lui, les pierres du muret s’enfonçant dans son dos.
Des pas métalliques vinrent dans leur direction. Ça y est, ils allaient mourir.
Paco sentait qu’il tremblait. Son visage était en partie caché par les mèches de ses longs cheveux noir. Prune aussi tremblait et s’accrochait à lui, terrifiée.
Les pas s’arrêtèrent à quelques mètres d’eux. Le temps se suspendit pour de bon.
Paco sentait le regard de l’androïde sur eux mais gardait les yeux rivés vers le sol. La peur le prenait tant aux tripes qu’il était incapable de faire le moindre geste.
Et, au bout de quelques secondes, l’androïde fit demi-tour. Paco et Prune refusèrent de bouger encore un moment et le jeune homme priait pour que Carmen et Al et l’autre petit garçon soient restés cachés.
Quand il fut sûr d’être seul, il desserra son étreinte.
- Ça va ? demanda-t-il avec une voix qu’il ne reconnut pas.
Prune avait les yeux grand ouvert.
- Papy…
- Reste là, je- je vais voir…
Avec une délicatesse saccadée, il installa Prune à sa place et osa un œil par-dessus le muret. La rue était déserte à l’exception d’une masse verte et rouge couchée au milieu, immobile. Paco déglutit. Boum, boum, boum. Ses pas faisaient anormalement du bruit. Boum, boum, boum. Non, ce n’étaient pas ses pas. Mais les battements terrifiés de son cœur. En regardant partout, il s’approcha lentement du corps d’Auguste. Il le retourna. Un point rouge trouait le milieu de son front. Ses yeux fixaient le ciel sans le voir. C’était trop tard.
- Papy… ? fit une petite voix à côté de lui, éclipsée par son pouls bruyant.
Mince, il n’avait pas-
Prune se jeta sur le corps de son grand-père et se mit à pleurer très fort. Milo sortit de sa cachette et avança vers eux d’un pas hésitant. Al et Carmen les rejoignirent également, tels de nouveaux acteurs dans un drame muet.
Alors que Carmen le prenait dans ses bras, Paco, encore sous le choc, expliqua succinctement ce qu’il s’était produit avec des mots tremblants. Mortifiés, Al et Carmen ne purent que se tenir impuissants devant le corps inerte de l’ancien militaire.
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Auguste fut enterré dans sous une pile de gravas. Ils étaient un peu trop loin des premières dunes du désert pour porter son corps jusque-là. Une croix de fortune accompagnée de son nom et de sa casquette vint achever la sépulture. Prune était inconsolable. Carmen resta avec elle dès l’instant où elle la retira doucement du corps du vieil homme. Elle l’aida à embellir sa tombe et lui fit parler de son grand-père pour lui rendre un dernier hommage. Il alla de soi que Milo et Prune rejoignaient leur groupe.
Paco, lui, était resté en retrait. Un mort de plus. Et lui qui y assistait sans pouvoir rien y faire. Alors qu’il sentait sa poitrine se serrer, il prit discrètement un comprimé.
D’un accord à l’unanimité, ils se mirent en route pour les sources chaudes. Mieux valait se perdre un moment, et mettre de la distance avec les évènements terrible de la vallée.

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