Impact

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À travers la baie d'observation, des millions d’étoiles scintillaient sur la toile noire de l’univers. Le contraste entre l’obscurité et la vitesse de l’hyperespace était frappant. Seule la lumière d’une étoile suffisamment proche venait briser les ténèbres du vide spatial.

— Oui… À peu près deux heures… Difficile de dire quelle distance nous avons parcourue… répondit Adam, avant d’enfouir son visage dans ses mains, accablé.

Kiran détourna son regard vers le hublot d’observation, fixant silencieusement l’immensité extérieure. L’espace d’un instant, il fit abstraction des alarmes hurlantes et des lumières d’urgence clignotant dans l’habitacle. Une idée fugace lui traversa l’esprit.

— Adam, le système de détection… Il est toujours opérationnel ?

Surpris, Adam releva la tête et jeta un coup d'œil au félin avant de se tourner vers sa console.

— Euh… Attends, je vérifie. Je n’avais pas pensé à regarder.

Il pianota sur son écran pendant quelques secondes, puis releva les yeux.

— Il est toujours actif. Pourquoi ?

— Cette lueur blanche, au loin… C’est une étoile, non ? demanda Kiran, écoutant son instinct qui lui soufflait que ce détail pouvait être crucial.

— Tu peux lancer un scan ?

Adam hocha la tête et activa les scanners. Il ajusta les paramètres pour obtenir les données les plus précises possible. Quelques minutes plus tard, les premiers résultats s’affichèrent.

— Bon, déjà une bonne nouvelle… Aucun signe du Consortium ! annonça Adam en continuant de lire les relevés. On est bien dans un système stellaire. Une étoile de classe G, apparemment… Attends, il y a autre chose !

— Quoi, Adam ?

— Il y a une planète dans la zone habitable !

— Sérieux ?! Enfin une bonne nouvelle ! s’exclama le Neurorien, retrouvant un semblant d’optimisme. Tu peux obtenir des détails ?

— Malheureusement, non… Les capteurs du vaisseau sont vieux et partiellement fonctionnels. Notre niveau énergétique est trop bas pour analyser la planète… expliqua le Terrien en soupirant, s’enfonçant dans son fauteuil.

— Laisse tomber. De toute façon, on n’a plus de propulsion… C’est mort pour y aller.

— À moins que… réfléchit Adam à voix haute.

— À moins que quoi ?

Adam ne répondit pas immédiatement. Il se remit à pianoter frénétiquement sur l’écran holographique, naviguant d’un menu à l’autre, comme possédé par une soudaine révélation. Kiran observa la frénésie de son coéquipier, intrigué.

— J’ai peut-être une idée… Mais je ne pense pas que ça va te plaire.

— Dis toujours, on ne sait jamais.

— Le système de propulsion et la navigation sont HS, mais il y aurait peut-être un moyen de les relancer de force. Je ne sais pas si ça peut marcher, et évidemment, les conséquences risquent d’être…

— Dangereuses ? De toute façon, foutu pour foutu…

— Non seulement dangereuses, mais aussi potentiellement fatales. Si ça fonctionne, on pourrait obtenir l’impulsion nécessaire pour se placer sur une trajectoire vers cette planète. Mais il y a un hic.

— Vas-y, crache le morceau, Adam.

— On n’a plus que 3 % d’énergie. Pour réussir, il faudrait tout utiliser. Plus de boucliers, plus de systèmes de survie… Plus de compensateurs inertiels, plus de gravité artificielle… Rien. On ne pourra pas freiner et on va souffrir le martyre. Et si ça foire, on mourra de toute façon : asphyxiés, gelés, ou écrasés par la dépressurisation.

— Tu penses que ça peut marcher ?

— Peut-être… Mais je n’ai pas d’autre idée, avoua-t-il en haussant les épaules.

— Mourir maintenant ou plus tard ? Autant tenter le tout pour le tout ! On le fait.

— D’accord. Il me faut une trentaine de minutes pour tout préparer.

Kiran était impressionné. Adam avait toujours su se débrouiller avec la technologie des vaisseaux, mais jamais à ce niveau. Ils avaient déjà volé un ou deux appareils à l’Institut Mazarie, ce qui leur avait valu de lourdes sanctions. Kiran, le pilote. Adam, l’ingénieur de bord. Mais ce que le Terrien s’apprêtait à faire aujourd’hui dépassait de loin ses compétences… Il n’avait jamais étudié cela. Alors, comment ? Mais Kiran n’avait pas le temps de se poser des questions. Il devait se concentrer sur la manœuvre. Il commença à calculer la trajectoire idéale pour intercepter ce monde inconnu. Viable ou non, il s’en fichait. Mourir ici ou là-bas, quelle différence ?

Adam se mit au travail, ses gestes rapides et précis trahissant à la fois sa concentration et une étrange certitude. Il se leva et disparut vers la salle des machines. Là, il réorienta les circuits énergétiques, coupa des vannes, réalisa des shunts et des dérivations sur le réseau de propulsion. Le vaisseau, bien qu’endommagé, se débattait, déclenchant une alarme à chaque manipulation. Une demi-heure plus tard, tout était prêt.

— Reconfiguration terminée. Je vais détourner l’énergie vers la propulsion et la navigation. On n’aura qu’une seule chance, et pas plus d’une minute. À mon signal, exécute la manœuvre tant qu’on a encore du jus ! Après, ce sera fini.

— Compris. Prêt à ton signal.

Adam ajusta les derniers paramètres. Détourner l’énergie était une chose, mais il devait aussi contrôler manuellement le débit entrant dans les propulseurs. Pas assez, et rien ne se passerait. Trop, et une surcharge provoquerait l’implosion des moteurs. Pas le droit à l’erreur.

— À trois, j’y vais. Prêt ?

— Oui ! lança Kiran, les yeux rivés sur ses instruments.

— Trois… Deux… Un !

Kiran appuya immédiatement sur les commandes.

Le vaisseau trembla violemment. Toutes les lumières s’éteignirent d’un coup, à l’exception des consoles des deux pilotes, dont l’éclat faiblissait à vue d'œil.

Les moteurs rugirent.

À l’extérieur, les propulseurs s’illuminèrent, projetant leur lumière bleutée dans le vide spatial. Sans un bruit, l’appareil entama sa poussée et sa manœuvre d’interception.

Sur la passerelle, l’absence de gravité et de compensateurs inertiels rendait tout plus difficile. Kiran luttait pour maintenir le cap, tandis qu’Adam tentait désespérément de stabiliser le flux d’énergie. Le vieux vaisseau grinçait sous la contrainte, comme s’il protestait.

Kiran, enfin aligné, coupa les propulseurs directionnels, ne laissant que les moteurs subliminiques boire les ultimes gouttes d’énergie.

Puis tout s’éteignit.

Les moteurs s’évanouirent dans le silence. Les consoles s’éteignirent une dernière fois. Toute l’énergie s’était consumée dans cette ultime action.

Devant eux, la lumière de l’étoile baignait la passerelle, sa lueur masquée par la silhouette du monde inconnu vers lequel ils dérivaient désormais.

— On a réussi, je crois… souffla Kiran.

— Oui… Une étape de franchie. Mais cette fois, le vaisseau est mort pour de bon.

Plongé dans l'obscurité glaciale et le silence oppressant de l'espace, le vaisseau poursuivait son lent voyage vers la planète située dans la zone habitable. Privé d'énergie, l'intérieur devenait progressivement un tombeau de métal où le froid s'insinuait comme un spectre invisible. Chaque déplacement au sein de la carcasse inerte relevait désormais de la prouesse technique : sans gravité artificielle, le moindre mouvement demandait contrôle et précision.

Kiran frissonna. L’air se refroidissait à une vitesse inquiétante, et rester assis dans son fauteuil n’arrangeait rien. D’un geste décidé, il détacha sa ceinture et se laissa flotter dans la passerelle, son corps dérivant lentement dans l’apesanteur. La faible lueur de l’étoile voisine dessinait à peine les contours de la pièce, projetant des ombres diffuses sur les parois métalliques. Pivotant sur lui-même, il attrapa fermement le dossier de son siège avec ses griffes, stabilisant sa trajectoire.

— C’est plus facile que je ne le pensais, lança-t-il en direction d’Adam avec un sourire amusé. Tu devrais essayer, c’est plutôt marrant.

Adam grogna, les bras croisés.

— Surtout, tu comptes aller où comme ça ?

— J’en peux plus de rester en place… et surtout, je commence sérieusement à me geler les miches. Je vais chercher des couvertures.

— Mouais… Perso, je vais t’attendre ici.

Kiran haussa les épaules, feignant l’indifférence.

— Comme tu veux ! Mais tu rates quelque chose, vraiment !

D’un mouvement mesuré, ralenti par l’absence de pesanteur, il se propulsa vers l’entrée de la passerelle. Là, il ouvrit le coffre de secours et saisit une lampe torche, qu’il alluma aussitôt. La lumière perça timidement l’obscurité, révélant le couloir désert devant lui. D’un dernier regard vers Adam, il se laissa glisser dans le couloir, disparaissant dans les ténèbres métalliques du vaisseau.

Kiran avançait lentement, ses doigts engourdis s’agrippant aux parois métalliques du vaisseau. Le froid s’infiltrait en lui comme un poison, rendant chaque mouvement plus laborieux. L’obscurité pesante l’enveloppait, seulement troublée par le mince faisceau blafard de sa lampe torche. Son souffle résonnait doucement dans l’habitacle silencieux, seul repère dans cette atmosphère oppressante. Soudain, son faisceau illumina un amas de caisses flottantes. C’étaient les conteneurs de matériel de l’expédition, suspendus dans l’apesanteur comme s’ils avaient été abandonnés en plein mouvement. Il tendit la main pour en écarter une, mais au contact, elle bascula et percuta les autres, déclenchant une réaction en chaîne. Un concert métallique s’éleva alors que les caisses heurtaient la paroi du couloir dans un vacarme assourdissant. Kiran se figea un instant, tendant l’oreille. Ce bruit résonnait bien trop fort dans le silence absolu du vaisseau. Il avala sa salive et se faufila prudemment entre les caisses qui continuaient de dériver lentement autour de lui, évitant de nouveaux chocs.

Lorsqu’il atteignit enfin le dortoir, il arrêta sa progression net.

Dans la pénombre, Zena flottait au centre de la pièce, son corps inerte dérivant doucement, ses bras ballants, sa chevelure s’étalant dans l’apesanteur comme une ombre mouvante. Son teint était d’une pâleur inquiétante, et elle semblait totalement absente, suspendue dans un état irréel. Un frisson lui parcourut l’échine. Il sentit une boule d’inquiétude se former dans son ventre. Pendant un instant, il eut l’impression qu’elle respirait de nouveau.

— Zena ? murmura-t-il avec espoir.

Pas de réponse.

Son cœur battait plus vite maintenant, mais il se força à se reprendre. Il devait s’assurer qu’elle était stable, qu’elle ne risquait pas de dériver ainsi à travers le vaisseau.

Sans perdre de temps, il retourna dans le couloir et fouilla fébrilement parmi les caisses. La première était vide. La seconde aussi. Il ouvrit la troisième avec un soupçon d’impatience.

— Bingo… Une sangle, souffla-t-il, soulagé.

Revenant auprès de Zena, il passa un bras sous son corps flottant et l’attira vers une couchette. L’apesanteur rendait la manœuvre compliquée, chaque geste devait être précis pour éviter qu’elle ne lui échappe. Enfin, après quelques tentatives, il réussit à l’attacher solidement. Il resta un instant immobile, la fixant, s’assurant qu’elle était bien maintenue. Un léger soulagement s’empara de lui. Avant de repartir, il jeta un regard vers les autres couchettes et saisit deux couvertures. Sa tâche accomplie, son cœur s’allégea légèrement. Zena était en sécurité… du moins, autant que possible dans ces conditions extrêmes. Mais l’avenir s’annonçait incertain. Prenant une dernière inspiration, il fit demi-tour et reprit la direction de la passerelle, prêt à retrouver Adam.

Les heures s’étaient écoulées dans un silence pesant. Enroulés dans leurs couvertures, Kiran et Adam luttaient contre le froid mordant qui s’infiltrait jusque dans leurs os. Chaque minute qui passait rendait l’air plus glacial, plus hostile. Puis, un changement subtil se produisit. La lumière extérieure évolua lentement, passant d’un éclat froid à une teinte verdâtre étrange. Intrigués, ils levèrent les yeux vers la baie d’observation. Devant eux, le monde du système apparut enfin, imposant et énigmatique. Une gigantesque sphère d’un vert pâle dominait l’espace, ses contours floutés par une épaisse atmosphère grise. De vastes nuages striaient sa surface, masquant par endroits de sombres étendues mouvantes, semblables à des océans d’un vert profond. Ce qui semblait être des continents se découpaient çà et là, couverts de vastes étendues sombres, interrompues par d’imposantes formations grises rappelant des chaînes montagneuses.

Kiran fut le premier à rompre le silence :

— Adam ! Déjà, ce n’est pas une boule de feu…

— Ouais… admit Adam, captivé par le spectacle. On dirait qu’il y a des mers, des forêts et des montagnes… C’est plutôt bon signe. Mais… je ne vois aucune ville.

Kiran fronça les sourcils.

— Un monde primitif ?

— Probablement, oui. Si c’est le cas… on risque d’être coincés ici pour toujours.

Un grondement de frustration s’échappa de la gorge de Kiran.

— Putain…

Adam détourna les yeux du hublot, le regard grave.

— Mais avant de penser à ça, il faudrait déjà survivre à l’entrée atmosphérique… et au crash.

Un silence pesant s’installa de nouveau entre eux, tandis que la planète verdâtre grandissait inexorablement dans la baie d’observation.

Enfin, le vaisseau entama sa rentrée atmosphérique. Sans bouclier, avec une coque endommagée, sans énergie ni propulseurs, la descente s’annonçait suicidaire. Adam espérait que la friction avec l’atmosphère suffirait à ralentir leur chute, que cette dernière serait assez dense pour freiner l’épave qu’ils pilotaient. Mais il n’y avait plus de retour en arrière. Ce monde représentait leur dernière chance de survie, et il ne leur restait qu’un maigre espoir : la chance.

Le vaisseau se mit à trembler violemment sous la pression croissante. L’air s’échauffa à une vitesse alarmante. La coque, déjà fragilisée, devint une fournaise alors que l’atmosphère compressée formait un plasma brûlant sous la carlingue. La température intérieure bascula brutalement du froid glacial à une chaleur suffocante. Les vibrations s’intensifièrent, secouant chaque rivet, chaque panneau, chaque centimètre de métal usé. Adam et Kiran, harnachés à leurs sièges, encaissèrent des chocs brutaux, leurs corps projetés contre les sangles à chaque secousse. L’air empestait le métal brûlé, le plastique fondu et l’ozone surchauffé. Des crissements stridents résonnaient tout autour d’eux, crescendo infernal qui trahissait la souffrance du vaisseau. Puis les crissements devinrent des grincements. Les plaques métalliques se tordaient, les structures cédaient sous l’énorme pression, et un bruit sinistre résonna, comme un hurlement funèbre. Une secousse plus violente que les autres fit trembler la passerelle. Des morceaux de cloison se fissurèrent, certains panneaux explosèrent sous la dilatation thermique. La baie d’observation se couvrit d’innombrables fissures, projetant des éclats de verre dans l’habitacle. Puis, soudain, la bulle de plasma se dissipa. La température retomba d’un cran.

— On a survécu ! s’exclama Kiran, haletant.

Mais il cria victoire trop tôt. Leur vitesse restait bien trop élevée. Le vaisseau, bien que ralenti par l’air, poursuivait sa chute vertigineuse. La gravité s’imposait, implacable, les écrasant contre leurs sièges. Sans compensateurs inertiels, chaque mètre perdu les enfonçait un peu plus dans leurs harnais. Le paysage se dévoila enfin, à travers les vitres fendillées : une pluie battante obscurcissait l’horizon, mais au-delà des gouttes, ils distinguaient des montagnes acérées et une forêt dense d’un vert lugubre. La surface du monde se dessinait sous eux comme une menace imminente, un mur impitoyable prêt à les broyer.

— Adam, on va trop vite ! On ne peut pas atterrir comme ça ! hurla Kiran, la panique dans la voix.

— Je sais ! Mais le vaisseau est mort ! On ne peut rien faire !

Un bruit sourd et métallique résonna dans la carcasse. Un pan entier du fuselage se détacha, projeté dans le vide. Une immense brèche s’ouvrit à bâbord, l’air s’engouffrant avec la brutalité d’une explosion. Puis, dans un fracas assourdissant, la baie d’observation céda à son tour. Le verre vola en éclats, la pluie glaciale s’abattit sur leurs visages tandis qu’un vent hurlant envahissait la passerelle.

L’impact était imminent.

Et puis, il arriva.

Le premier choc fut une onde de destruction. La coque heurta un pic rocheux, arrachant une partie du vaisseau comme du papier d’aluminium. L’impact déchira l’appareil en deux, un hurlement métallique déchirant l’air. Les moitiés disloquées se séparèrent violemment, propulsées dans des directions opposées. Adam et Kiran furent brutalement projetés contre leurs sièges. Kiran sentit une douleur fulgurante transpercer sa main droite : quelque chose venait de la lacérer profondément. Mais il n’eut pas le temps de s’attarder sur sa blessure.

La moitié droite du vaisseau, où se trouvait Adam, plongea en spirale vers une montagne. Elle percuta la pente dans un déluge de destruction, arrachant des arbres centenaires, déracinant la forêt sur son passage. Les troncs volaient comme des brindilles sous l’impact. La structure métallique se tordait, hurlait sous la pression, jusqu’à ce qu’enfin, dans une explosion de débris, elle s’immobilise brutalement.

De l’autre côté, la moitié gauche, avec Kiran à son bord, subit un sort similaire. Elle s’écrasa violemment contre les arbres, pulvérisant branches et roches avant de s’arrêter dans un champ de décombres fumants.

Puis le silence.

Un silence effrayant.

Seul le vent siffla à travers les carcasses éventrées, tandis que la pluie martelait les débris calcinés. Des volutes de fumée s’élevaient paresseusement dans l’air saturé d’humidité.

Le vaisseau n’était plus.

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