Une Nouvelle Menace ?

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D’un mouvement fulgurant, la créature fondit sur Adam, ses pattes griffues lacérant l’air, la gueule grande ouverte. Un rugissement guttural, bestial, résonna dans le ventre de la grotte.

À cet instant précis, Adam sentit de nouveau cette étrange pulsation intérieure. Cette sensation de clairvoyance absolue. Comme s’il lisait le futur dans les mouvements de l’air, dans le rythme de la bête. Il sut — avant même que cela n’arrive — ce que la créature allait tenter.

Lorsque l’alien abattit violemment sa patte griffue vers lui, Adam réagit sans réfléchir. Son corps se baissa d’un mouvement fluide, guidé par une intuition surnaturelle. Le souffle du coup lui frôla le visage, soulevant un courant d’air suffocant. Dans le même élan, il leva sa barre de fer et la planta de toutes ses forces dans l’abdomen exposé de la bête.

Un hurlement guttural, strident, emplit la grotte. L’alien recula, ses yeux éclatants d’abord plissés de rage, puis teintés d’une lueur nouvelle : la peur.

Adam se redressa, haletant, couvert de sueur et de boue, mais debout. Résolu. Il fixait la créature droit dans les yeux, sans trembler. Il n’y avait plus de place pour la peur. Elle avait changé de camp.

La bête, désormais acculée, grogna faiblement. Sa gueule béante se referma dans un claquement nerveux, comme pour dissimuler sa vulnérabilité. Elle commença à reculer, une patte après l’autre, lentement, comme si elle comprenait que son adversaire avait pris le dessus.

Adam n’hésita pas. Il s’approcha, le souffle court, et leva son blaster, l’arme tremblante de détermination. Le canon effleura presque le front écailleux de la créature. Il appuya sur la détente.

Une décharge aveuglante jaillit, illuminant la grotte d’un flash rouge et blanchâtre. Le son claqua comme une explosion dans le silence oppressant.

Le monstre s’effondra dans un bruit sourd, son corps massif frappant la roche avec un choc final. Son souffle s’éteignit.

Adam resta figé, la poitrine soulevée par sa respiration saccadée. Le silence retomba, brisé seulement par quelques gouttes d’eau filtrant depuis la voûte de la grotte.

Il regarda le cadavre étendu à ses pieds, l’odeur âcre du plasma brûlé se mêlant à celle, plus organique, du sang violet qui s’écoulait lentement de la bête.

Un sentiment mêlé de soulagement, de triomphe... et d’épuisement le submergea. Il l’avait fait. Contre toute attente, il avait survécu. Et mieux encore : il venait de vaincre l’un des prédateurs de ce monde.

Mais il savait que ce n’était qu’une étape.

Son regard parcourut le corps de la créature. Il allait devoir s’en nourrir — la question n’était plus « s’il le pouvait », mais « comment il allait faire ». Comment dépecer, transporter, conserver cette masse de chair alien ? Et surtout... comment en tirer profit sans s’empoisonner ?

Il s’agenouilla lentement près du corps, le souffle toujours court.

— On va voir ce que tu as dans le ventre, murmura-t-il, plus pour lui-même que pour quiconque.

Adam s’approcha lentement du corps massif de la créature. Elle gisait là, inerte, la gueule entrouverte, laissant échapper une langue noire et visqueuse, et ses quatre yeux éteints, vides. La tension de la confrontation était encore présente dans ses muscles, mais l’adrénaline laissait peu à peu place à une fatigue sourde… et à la faim.

Il observa le flanc du monstre, puis ses membres postérieurs. L’un d’eux, partiellement replié sous le poids de la carcasse, attira son attention. Il était long, musclé, parcouru de tendons solides et de veines gonflées. Ce serait la partie la plus simple — et la plus utile — à prélever. Mais il n’avait aucun couteau. Juste sa barre de fer.

— Bon… on improvise.

Il serra la prise de sa barre de métal, la planta d’un coup sec dans l’articulation du genou de la créature. Un craquement humide se fit entendre, suivi d’un suintement de fluide violet sombre. La peau était dure, presque cuirassée, mais là où les écailles étaient plus fines — juste au creux de l’articulation — il pouvait s’acharner. Adam donna un autre coup, puis un troisième. Il appuya, planta, glissa, déchira. Le métal, bien qu’émoussé, fit son œuvre par la force brute. Il s’acharna, s’arc-bouta, coinçant la barre entre l’os et le cartilage, forçant avec tout le poids de son corps. La tension monta dans ses épaules, ses bras, ses abdominaux. Le souffle court, les bras tremblants, il poussa un dernier cri de rage.

Un craquement sec retentit. L’os venait de céder.

Adam tomba à genoux, haletant. Devant lui, la jambe de la créature pendait, partiellement détachée. Il se redressa, planta la barre dans le sol pour s’en servir comme levier, puis d’un effort long et douloureux, il arracha le membre du reste du corps.

La jambe chuta dans un bruit sourd, soulevant un nuage de poussière et d’éclaboussures de fluide organique.

Le membre amputé pesait sans doute près de quatre-vingts kilos. Adam s’arrêta un instant, évaluant la tâche colossale qui l’attendait. Transporter une telle masse à travers plusieurs kilomètres de forêt détrempée semblait presque impossible. Le trajet de retour prendrait des heures, pensa-t-il. Mais avait-il seulement le choix ? Il devait ramener de quoi survivre.

Il se pencha, glissa ses mains sous la jambe musculeuse, prêt à sentir le poids lui broyer les bras.

Mais rien. Aucune résistance.

La masse monta avec une facilité déconcertante, comme s’il soulevait une simple branche.

Adam resta figé, l’objet encore dans ses bras. Un souffle d’étonnement s’échappa de ses lèvres. Ce n’était pas possible. Pas sans aide. Pas avec ses bras. Et pourtant... il l’avait fait. Il observa un instant ses mains, ses avant-bras tendus, la jambe de l’animal posée sur son épaule. Était-ce un autre effet du fauteuil Esthérian ? Ce pouvoir étrange qui grandissait en lui ? Sa force, comme sa guérison, semblait... altérée. Ou transcendée.

Mais il n’avait pas le luxe de s’interroger. Pas ici. Pas maintenant.

La forêt restait un piège silencieux, et l’odeur métallique du sang s’étendait dans l’air comme une invitation pour tout ce que ce monde comptait de charognards. Il s'ajusta, raffermit sa prise sur le membre, puis reprit la marche. La jambe solidement calée sur son épaule, il s’engagea sur le chemin du retour. Ses pas, malgré la charge, étaient sûrs. Puissants. Silencieux. Il se mouvait à travers le sous-bois comme un animal traquant sa tanière, les sens en éveil.

La pluie persistait, tapotant les feuillages au-dessus de lui comme des doigts tambourinant sur un tambour végétal. Chaque goutte semblait souligner l’intensité de son isolement. L’air était lourd, gorgé d’humidité, saturé de senteurs de terre retournée, de sève et de chair blessée. Adam avançait d’un pas régulier, mais l’œil aux aguets. La force nouvelle qui l’habitait lui offrait un regain de confiance, mais la prudence restait son guide. Ici, tout pouvait tuer. Enfin, après ce qui lui sembla une éternité de vigilance, les premières formes tordues de l’épave émergèrent entre les troncs. Le métal froissé, les silhouettes familières du vaisseau, les marques du crash… tout était là. Un abri. Un repère. Un espoir.

Il était de retour.

De retour à l’épave, Adam s’empressa de trouver un endroit abrité, à l’écart des courants d’air et à l’abri de la pluie qui tambourinait encore sur les flancs métalliques du vaisseau. Dans un renfoncement de la coque, protégé par un pan tordu de carlingue, il trouva un espace sec, suffisant pour s’installer. Là, il déposa le membre massif de la créature. Toujours muni de sa fidèle barre de fer, il entama la découpe. La chair était dense, fibreuse, tendue autour de muscles puissants. Chaque mouvement demandait de la précision et de la force. Adam s’appliqua, fractionnant la jambe en morceaux plus petits, plus faciles à manier. Ses mains, sales et engourdies, travaillaient avec une concentration acharnée.

Une fois la viande prête, il sortit de son sac une pièce d’équipement essentielle à toute mission d’exploration : un briquet à plasma. Petit, compact, à peine plus gros qu’un pouce humain, cet outil de survie était devenu standard dans les kits d’urgence depuis plus d’un demi-siècle. Sa fonction ? Produire un jet de plasma d’une chaleur extrême, capable de sécher et d’embraser même du bois vert ou détrempé.

Adam empila quelques morceaux de bois récupérés plus tôt dans la forêt, et les cala à l’aide de plaques de métal arrachées au vaisseau, formant un abri sommaire pour son foyer. Il pressa le bouton du briquet. Un souffle incandescent jaillit, d’un bleu aveuglant, léchant les fibres du bois qui, aussitôt, s’embrasèrent avec un crépitement sec. Les flammes grandirent rapidement, chassant l’obscurité et réchauffant l’air glacé de l’épave. Le bois humide fumait abondamment, mais la chaleur était réelle, et la lumière vacillante du feu dansait sur les parois déformées de l’habitacle comme des ombres de revenants. Adam s’assit lentement près du feu, laissant la chaleur gagner son corps transi. Le crépitement du foyer contrastait avec le martèlement sourd de la pluie contre le métal. Pendant un instant, malgré la carcasse du vaisseau, malgré la créature abattue et la solitude, quelque chose ressemblant à la paix effleura son esprit.

Il soupira.

Enfin… un peu de répit.

Il installa les morceaux de viande sur un support improvisé : quelques tiges métalliques tordues suspendues au-dessus du foyer. La chaleur du feu fit lentement grésiller la chair, et une odeur étrange mais appétissante commença à se répandre dans l’air confiné de l’épave. L’arôme, mélange de sucré, de fer et de graisse brûlante, fit gronder son estomac. Il repensa à la barre protéinée avalée la veille – fade, caoutchouteuse – et un soupir lui échappa. Pour la première fois depuis des jours, un vrai repas.

Assis près du feu, les yeux fixés sur les flammes qui dansaient, Adam savoura ce moment de répit. Ses pensées tourbillonnaient encore en lui – le fauteuil, Kiran, l’étrange transformation de son corps – mais il décida de les mettre de côté. L’instant était trop précieux. Il devait se concentrer sur le concret, sur sa survie.

La créature qu’il avait abattue représentait une menace écartée, mais aussi une ressource précieuse. Grâce à elle, il pourrait tenir encore plusieurs jours, peut-être plus.

Lorsqu’il porta le premier morceau de viande grillée à ses lèvres, la chaleur de la chair contrastait avec l’humidité ambiante. Le goût, bien que sauvage et légèrement métallique, était bien plus savoureux qu’il ne l’avait espéré. Dès les premières bouchées, une sensation étrange le traversa : comme une énergie nouvelle, une chaleur interne qui semblait revitaliser chaque muscle, chaque fibre de son être. Il ne s’agissait pas seulement de satiété, mais d’un regain de force presque surnaturel. Était-ce la composition de cette chair inconnue ? Ou bien encore un effet des mutations provoquées par le fauteuil Esthérian ? Il n’en savait rien, mais l’effet était réel.

Le feu crépitait doucement, sa lumière dansant sur les parois déformées du vaisseau. L’atmosphère était presque apaisante. Pour la première fois depuis le crash, Adam se sentit un peu plus en sécurité, un peu plus maître de son destin. Il ferma un instant les yeux, laissant la chaleur chasser le froid qui s’était accroché à sa peau depuis son arrivée sur cette planète sauvage. À l’extérieur, malgré la pluie, la fumée du feu montait vers le ciel, visible à des centaines de mètres à la ronde. Ce panache sombre pourrait trahir sa position… ou servir de signal. Peut-être que Kiran le verrait. Peut-être qu’il viendrait à lui.

Mais avant tout, il y avait quelque chose d’essentiel à accomplir.

Adam se leva lentement, le ventre plein et l’esprit plus clair. Il tourna les yeux vers la porte de la pièce où reposait Zena. Son regard se durcit. Il ne pouvait pas laisser son amie ainsi, allongée sans sépulture, au milieu des restes d’un vaisseau éventré. Elle méritait mieux. Même si ce monde n’était pas le sien, même si rien ici n’était familier, Adam voulait lui offrir un dernier hommage.

Il improvisa un outil en fixant une plaque de métal à l’extrémité de sa barre de fer à l’aide de câbles récupérés sur les parois arrachées du vaisseau. La pelle était grossière, mais suffisamment solide pour creuser. Il sortit à l’abri de la coque, sous un surplomb rocheux non loin de l’épave, et se mit au travail. Le sol était dur, gorgé d’eau et mêlé de racines, mais il persévéra. Il creusa pendant une heure, peut-être plus, jusqu’à obtenir une fosse décente. Il revint alors chercher le corps de Zena. Il la détacha doucement de la banquette, l’enroula dans une couverture de survie argentée, et la porta jusqu’à l’extérieur. Il la déposa dans la tombe avec un soin infini.

Avant de refermer la terre sur elle, il posa un genou à terre, baissa la tête, et murmura quelques mots.

— Tu méritais mieux que ça, Zena… Je suis désolé.

Il se releva, recouvrit lentement le corps, et plaça plusieurs pierres lourdes au sommet du monticule. Une croix improvisée, faite de deux tiges métalliques croisées, fut plantée à la tête du tertre.

Il resta encore un moment, silencieux, les bras croisés.

Le vent soufflait doucement à travers les arbres. Pour un instant fugace, le monde sembla suspendu.

Puis Adam tourna le dos à la tombe.

La journée fut longue, Adam toujours assis auprès du feu qu'il entretenait observé la lumière du jour diminuer lentement laissant place à la nuit noir de ce monde. Une nouvelle journée venait de s'achever, il marqua une paroi du vaisseau à l'aide sa barre de fer, traçant deux rayures.

-Déjà deux jours sur ce monde.

Puis il referma la porte derrière lui et s’allongea sur le lit désormais vide. Le matelas, dur et irrégulier, conservait encore la chaleur du feu qui brûlait non loin de là. Cette nuit sera meilleure, pensa-t-il, laissant son corps épuisé sombrer enfin dans le sommeil.

Mais la paix ne dura pas.

Adam se réveilla en sursaut, son cœur battant à tout rompre. Un bruit métallique résonnait à l’extérieur, comme un écho fantomatique dans les entrailles du vaisseau. Il se redressa dans l’obscurité totale, l’oreille tendue. Des objets tombaient, glissaient, raclaient le sol. Quelqu’un fouillait frénétiquement l’épave.

L’odeur de la viande… un autre prédateur ? Ou autre chose ?

Il attrapa instinctivement son blaster, vérifia la charge – une grimace. — Merde… plus de munition, chuchota-t-il.

Ses muscles engourdis par le sommeil protestèrent lorsqu’il se leva du lit, mais l’adrénaline acheva de le réveiller. Il saisit la barre de fer, son dernier rempart face à l’inconnu.

À pas feutrés, Adam s’approcha de la porte. Il glissa les deux parois métalliques avec lenteur dans les murs, tentant de ne pas faire grincer le système mécanique rouillé. Une mince ouverture lui permit de jeter un coup d’œil dans le couloir. Le feu, à l’extérieur, projetait des ombres mouvantes sur les parois déformées du vaisseau. Tout semblait figé… jusqu’à ce qu’un bruit, plus net, résonne : un choc d’objet renversé, puis un frottement, presque animal. Adam se glissa hors de la pièce, blaster vide dans une main, ferraille dans l’autre. Les bruits provenaient de l’avant du vaisseau, là où la structure était la plus abîmée. Il progressait lentement, chaque pas accompagné du martèlement lointain de la pluie sur la coque. À mesure qu’il approchait, les sons se firent plus précis : des grognements étouffés, des déplacements rapides entre les débris. Quelqu’un – ou quelque chose – fouillait méthodiquement.

Et soudain… une silhouette.

Floue, partiellement dissimulée par les tôles tordues. Adam se plaqua contre le mur, retenant sa respiration. Elle bougeait vite, nerveusement. Elle fouillait les décombres, comme si sa vie en dépendait.

Humanoïde.

Il resserra sa prise sur la barre de fer, prêt à bondir. Mais en s’approchant prudemment, il distingua mieux les traits de l’intrus : une femme. Jeune, trempée, couverte de boue. Ses longs cheveux noirs collaient à son visage. Elle s’agitait, fouillant frénétiquement les restes du vaisseau, les mains tremblantes, les yeux fous.

Adam hésita. Elle avait l’air désespérée, pas hostile. Il inspira profondément, se dévoila lentement et lança, d’une voix ferme mais mesurée :

— Hé ! Vous ! Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ?

La femme sursauta, se retourna brusquement. Pendant un court instant, leurs regards se croisèrent. Le sien était empli de panique. Elle leva les mains aussitôt, à mi-hauteur, comme pour montrer qu’elle n’était pas armée.

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