Seyra D'Vara

10 minutes de lecture

Adam braquait son blaster avec fermeté, les bras tendus, les doigts crispés sur la crosse. L’inconnue, figée dans le halo vacillant d’une lumière filtrant entre deux parois brisées, leva aussitôt les mains en l’air.

— Ne tirez pas ! Je vous en supplie ! lança-t-elle d’une voix tremblante, rauque d’émotion et de peur.

Il ne flancha pas. Son regard se planta dans le sien, glacial, les yeux plissés sous la tension.

— Reculez. Tout de suite. Loin de la console.

Il accompagna ses mots d’un mouvement sec de son blaster, bien qu’il sache qu’il n’avait plus aucune charge. Elle hésita, puis fit lentement un pas en arrière, gardant les yeux rivés sur lui.

Adam suivit chacun de ses gestes, son cœur battant à tout rompre. Elle se tenait à moins d’un mètre d’une vieille console de commande de la passerelle, inutilisable depuis le crash. Mais le fait qu’elle l’inspectait comme si elle cherchait quelque chose d’important ne lui échappait pas.

— Vous allez me dire ce que vous faisiez là, tout de suite. Qu’est-ce que vous cherchiez dans cette console ? répliqua-t-il, d’un ton dur, froid comme l’acier.

L’étrangère baissa lentement ses mains, sans faire de mouvement brusque, ses yeux sombres glissant vers la console, puis revenant sur lui.

— Je... je suis votre seule chance de quitter ce monde, déclara-t-elle, d’un ton plus assuré, comme pour détourner la conversation.

Adam, déstabilisé un instant par cette déclaration inattendue, hésita. Son bras se relâcha légèrement… puis il se reprit aussitôt, ramenant le blaster en joue.

— Ce n’est pas la réponse à ma question. La console ! hurla-t-il, la voix teintée d’impatience. Qu’est-ce que vous cherchiez ?

— Des données... une balise de détresse, avoua-t-elle, sa voix vibrante d’un mélange de peur et d’honnêteté. Je voulais m’assurer que vous ne faisiez pas partie du Consortium.

Un silence tendu s’installa.

— Et si ça avait été le cas ? répondit Adam, la voix plus basse, plus menaçante.

— Alors... alors ce serait vous ou moi, murmura-t-elle, le regard fuyant. Mais vous... vous n’avez pas l’air d’en être. Pas avec ce regard... Je me trompe ?

Adam resserra la prise sur son arme.

— C’est moi qui pose les questions. Compris ?

Elle acquiesça d’un hochement de tête rapide, soumise à l’autorité qu’il imposait.

— Pourquoi ? Pourquoi cette paranoïa du Consortium ?

— Parce qu’ils me traquent. Depuis longtemps. J’ai pas eu le choix... Il fallait que je sache si j’étais en danger.

— Et pourquoi je devrais vous croire ? répliqua-t-il sèchement, le blaster toujours levé, son regard perçant chaque mot qu’elle prononçait.

Un nouveau silence s’installa. L’eau ruisselait toujours dehors. Le feu, plus loin, projetait des ombres vacillantes sur les parois du vaisseau, comme si lui aussi écoutait.

— Tout simplement parce que je fais partie d’un groupe qui s’oppose au Consortium, répondit-elle, la voix plus posée, baissant légèrement les yeux.

— Une rebelle, alors ? lança Adam, la voix méfiante.

— Pas exactement. Disons... une alternative. Une autre vision des choses.

Intrigué malgré lui, Adam abaissa lentement son blaster, sans toutefois le ranger. Il restait sur ses gardes, mais la curiosité commençait à prendre le pas sur la méfiance. Son regard détailla la jeune femme plus attentivement, à la recherche d’un signe, d’un indice, d’un mensonge dans son comportement.

Elle mesurait à peine un mètre soixante, avec une silhouette fine mais vive. Ses cheveux noirs, longs et légèrement ondulés, encadraient un visage à la fois marqué et lumineux. Des yeux bruns, grands, brillants, empreints de quelque chose d’à la fois fatigué et plein d’espoir. Un nez légèrement retroussé, des traits délicats, une peau dorée par le soleil, tachetée de quelques fines rousseurs. Une beauté étrange, discrète, presque hors du temps.

Mais Adam ne se laissa pas distraire.

Il inspira profondément, resserra ses doigts autour de la barre de fer qu’il tenait toujours dans l’autre main, et retrouva toute sa vigilance.

— J'écoute, dit-il enfin, le regard dur. Mais faite attention à ce que vous allez dire. Et en quoi vous êtes ma seule chance ?

— J’ai un vaisseau. Vous non. Le vôtre est une épave. Sa voix s’adoucit à mesure qu’elle baissait lentement les bras. Le stress s’atténuait, remplacé par une certaine lucidité.

— Mais au fait... reprit-elle, le regard légèrement plissé. Comment est-ce seulement possible ?

— Quoi ? demanda Adam, fronçant les sourcils.

— La survie. Elle désigna d’un geste vague les parois brisées du vaisseau. Avec un crash pareil, vu l’état de l’épave, l’étendue des dégâts… c’est un miracle que vous soyez encore debout. Et sans la moindre blessure ?

Son regard se fit plus perçant. Moins inquiet, plus intrigué.

Adam se tendit légèrement, pris de court. Il détourna un instant les yeux, comme s’il cherchait une réponse.

— La survie… probablement de la chance, répondit-il d’un ton évasif. Quant aux blessures… j’en ai aucune idée, à vrai dire.

Un silence passa entre eux, lourd de sous-entendus. Elle continuait de le fixer, comme si elle devinait qu’il lui cachait quelque chose. Et peut-être qu’il le faisait.

— Mais pourquoi me sauver ? Je viens littéralement de vous menacer de mort. Adam la fixait, encore méfiant.

— Je n’ai pas vraiment le choix… répondit-elle avec un sourire teinté d’amertume. J’ai peut-être un vaisseau, oui, mais toute seule, il ne me sert à rien. On est tous les deux coincés ici. Alors autant éviter de gaspiller nos forces à se menacer mutuellement.

— Effectivement, admit Adam en balayant du regard les restes de la passerelle, ce vaisseau est mort depuis un moment maintenant.

— Alors pourquoi rester ? demanda-t-elle, surprise. Il n’y a rien ici, pas même de quoi survivre longtemps.

— Je ne peux pas partir sans lui.

— Lui ?

— Mon ami. On a été séparés pendant le crash. J’était dans l’autre partie du vaisseau… celle qui a fini de l’autre côté de la colline.

Elle haussa un sourcil, sceptique.

— Écoutez… je ne veux pas être cruelle, mais vu l’état du vaisseau, il est sûrement mort.

— Non, répondit Adam sans hésiter. Je le sens. Et surtout, j’ai une preuve.

— Laquelle ?

— Tout simplement parce que son corps n'était pas là, répondit Adam d’un ton assuré. Il aurait dû être attaché au fauteuil de la passerelle, comme moi. Mais il n’y était pas.

Il désigna d’un geste la direction au-delà de la colline.

— J’étais dans l’autre moitié de l’épave, de l’autre côté. J’ai traversé toute la forêt pour rejoindre cette section, espérant le trouver ici…

Il marqua une pause, le regard sombre.

— Mais à mon arrivée, rien. Le siège était vide. Aucun corps, aucune trace de lutte. Il s’est réveillé, j’en suis convaincu. Il est sûrement parti à ma recherche en pensant que j’étais dans cette partie du vaisseau.

L’humaine resta figée, stupéfaite. Depuis le temps qu’elle arpentait ce monde hostile, jamais elle n’aurait imaginé qu’un être vivant puisse survivre à un tel enfer. Elle avait vu le vaisseau se disloquer dans le ciel comme une coquille brisée, puis s’écraser avec une violence inouïe. L’impact avait résonné dans les montagnes, comme le rugissement d’un monde en colère. Et pourtant, cet homme se tenait là, devant elle. Vivant. Indemne. Non seulement il avait survécu au crash, mais il avait aussi traversé la forêt... cette forêt qu’elle-même avait toujours évitée. Un territoire qu’elle savait hanté par une créature féroce, tapie dans l’ombre, traquant sans relâche. Cela défiait la logique. La simple idée qu’il ait pu parcourir cette étendue sauvage, seul, et en ressortir vivant lui paraissait presque irréelle. Inconcevable. Et pourtant, il était là, blaster en main, déterminé, animé d’une volonté qui forçait le respect.

— Traverser la forêt ? Et la colline ? répéta-t-elle, abasourdie.

— Oui… Ce n’était pas exactement une promenade de santé, entre la pluie incessante, l'absence de repères clairs… et cet Alien. répondit Adam, d’un ton mesuré.

— L’Alien… Vous l’avez vu ? s’exclama la jeune femme, la voix teintée d’un mélange de choc et d’incrédulité. Lui échapper tient du miracle ! Il est d’une vitesse fulgurante… et d’une brutalité sans nom.

— J’ai eu de la chance. Et mon blaster a fait le reste, répondit Adam, éludant volontairement les détails de l’affrontement, qu’il préférait garder pour lui.

— Ça fait beaucoup de chance, tout de même… lança-t-elle, les sourcils froncés.

— Peut-être que j’ai une bonne étoile… ou alors ce monde a décidé de ne pas m’achever tout de suite. En tout cas, on ne risque plus rien. Il ne nous traquera plus.

— Attendez… quoi ? Comment ça, « il ne nous traquera plus » ? demanda-t-elle aussitôt, les yeux grands ouverts, une lueur de surprise — voire d’alarme — dans le regard.

— Je n'avais plus rien à manger, alors il ne me restais qu'une seule option, étant blessé il était plus vulnérable donc je l'ai pris en chasse. Expliqua le jeune homme tout en restant flou.

L’humaine restait figée, encore troublée. Quelque chose clochait. Elle n’arrivait pas à comprendre comment un simple humain avait pu non seulement survivre à un crash aussi violent, mais aussi vaincre une créature aussi redoutable, sans une seule égratignure. Le calme d’Adam la déstabilisait encore davantage. Il y avait en lui quelque chose… d’anormal. Pas menaçant, non. Mais une sorte d’étrangeté inexplicable. Une gêne diffuse s’installa en elle, sans qu’elle puisse en identifier clairement la cause.

— Quoi qu’il en soit, je dois retrouver mon ami, reprit Adam, recentrant la conversation. Plus le temps passe, plus les chances de le retrouver en vie diminuent. Il a dû se diriger vers l’autre partie du vaisseau, ça aurait été le réflexe logique…

Il réfléchissait à voix haute, les yeux fixés sur un point invisible devant lui.

— Les sorties sont… compliquées, répondit-elle en secouant légèrement la tête. Je suis coincée ici depuis environ un mois, et il n’a jamais cessé de pleuvoir. Pas une seule accalmie.

— Un mois de pluie non-stop ? s’étonna Adam en la regardant, les sourcils froncés.

— Oui. Constamment. Jour et nuit.

— La déprime… quel endroit charmant, marmonna-t-il avec un demi-sourire ironique. Bon, au moins on risque pas de mourir de soif, hein ?

Il tenta un trait d’humour, léger, pour détendre l’atmosphère. Un sourire fugace étira les lèvres de la jeune femme, mais ses yeux restèrent graves.

— Il est possible, oui, qu’il se soit dirigé vers les restes de la carcasse… Et avec cette pluie incessante, il a peut-être trouvé refuge dans une grotte. Il y en a plusieurs dans les montagnes, dit elle en hochant la tête.

— C’est plausible… espérons juste qu’il ait pris la bonne direction, répondit Adam en soupirant. De toute façon, avec la nuit tombée, on ne peut pas entamer les recherches maintenant. Autant rester ici.

— Oui… La nuit est dangereuse. Elle réveille des créatures qu’on ne croise jamais en plein jour.

Un court silence suivit, puis Adam reprit :

— Au fait, moi c’est Adam. Adam Tenerys.

Elle releva les yeux vers lui, un léger sourire adoucissant ses traits fatigués.

— Enchantée, Adam. Seyra D’Vara. Et on peut se tutoyer, pas besoin de formalités dans un endroit pareil.

— D’accord, Seyra, dit-il avec un petit sourire.

Ils se dirigèrent ensemble vers le feu, dont les flammes dansaient encore faiblement, projetant des ombres mouvantes sur les parois tordues du vaisseau. Assis à côté l’un de l’autre, ils profitèrent un instant du confort rare que leur offrait cette chaleur éphémère.

— Je n’arrive pas à comprendre… comment tu as fait pour tuer cette chose ? demanda-t-elle, la voix empreinte d’un mélange de curiosité et de douleur. Quand je suis arrivée ici… je n’étais pas seule.

Sa voix se brisa légèrement. Adam tourna lentement la tête vers elle, mais ne dit rien, devinant ce qui allait suivre.

— J’étais avec mon.. mon frère, reprit-elle après un court silence, la gorge nouée. Un excellent chasseur, entraîné, expérimenté. On s’est aventurés trop loin sans le savoir. C’était le territoire de cette… chose. Il s’est interposé, m’a protégée… Il est mort sous mes yeux.

Ses yeux brillaient à présent, des larmes silencieuses traçant un sillon sur ses joues salies par la poussière et l’humidité. Adam restait immobile, les flammes se reflétant dans son regard fixe.

— Et toi… toi tu es là, vivant. Sans blessure. Comment as-tu fait, Adam ? Comment tu as réussi là où lui a échoué ?

Adam fixa longuement les flammes dansantes devant eux, les reflets dorés jouant sur son visage tendu. Il resta silencieux quelques instants, puis, d'une voix posée, teintée d’une sincère tristesse et d’un profond respect, il répondit :

— Je suis vraiment désolé, Seyra… Pour ton frère. Je sais ce que c’est de perdre quelqu’un qu’on aime. C’est une douleur qui ne nous quitte jamais vraiment...

Il marqua une pause, le regard toujours rivé au feu, comme s’il y voyait les échos de ses propres pertes.

— Et pour la créature… comme je te l’ai dit, j’ai surtout eu de la chance. Un peu d’instinct, un vieux blaster, et beaucoup de peur. C’est tout.

— Merci… murmura-t-elle doucement.

Elle n’insista pas. Elle comprit qu’il ne lui dirait pas plus, pas ce soir. Mais une question persistait dans son esprit : pourquoi refusait-il d’en parler ? Était-ce vraiment de la pudeur, ou dissimulait-il quelque chose d’autre ?

— On devrait dormir. La journée de demain sera longue, et sûrement pas de tout repos, conclut-elle en se relevant lentement.

— Tu as raison. Allons-y, répondit Adam en hochant la tête.

Ils s’éloignèrent du feu, laissant derrière eux les dernières braises rougeoyantes crépiter dans le silence de la nuit. La forêt, dehors, restait tapie dans l’ombre.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Mickaël DELHERBE ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0