32 - 2

6 minutes de lecture

De leur côté, les forces du Seigneur des dragons semblaient infinies. Chaque instant, des dizaines de har-lin surgissaient à l'air libre, bondissant hors des tunnels creusés par les titanesques créatures. Il y avait déjà des centaines de corps étendus au sol et de nombreux autres les rejoignaient dans la mort, minute après minute.

Il y eut soudain un vent de panique. De l'autre côté du cratère venait de surgir une puissance bien supérieure à la moyenne. L’Émissaire du Seigneur des dragons venait de se joindre à la bataille et causait déjà de grandes pertes. Gabriel se dirigea aussitôt dans cette direction, espérant pouvoir tenir le puissant cavalier et sa terrible monture à distance assez longtemps pour permettre aux autres sifis ou aux aéronefs de l'abattre. Mais alors qu'il se frayait un passage dans la mêlée, une ombre le submergea. Gabriel prit soudain conscience de la présence du Nebu, à une centaine de mètres au-dessus de lui. À son bord, il ressentit la présence de Nihyr. Il avait appris à bien connaître son ancien maître, un homme dévoué à sa cause et courageux dont il aurait reconnu la présence entre mille. Gabriel n'eut aucun doute sur l'identité de la silhouette qui bondit hors du vaisseau, directement vers le pire adversaire du champ de bataille.

L’Émissaire ne semblait quant à lui craindre aucun ennemi. Lorsque Nihyr tomba sur lui, il le repoussa avec une déconcertante facilité. Mais voyant cet humain revenir à la charge sans hésiter, il se dit qu'après tout, il s'amuserait peut-être un peu avec celui-là. Un combat féroce s'engagea alors entre Nihyr et l'Émissaire, sur le dos du dragon qui continuait ses ravages. Le temps que Gabriel arrive à proximité, les belligérants s'envolèrent tous deux sur le dos de l'immense créature et furent rapidement hors de portée.

Tandis que les combats faisaient rage au sol et dans les airs, se jouait un acte décisif sur le dos de l'énorme dragon de l’Émissaire. La bête bataillait contre les vaisseaux de l'alliance des pays du nord. Certains des appareils, plus petits que le dragon, furent détruits d'un souffle, d'un coup de patte ou d'un simple balancement de la queue du monstre. Le dragon se dirigea vers le Nebu avec la visible intention de réduire l'immense appareil en un tas fumant de bois et de métal. Il fut arrêté par l'apparition soudaine d'une créature apparemment faite d'argent ou d'un métal argenté. Un dragon, presque aussi gros que lui, lui barrait la route et il s’engagea un combat féroce. Partout autour, les appareils des hommes tiraient, tombaient, entraînant avec eux un nombre considérable de dragons et de har-lin. Les airs, transformés en un vaste champ de bataille, servaient de scène à une chorégraphie mortelle.

En bas, Gabriel continuait de se démener afin de rester en vie et de porter assistance au plus grand nombre. Il étonna par ses prouesses même certains des sifis qui avaient connu de nombreuses batailles. Il observait également, du coin de l’œil, le combat entre Nihyr et l'Emissaire. Il venait d'abattre deux har-lin lorsqu'il vit un corps projeté contre la coque du Nebu avec une telle force que des débris volèrent dans les airs. Gabriel frémit, car c'était le corps de Nihyr qu'il venait de voir. Il vit l’Émissaire bondir à bord, laissant son dragon se démener contre le colossal adversaire d'argent et une flottille d'appareils rapides qui le canardaient. Gabriel entreprit aussitôt une ascension vers le Nebu.

— Gabriel ! hurla Ellohira, inquiète de le voir ainsi se précipiter.

Son mari sauta du sol pour atterrir sur le dos d'un dragon, dont il tua le cavalier au passage. Après avoir occis la bête, il bondit de nouveau, plus haut, passant d'un appareil à un dragon, jusqu’à ce qu'il puisse se raccrocher à la rambarde du pont inférieur du Nebu. Se hissant à bord, il se rua dans les coursives, ignorant la fumée, les cris et le tonnerre assourdissant des canons. Il arriva sur le pont juste pour voir Nihyr asséner un coup fatal à son redoutable ennemi.

Nihyr tenait à peine debout. Couvert de blessures importantes, il ruisselait de sang. Ses vêtements déchirés laissaient voir sa peau bleuie par les coups et recouverte de plaques de sang brillant. En face de lui, l’Émissaire affichait un air détendu, malgré la perte d'un bras.

— Vous pensiez pouvoir me vaincre seul ? Et vous en sortir vivant ? demanda l’Émissaire de sa voix profonde, qui trahissait toutefois un épuisement considérable.

Sur le pont gisaient plusieurs corps. Des soldats, morts pour la plupart, mais certains vivaient encore.

— Il n'est plus seul ! s'exclama Gabriel en fonçant de toute sa vitesse et de toutes ses forces vers l'har-lin.

Gabriel voulait faire payer à cette chose toutes les vies perdues durant cette bataille. À son grand mécontentement, il fut stoppé par une silhouette haute, vêtue d'une armure resplendissante et d'une longue cape. À sa main, une épée longue, magnifiquement travaillée. Gabriel en sentit immédiatement le pouvoir, cette lame renfermait une puissance pratiquement égale à celle de son sabre. Il comprit qu'il s'agissait de Galdrill juste à temps pour retenir un geste malheureux.

— C'est à moi de rendre justice, en fin de compte, dit-il sans se retourner. Veille sur Nihyr, aide-le, il en a besoin.

— Cet homme est condamné ! ricana l’Émissaire. Il s'est vidé de son sang, et le peu qui lui reste porte mes poisons.

Galdrill se jeta en avant, avec une rapidité que Gabriel n'aurait pas soupçonné. Le roi d'Ernùn engagea le combat contre l'har-lin et Gabriel se porta au secours de Nihyr. Le pauvre homme s'écroula à terre. Gabriel comprit très vite que son ancien maître se trouvait aux portes de la mort.

— J'ai été honoré de te connaître et de t'avoir un temps pour élève, Gabriel.

Sa voix était affreusement faible.

— Tu as tenu jusque là, tu tiendras bien un peu plus longtemps, je vais te soigner.

Nihyr ricana, ce qui le fit cracher un caillot de sang :

— Tu ne peux plus rien pour moi. Je me suis vidé de mon sang et de tout mon pouvoir. Même si tu parvenais à guérir mes blessures...

Gabriel se pencha vers l'homme envers qui il avait une dette de vie, oubliant le fracas des armes derrière lui. Il prit Nihyr dans ses bras et tenta de lui insuffler toute l'énergie qui lui restait. Il sentait le cœur de son ancien maître faiblir. Sous ses efforts, celui-ci sembla se remettre à battre plus régulièrement, mais toujours très faiblement. Lorsqu'il relâcha son étreinte, épuisé, Gabriel examina rapidement Nihyr : les blessures visibles se refermaient, mais la vie continuait de s’échapper du corps du sifis. Gabriel le prit dans ses bras et le porta jusqu’à l'infirmerie de l'appareil. Il déposa le corps de Nihyr sur un lit et deux hommes vinrent aussitôt à ses côtés. Comme dans un rêve, Gabriel n'entendait plus très bien, ne voyait plus ce qui l'entourait. Puis d'un seul coup, son rêve prit fin et il revint dans la réalité. Une réalité violente dans laquelle il se senti soudain empli d'une terreur folle, mais aussi d'une haine farouche et d'un désir de vengeance sans borne.

Il sortit de l'infirmerie en coup de vent et se rendit sur le pont supérieur, espérant secrètement que l’Émissaire serait encore en vie à son arrivée. Il fut presque soulagé de voir Galdrill toujours aux prises avec la créature abominable responsable de tout ça. Poussant un cri de rage, il se rua vers les combattants. Galdrill, surprit, failli être blessé, mais parvint à se dégager et à s'éloigner. Il tenait bon, cet har-lin. Même avec un seul bras, sa défense restait quasiment parfaite. L’Émissaire attendit donc de recevoir le coup de Gabriel, confiant dans les forces qu'il lui restait. Mais le coup qu'il reçut lui coupa le souffle. Il prit de plein fouet toute la haine et la colère d'un sifis véritablement enragé.

— C'est à moi de le tuer ! hurla Galdrill pour se faire entendre malgré le bruit, effrayé par l'aura absolument néfaste qu'il ressentait à présent autour du jeune homme. C'est MA responsabilité, pas la tienne !

— C'est la mienne aussi, répondit Gabriel d'une voix anormalement puissante. En tant que maître de l'Ordre et habitant de ce monde !

Il assena un coup si puissant à son adversaire que l'arme de ce dernier se brisa. L'har-lin émit un bref hurlement de douleur : son bras restant pendait mollement à son côté et il lâcha la garde de son épée brisée. Il lança un regard furieux vers Gabriel alors que celui-ci levait son arme pour l'abattre, mais le coup ne vint pas.

— Galdrill, il est à vous.

Gabriel sauta aussitôt par-dessus la rambarde pour se jeter à nouveau dans la mêlée.

En bas, les sifis et les troupes des hommes achevèrent les derniers combattants du seigneur. Arrivant auprès d'Ellohira, Gabriel la prit dans ses bras, heureux d'en avoir terminé et de la retrouver entière. Il ne se rendit même pas compte qu'elle lui parlait. Sa vision se troubla et il eut l'impression de chuter dans un gouffre sans fin.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire DjuRian ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0