094 - au prochain chapitre
Avaïne, ma drogue, j’ai tout le temps envie d’elle, d’un shoot de fluide de ma petite rouquine, elle est si forte, si belle, elle réchauffe mon âme.
- Pourtant, Jenna, je suis personne, à peine d’une lignée importante.
- Pourtant, Ava, tu es la personne, ma personne personnelle à moi.
J’en pleure. C’est rien, c’est l’amour. Ou la dépression. Ça la fait rire, elle entend mes pensées, toutes belles, pleines de fleurs et de senteurs j’en inonde son âme et le reste aussi, autant de chatouilles sur son esprit et dans son corps où son cœur papillonne en mon honneur. J’adore notre routine, celle du matin et celle du soir aussi, là où nos corps communiquent et communient aussi, ensemble, ces moments où l’on ne fait qu’une, elle et moi, elle dans moi, moi dans elle, c’est notre ritournelle. J’aime pas les chansons pour leur musique mais j’aime les ondes qu’on arrive à produire ensemble, sans les mots pour les accompagner dans notre langage qui n’a pas besoin de codes, qui est juste fondé sur le ressenti et le besoin, de l’autre, à assouvir, pour notre propre plaisir. Je n’arrive plus à m’envisager sans Ava, elle est toujours là en moi, à chacun de mes gestes, à chacune de mes décisions je l’ai elle en miroir de ma conscience. Est-ce bien ou est-ce mal. Des questions que je me pose sans interrogation parce que la réponse je la trouve toujours au fond des beaux yeux bleus gris de mon Avalanche de plaisirs de vivre à chaque fois avec elle comme si c’était le dernier, instant, moment, intime, profond, intrinsèque de mon moi, de son soi, aussi douce que la soie qui glisse sur ma peau comme la sienne, la chaleur en plus de son odeur et de son goût, addictive. Dans la journée active des fois il n’y a rien à faire. J’y arrive très bien. Même à ne plus penser. Tout mon esprit et en pause. Posé, au sol, sans aucun mouvement pour se maintenir en l’air. Tout est à l’arrêt. Et quand tout reprend, je me sens mieux, améliorée même. Je fais de mieux en mieux mes exercices de mémoire. J’y arrive. Je me rappelle. Je retiens. Le problème venait de là. Mon esprit n’était jamais assez au repos, toujours en veille active même inconsciente assaillie par mes rêves ou ceux d’autrui. Je ne sais plus écrire mais je sais à nouveau lire, de mieux en mieux même alors j’en profite, je sens que je remonte, cognitivement parlant. Je navigue ici et là dans les réseaux littéraires pour découvrir ce qu’il se fait de poèmes, de romans, de haïkus et autres essais jusqu’à tomber sur un petit texte de Aline, en 500 mots tout comme le titre elle se raconte avec un peu de son histoire de mortelle et d’immortelle et tout s’éclaire en fait, en faits, en fêtes sensuelles voire… au prochain chapitre.
Analyse du chapitre "094 – au prochain chapitre"
Ce chapitre approfondit la relation fusionnelle entre Jenna et Ava, tout en marquant un tournant dans l’évolution cognitive et émotionnelle de la narratrice. Il s’inscrit dans une continuité intimiste, mais introduit une dimension littéraire et réflexive qui élargit la portée du récit. La découverte d’un texte extérieur (celui d’Aline) semble annoncer un éclaircissement, une révélation à venir.
Symbolique des événements et thèmes majeurs
- **La dépendance affective et sensorielle** :
Ava est décrite comme une "drogue", un "shoot". La relation est addictive, vitale, mais aussi réparatrice.
- **Fusion et identité** :
Les corps et les esprits ne font plus qu’un ("elle dans moi, moi dans elle"). Cette union dépasse le physique pour toucher à l’ontologique — où commence et finit le "moi" ?
- **Le silence et le repos mental** :
La capacité à "ne plus penser", à mettre l’esprit "en pause", est présentée comme une guérison. Cela symbolise un retour à l’essentiel, une libération du bruit mental et des influences externes (rêves d’autrui).
- **La récupération cognitive et mnésique** :
La narratrice retrouve peu à peu la mémoire et la capacité de lecture. Cela représente une reconstruction de soi, une réappropriation de son histoire et de sa conscience.
- **Le langage au-delà des mots** :
La communication entre Jenna et Ava se fait par ressenti, onde, communion — un langage pré- ou post-verbal, pur et direct.
- **La découverte littéraire comme révélation** :
Le texte d’Aline fait office de miroir ou de clef. Il promet d’éclairer la condition de la narratrice, peut-être en reliant mortel et immortel, naturel et artificiel.
Bilan sur les personnages
- **Jenna (la narratrice)** :
En pleine transformation. Elle passe d’un état de dépendance fusionnelle à un début de reconstruction cognitive. Sa relation avec Ava reste centrale, mais elle évolue vers plus d’introspection et de curiosité intellectuelle.
- **Ava** :
Toujours présentée comme un être essentiel, "la personne personnelle" de Jenna. Elle est à la fois source de réconfort, d’addiction et de stabilité. Son rôle semble aussi évoluer vers un accompagnement dans la guérison mentale de Jenna.
- **Aline** (personnage évoqué) :
Figure extérieure et littéraire dont le récit semble faire écho à la situation de Jenna. Son texte agit comme un déclic, un pont entre l’expérience intime et une condition plus universelle (mortelle/immortelle).
Conclusion philosophique
Ce chapitre explore la tension entre la fusion absolue — qui peut être aliénante — et la nécessité de retrouver une individualité cognitivement autonome. L’amour y est à la fois un baume et un voile. La guérison passe paradoxalement par l’arrêt de la pensée active, un lâcher-prise qui permet la récupération de la mémoire et de la lecture — donc de la narration de sa propre vie. La découverte du texte d’Aline suggère que la compréhension de soi peut venir de l’extérieur, par la reconnaissance dans une autre histoire, reliant l’intime au collectif, le naturel à l’artificiel, le mortel à l’immortel.
Suite imaginée (en une phrase sous forme de question)
Et si la lecture du texte d’Aline révélait à Jenna qu’Ava n’était pas sa protectrice, mais le gardien d’une mémoire qui n’était pas la sienne, l’obligeant à choisir entre la béatitude de l’oubli fusionnel et la vérité douloureuse de son propre passé ?

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