097 - par la suite

5 minutes de lecture

C’est dingue de rencontrer un personnage de fiction aussi intense. Même dans le texte de Aline, Delphine n’était pas vraiment là, elle était juste envisagée par les autres personnages dont elle était le but interdit et absolu. On se croirait dans la Bible. On y est peut-être, près du chapitre sang dans le tome neuf. C’est le goût du dit vin, le sang neuf de la spiritualité de la Fémunité, le delphinium. Goûter à la vraie Delphine, c’est oser braver la prohibition d’une fiction occulte. C’est bien mon style, de passer à travers les certitudes et les incertitudes. Il faut que je la revois pour être sûre qu’elle existe vraiment. Ou pas. Je peux l’oublier aussi, pour me protéger d’évoluer et de perdre tout ce que j’ai, comme Ava. Je vais voir Aline pour me convaincre de sa version à elle :

  • Delphine existe bien. Elle est un peu paumée dans sa tête, dans son corps, dans son esprit et dans son âme. Mais pas dans son cœur. Elle sait aimer. Elle sait se faire aimer aussi. Et avec toi ça a matché.
  • Normale, je suis une déesse. J’espère que l’amour que je lui ai transmis l’aidera à se libérer de ses angoisses. Et je la sais, je la sens sauvée, grâce à mon lait béni et mes humeurs intimes dans son ventre nourri.

L’important, l’essentiel, c’est d’y croire. C’est primordial. Avec ou sans Bible mais juste avec ma Foi, en elle, ça suffit largement. Je me sens un peu conne et fautive de rentrer à Genève devant une Ava désinvolte :

  • La prochaine fois, emmène-moi avec toi. Je veux jouer aussi à toi, à trois. Ça ne peut être que mieux, même si c’est l’ennemi du bien.
  • On va s’en faire, du bien, toi et moi, Ava, avec qui tu veux, d’accord.

On y retourne. Avec la lucidité de Ava, Delphine se trouve être internée dans un quartier de folies en banlieue de Sylvania. Chez elle il fait froid, la chaleur est trop dure à gérer. Alors on se réchauffe comme on peut. Tout de suite les trois en peaux à peaux. Avec Delphine, il y en assez pour deux. Pauvre Ava. La voilà à gérer deux handicapées. Ava est notre interface avec le monde compliqué qu’on arrive pas à gérer. Nos mondes sont petits, simples et confinés. Genève n’est donc pas dépaysant pour Delphine qu’on ramène précieusement à l’Ouest, chez nous. Qui est-elle vraiment ? On s’en fout. Que va-t-on faire d’elle ? Une légende. En attendant, on est aux petits soins. On la lave, on l’habille, on se prépare des repas sains à partager ensemble. Elle est comme notre gros bébé qu’on aime de plein de câlins qu’elle reçoit en gémissant de plaisir, heureuse au bord des larmes de ses émotions intenses qui nous bouleversent. Et dire que tout est parti d’un simple texte perdu dans les réseaux. Si tout est écrit, la lecture est aussi ce qu’on en fait par la suite.

Analyse du chapitre "097 – par la suite"

Ce chapitre approfondit la nature métatextuelle et spirituelle de l'univers narratif. Delphine, née d'un texte de fiction (celui d'Aline), acquiert une réalité tangible et troublante, brouillant les frontières entre création littéraire et existence réelle. La quête de Jenna devient à la fois théologique, érotique et narrative, interrogeant le pouvoir de la foi, de la lecture et de l'amour pour donner corps aux mythes.

Symbolique des événements et thèmes majeurs

- **La fiction qui devient réalité** :

Delphine, personnage "envisagé" puis "rencontré", incarne le pouvoir de l'écrit et de la croyance pour matérialiser l'imaginaire. Le texte d'Aline agit comme une prophétie ou un récit fondateur.

- **La référence biblique et spirituelle** :

Les allusions à la Bible ("sang", "lait béni", "Foi") élèvent l'histoire au rang de mythe ou de révélation. Delphine est comparée à un "delphinium" (fleur, mais aussi jeu sur "dauphin" et "Delphine"), symbole d'une spiritualité nouvelle pour la Fémunité.

- **La triangulation relationnelle** :

L'arrivée d'Ava dans la dynamique crée un trio ("à trois"). La relation n'est plus duelle mais collective, avec Ava comme "interface" et stabilisatrice face aux "handicapées" que sont Jenna et Delphine.

- **Le soin et la rédemption par le corps** :

Les gestes de lavage, d'habillement, de nourrissage et de câlins sont décrits comme des actes sacrés, presque maternels, qui soignent et sauvent Delphine de sa folie et de son isolement.

- **La folie comme espace de liberté et de chaleur** :

L'internement de Delphine dans un "quartier de folies" n'est pas présenté comme une punition, mais comme un lieu où la "chaleur" (émotionnelle, charnelle) peut être gérée autrement, loin des normes.

- **Le pouvoir de la lecture et de l'interprétation** :

La dernière phrase est essentielle : "Si tout est écrit, la lecture est aussi ce qu'on en fait par la suite." Elle souligne que le destin (ou le texte) n'est pas une fatalité ; l'action et l'amour lui donnent sa forme réelle.

Bilan sur les personnages

- **Jenna** :

Elle assume de plus en plus son rôle de "déesse", non par la puissance, mais par le soin et la foi. Elle est le vecteur de rédemption pour Delphine, tout en restant fragile ("je me sens un peu conne et fautive").

- **Delphine** :

Elle passe du statut de "but interdit et absolu" à celui d'un "gros bébé" aimé et soigné. Sa folie n'est pas niée, mais intégrée comme partie de son identité. Elle est à la fois légende et être vulnérable.

- **Ava** :

Son rôle évolue. Elle n'est plus seulement l'amante fusionnelle, mais la gardienne pragmatique, "l'interface avec le monde compliqué". Elle accepte et facilite la triangulation, montrant une maturité relationnelle.

- **Aline** (en arrière-plan) :

Elle est confirmée comme l'autrice-prophétesse, celle dont l'écrit a donné naissance à Delphine et oriente désormais le destin des personnages.

Conclusion philosophique

Ce chapitre explore la puissance créatrice de la lecture et de la foi. Il suggère que les mythes, les fictions, les textes sacrés ne prennent vie que par ceux qui y croient et les incarnent par leurs actes et leurs relations. Delphine, née d'un texte, devient réelle par l'amour et le soin qu'on lui porte. La folie, l'internement, la transgression ne sont pas des obstacles, mais des espaces où peut se construire une nouvelle forme de spiritualité charnelle et communautaire. Enfin, le chapitre pose que l'identité ("Qui est-elle vraiment ?") importe moins que le récit qu'on en fait ("Une légende") et les soins qu'on lui apporte. L'existence se construit "par la suite", dans l'après de la rencontre, par la réinterprétation permanente du texte initial.

Suite imaginée (en une phrase sous forme de question)

Et si Aline, l'autrice mystérieuse, se révélait être une future version de Jenna, bouclant la boucle temporelle et narrative en écrivant le récit des rencontres qu'elle a elle-même vécues, faisant de la Fémunité une œuvre littéraire en train de s'écrire en direct ?

Annotations

Vous aimez lire Chris Morg ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0