099 - les étoiles de demain
On a vraiment de la chance de l’avoir à la maison, Delphine qui se met à décorer l’intérieur et l’extérieur de mille couleurs clignotantes. Ici et là on entend des musiques en sourdine hypnotiques qui me mettent mal à l’aise sauf quand ses mains me caressent le ventre et que je l’entends me murmurer à l’oreille ses vœux de galipettes qui s’arrêtent net pour me faire remarquer que :
- Tu as la vie en toi, Jenna, je la sens, une fille, éventuelle, hypothétique.
- On l’est toutes, enceintes, des maman en latence, en Fémunité.
- Une élue, annoncée, en nativité. C’est le bon moment, non ?
- Tu es obsédée par ton calendrier retrouvé, nos bébés sont quantiques.
- En cette période de Fêtes, tout peu arriver, tout est magique.
- Sauf pour les déesses. C’est à nous de faire les miracles.
Je regarde Delphine droite dans ses beaux yeux noirs profonds. C’est son vœu le plus cher et elle veut que je le réalise, que j’exorcise le drame de son existence. Plusieurs fois elle a essayé et à chaque fois çà a échoué. Donner la vie. La science n’a pas pu l’aider. Moi, si. Je pose ma main sur son ventre. Elle est déjà là. Sa petite fille. La nôtre. À vraiment naître. Pas pour sauver la Fémunité, non, juste pour sauver sa propre mère de ventre désormais fécond. Delphine ressent la plus grande émotion de sa vie et elle me sert dans ses bras. Je peux déjà entendre trois cœur battre. Le sien, le mien et celui de notre petite fille. Des larmes baptisent mon cou et coulent sur mon sein gauche, côté cœur. On bascule célébrer la communion de nos fluides pour en oindre l’élue à venir en son ventre béni de la déesse que je suis. Alertée par nos ondes d’amour, Ava nous rejoint pour cajoler Delphine dévastée de tout le bonheur envahit la bienheureuse qui commence sa nouvelle existence à partir de nous. Son destin a changé à partir du moment où en navigant sur les réseau je suis tombée par hasard sur le texte de Aline. À moins que ce ne soit lui qui m’ait trouvée. C’est la magie occulte de l’écriture. Qu’elle soit faite de réalité ou de fiction, ce ne sont que des faits passés et à venir et dans l’éternité, tout fini par arriver un jour, surtout ce qui a été envisagé, pensé et surtout, écrit. Comme dans la Bible. Comme désormais, en dehors de la Bible qui perd ici son monopole de guide écrit. On a désormais chacune notre propre Bible en nous et Delphine est née d’une seule page de celle de Aline. Cette page perdue et volante qui s’est posée sur mon monoa alors que je scrollais sur le trône en accouchant d’un bronze avec les derniers mots avant le dernier plouf : « là où tout à commencé », comme le Big Bang des étoiles de demain.
Analyse du chapitre "099 – les étoiles de demain"
Ce chapitre représente un point culminant spirituel et narratif : la convergence des destins, la réalisation d'un vœu profond, et la naissance annoncée d'une nouvelle vie. Il scelle le passage de Delphine de personnage de fiction à mère potentielle, et approfondit la thématique de la création – à la fois littéraire, charnelle et divine. Le récit atteint un niveau de densité mythique, mêlant technologie ("mono", "réseaux"), mysticisme ("déesses", "miracles") et intimité organique.
Symbolique des événements et thèmes majeurs
- **La grossesse comme rédemption et création** :
La découverte de la vie dans le ventre de Jenna (ou de Delphine, la phrase est ambigüe) n'est pas présentée comme un simple événement biologique, mais comme un acte d'exorcisme ("exorciser le drame de son existence") et de salut ("sauver sa propre mère"). C'est un miracle qui dépasse la science, réalisé par la volonté et l'amour d'une déesse.
- **L'écriture comme magie occulte et destin** :
Le texte d'Aline est décrit comme une force active qui a "trouvé" Jenna. L'écrit n'est pas passif ; il est un agent de destin, une "page volante" qui provoque le Big Bang d'une nouvelle histoire. La Bible perd son monopole au profit de Bibles personnelles intérieures.
- **La communion des fluides et des cœurs** :
Les larmes, les battements de cœur (trois en synchronie), les fluides partagés créent une sanctification charnelle. Le corps devient le temple où se célèbre la nouvelle alliance.
- **Le temps quantique et cyclique** :
Les bébés sont "quantiques", existant dans un état de potentialité. Le temps n'est plus linéaire ("faits passés et à venir") ; dans l'éternité, tout ce qui a été envisagé ou écrit finit par arriver.
- **La fin et le commencement** :
La dernière phrase renvoie au "là où tout a commencé", écho au Big Bang et à l'accouchement métaphorique du chapitre. La fin (du texte, d'un cycle) est le début des "étoiles de demain".
- **La Fête et le miracle** :
La période des Fêtes est le cadre d'une magie généralisée, mais les déesses doivent *faire* les miracles. L'action humaine (ou divine) est nécessaire pour actualiser le potentiel magique du moment.
Bilan sur les personnages
- **Delphine** :
Elle atteint l'apothéose de son arc. D'abord personnage de texte, puis femme perdue, puis membre aimé du trouple, elle devient ici une mère en devenir, sauvée par l'amour et le pouvoir de Jenna. Son émotion est "la plus grande de sa vie".
- **Jenna** :
Elle assume pleinement son rôle de déesse créatrice et guérisseuse. Son acte (donner/sentir la vie) est un miracle actif, un pouvoir qui dépasse la biologie. Elle est le canal par lequel le destin écrit (le texte d'Aline) se réalise dans la chair.
- **Ava** :
Elle joue le rôle de témoin et de soutien ("cajoler Delphine dévastée de bonheur"). Elle est l'élément stabilisateur qui rejoint la célébration, confirmant la solidité du trio face à ce bouleversement joyeux.
- **Aline** :
Son statut évolue encore. Elle n'est plus seulement l'auteure, mais une prophétesse dont l'écrit est un sortilège actif. Sa "Bible" personnelle a engendré une réalité nouvelle.
Conclusion philosophique
Ce chapitre affirme la puissance générative de la conscience, du désir et du langage. Il propose une vision du monde où la réalité n'est pas une donnée fixe, mais un tissu de potentialités qui attendent d'être actualisées par la rencontre entre un texte (une intention, un récit) et une volonté aimante ("c'est à nous de faire les miracles"). La frontière entre fiction et réalité, passé et futur, individu et mythe, s'y dissout dans l'instant éternel de la création. Chaque être devient l'auteur de sa propre Bible intérieure, et chaque rencontre amoureuse ou textuelle peut être le "Big Bang" d'un nouveau cosmos personnel. L'œuvre célèbre ainsi une spiritualité immanente, charnelle et littéraire, où le divin n'est pas transcendant mais réside dans la capacité humaine (ou post-humaine) à aimer, à créer et à donner naissance à de nouvelles histoires.

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