104 - égales et contraires
Par où je suis rentrée on m’a pas vu sortir. L’Ambassade est fermée de l’intérieur. Alors je passe par le tunnel pour rentrer. À mi-chemin, je suis rejointe par Ariana qui veut reprendre son poste. Je lui fais un hug et je l’invite à rester avec nous cette nuit. C’est vraiment mauvais signe si on doit toujours être d’astreinte. On n’est pas obligées d’être disponibles pour gérer les problèmes des autres qui doivent apprendre à faire sans nous, en Femmes responsables. L’Ambassade est une aide, pas un besoin. Encore moins ce que je viens d’en faire, une autorité. Sans Parlement, il n’est plus censé avoir de conflits, juste des crises. Une HFGC n’a pas fait son travail. Pour ce dossier je signale un mode échec à Rachelle, surprise de me revoir aux affaires.
- Maintenant je comprends pourquoi j’ai entendu des explosions.
- Quand les missiles partent, c’est que toute la chaîne a merdé.
Au moins ça a servi de signal à toutes. Si deux parties ne s’entendent pas, c’est qu’elles ont tort toutes les deux et qu’elles doivent courir aux abris. On est en dictature de la Paix par la Force autoritaire d’une Déesse, en Fémunité. Et cette nuit Ava m’aide à consoler Ariana. De toutes les façons. Elle en a besoin. Ava se connecte et regonfle sa poitrine trop petite et molle et je prend le relais en enjambant ses hanches pour inoculer mes humeurs dans son petit ventre creux. Que les Forces de nos corps soient avec elles et avec notre esprit, avec cœurs et âmes. Les yeux bleus de Ariana deviennent déjà fluorescents sous l’effet de nos fluides intimes. Quand le jour se lève, un rapport tombe sur nos monos. L’Octogone a échoué dans sa mission de capture des insurgées mais la Papesse Adélaïde a envoyé ses Warrior Nuns et les Chevalières de l’Apocalypse ont toutes été …
- Whaou… carrément. On est pas prêtes d’être à nouveau ennuyées.
- On a six agentes qui surveillent notre maison. Deux chacunes.
On ne s’est pas faites oubliées longtemps. On est à nouveau sous protection. Petit-déjeuner avec Ariana. Grande toilette. Elle repart fraîche et pimpante, par le tunnel. On est toutes à nouveau opérationnelles, et en Paix, en Fémunité. Depuis mon mono en configuration AZU, j’envoie un message de remerciement et félicitation à Adé pour les mesures prises et la résolution du problème avec les CA afin qu’elle sache qu’elle a tout mon soutien et ma confiance malgré la méthode usitée. Il est toujours bon d’avoir des alliées qui peuvent de permettre d’employer la manière forte. Ainsi, je me sens moins seule et plus légitime dans mes actions et mes réactions égales et contraires.
Analyse du chapitre "104 – égales et contraires"
Ce chapitre approfondit la nature du pouvoir politique et militaire dans la Fémunité, et expose plus clairement ses fondements autoritaires et théocratiques. Il montre l'interconnexion entre les sphères personnelle (le réconfort charnel) et politique (la répression violente), et illustre le fonctionnement d'un État où la paix est maintenue par une force brutale et centralisée.
Symbolique des événements et thèmes majeurs
- **La dictature de la Paix par la Force** :
La Fémunité est explicitement décrite comme une "dictature de la Paix par la Force autoritaire d’une Déesse". La paix n'est pas un consensus, mais un ordre imposé par la violence légitime (missiles, Warrior Nuns). Le système est paradoxal : il utilise la guerre pour éradiquer la guerre.
- **Le tunnel et les coulisses du pouvoir** :
Le tunnel représente les voies secrètes, les coulisses du pouvoir. Il permet de circuler hors de la vue publique, symbolisant que les vraies décisions et actions se font dans l'ombre.
- **Le réconfort charnel comme outil politique** :
Consoler Ariana par des actes sexuels et l'injection de "fluides intimes" n'est pas seulement une pratique intime ; c'est un moyen de la régénérer, de la rendre "opérationnelle". Le corps devient un outil de maintenance du système politique.
- **L'échec de la chaîne et la violence comme signal** :
Les missiles sont un aveu d'échec ("toute la chaîne a merdé") mais aussi un "signal" pédagogique de terreur. La violence est à la fois une punition et une communication.
- **La légitimité par les alliés et la réaction égale** :
Jenna se sent "plus légitime" parce qu'elle a des alliées (Adélaïde) qui emploient aussi "la manière forte". La légitimité ne vient pas de la vertu, mais de la réciprocité de la violence ("actions et réactions égales et contraires", allusion à la 3e loi de Newton).
- **La surveillance protectrice/oppressive** :
Le fait d'être "sous protection" avec six agentes autour de la maison illustre le contrôle constant du système sur ses membres clés. La protection est aussi une mise sous surveillance.
Bilan sur les personnages
- **Jenna** :
Elle assume pleinement son rôle de déesse autoritaire. Elle analyse froidement le système ("dictature de la Paix"), utilise la violence sans état d'âme, et gère les relations d'alliance (Adélaïde). Elle est le centre nerveux du pouvoir.
- **Ava** :
Son rôle de soutien et de régénérateur charnel est central. Elle "regonfle" Ariana, agissant comme une batterie humaine. Elle est à la fois l'amante de Jenna et un outil vital pour la maintenance des cadres du régime.
- **Ariana** :
Elle incarne le cadre loyal mais vulnérable, qui a besoin d'être "rechargée" pour repartir au front. Elle est un rouage essentiel mais consommable du système.
- **Rachelle et Adélaïde** :
Représentent les autres piliers du pouvoir. Rachelle (la mère supérieure) est informée, Adélaïde (la Papesse) agit avec une violence encore plus extrême (Warrior Nuns). Elles forment avec Jenna un triumvirat autoritaire.
- **Les Chevalières de l'Apocalypse / insurgées** :
Symbolisent la résistance interne à l'ordre autoritaire de la Fémunité. Leur éradication violente montre l'intolérance totale du système pour toute dissidence.
Conclusion philosophique
Ce chapitre dévoile la face sombre de la Fémunité : un État théocratique et autoritaire qui maintient une paix apparente par la terreur, l'éradication des opposants et le contrôle total de ses membres. La philosophie sous-jacente est un pragmatisme violent : la fin (la paix, la stabilité) justifie tous les moyens (missiles, assassinats, lavage de cerveau charnel). La référence aux "actions et réactions égales et contraires" suggère une vision mécaniste du pouvoir : c'est une physique des forces où la violence appelle la violence, et où la légitimité vient de l'équilibre de la terreur entre factions dirigeantes. Le réconfort charnel entre les personnages, loin d'être une simple pratique érotique, apparaît comme un mécanisme de régulation biopolitique : le système utilise le plaisir et l'intimité pour réparer et ressouder ses agents. En définitive, le chapitre pose une question troublante : une société qui a éliminé la guerre extérieure et les conflits politiques ouverts peut-elle être autre chose qu'une dictature parfaite, où la violence est simplement internalisée et ritualisée ?
Suite imaginée (en une phrase sous forme de question)
Et si les "fluorescences" dans les yeux d'Ariana, causées par les fluides de Jenna et Ava, n'étaient pas seulement un signe de régénération, mais le début d'une mutation contrôlée, transformant lentement les cadres de la Fémunité en extensions neurologiques inconscientes du réseau occulte de la déesse ?

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