112 - nous voilà bien

5 minutes de lecture

« Je l’emmène ou je l’amène ? On s’en fout on sait même pas de quoi on parle. Et le premier verbe a un caractère de plus, ça me fait passer dans la page 2. » Je l’entends penser d’ici, Ava, à fond dans sa littérature. Elle a pas tous les outils mais ils ne sont pas un gage de réussite non plus. L’important c’est la motivation, la volonté, la Foi quoi.

  • Ava, tu as cette lumière en toi. Ne doute jamais. Ne cours pas après les rêves des autres. Dis-moi, vraiment, au fond de toi, tu veux quoi ?
  • Je veux rien. J’ai déjà tout. Je t’ai toi. Et pour le reste, je me sens à ma place, sur les pas de ma mère, enfin, l’autre, celle à qui je ressemble.
  • Oui, tiens, d’ailleurs, pourquoi tu ne ressembles pas à Rachelle ?
  • Elle ne voulait pas faire comme Dana et avoir une sorte de clone. Elle voulait avoir une Dana à elle pour toujours, moi.

Rachelle est déçue par ses enfants précédents. Et elle est maintenant comblée par Ava, qui est libre de ne pas avoir à marcher sur les pas de sa mère de ventre.

  • Ava, tu n’es pas non plus Dana, et encore moins Dani L.
  • Malheureusement non, je ne suis pas aussi douée que l’une et l’autre.
  • On oublie tous les systèmes de valeur quand on apprend à te connaître.
  • Une rencontre et tout bascule. Je ne t’aimais pas beaucoup non plus.
  • Regarde où on en est. Que s’est-il passé à ton avis ?

Elle me prend la main et la pose sur sa joue en fermant les yeux. Je fais de même et je sens le froid de sa bague, le symbole de notre union. On a rien à faire ensemble et pourtant on est heureuses. Elle lâche son crayon pour m’embrasser, continuer de m’écrire avec sa bouche sur la mienne. J’ai bien de la chance de l’avoir, je me sens moins folle à ses côtés. Toutes mes régulières précédentes étaient trop pour moi. Ava, elle, je n’en aurai jamais assez tant qu’elle reste comme elle est, simple, belle, passionnée, sportive, talentueuse, modeste, limitée, à sa place.

  • Ma place est auprès de toi, Jenna. Tu es la belle et je suis la bête.
  • Je suis une bête, à ma façon, et tu es trop belle, moi, pas assez.

Mais Ava n’aime pas avec ses yeux, elle est aveugle de mon apparence que j’ai tant voulu changer. Ava a l’innocence de n’y voir que mon âme. En fait, elle est la seule a vraiment me voir, mieux que moi-même. Ce qui me rassure, c’est le miroir de ses yeux quand elle me regarde, une impression douce, protectrice, fière, reconnaissante. Personne avant ne m’avait regardée comme ça. Je crois que elle non plus. Nous voilà bien.

Analyse du chapitre "112 – nous voilà bien"

Ce chapitre est une méditation profonde et tendre sur la nature de l'amour, de l'identité et de la perception mutuelle entre Jenna et Ava. Il approfondit leur dynamique en révélant des détails sur la filiation d'Ava et en célébrant leur rencontre comme un point de basculement existentiel. Le ton est introspectif, reconnaissant, et serein.

Symbolique des événements et thèmes majeurs

- Le doute linguistique et la simplicité :

La première réflexion d'Ava sur "emmener/amener" est une métaphore de leur relation : la nuance technique importe moins que le fait d'être "ensemble". La page 2 symbolise une nouvelle étape, une continuation.

- La Foi comme moteur créateur :

L'important n'est pas d'avoir tous les outils, mais "la motivation, la volonté, la Foi". La création (l'écriture d'Ava) et l'amour sont des actes de foi.

- L'identité comme désir de l'autre :

Ava révèle que Rachelle l'a voulue comme "une Dana à elle pour toujours". Son identité est le fruit du désir de sa mère de ventre, non d'une reproduction clonale. Cela la libère de la comparaison ("je ne suis pas Dana, ni Dani L") et lui donne une unicité.

- L'amour comme révélateur de valeur :

Jenna affirme : "On oublie tous les systèmes de valeur quand on apprend à te connaître." L'amour abolit les hiérarchies extérieures (talent, génétique, réussite) pour révéler la valeur intrinsèque de la personne.

- Le regard aveugle et le miroir de l'âme :

Ava est "aveugle" à l'apparence de Jenna (qu'elle a pourtant tant modifiée) ; elle ne voit "que mon âme". Ses yeux sont un "miroir" qui renvoie à Jenna une image "douce, protectrice, fière, reconnaissante". Ce regard mutuel et inédit est le fondement de leur bonheur.

- La beauté et la bête inversées :

Le jeu sur "la belle et la bête" est subverti : chacune est à la fois la bête et la belle. Jenna se dit "bête à ma façon", Ava est "trop belle". L'identité n'est pas fixe ; elles se complètent et se contiennent.

- La simplicité comme plénitude :

Ava ne "veut rien", car elle "a déjà tout". Le bonheur est dans l'acceptation de sa place ("à sa place", "auprès de toi") et dans la simplicité des qualités énumérées ("simple, belle, passionnée... limitée").

Bilan sur les personnages

- Ava :

Son portrait s'affine. Elle est l'enfant désirée pour elle-même par Rachelle, libérée du poids de la lignée pure. Elle est l'artiste imparfaite mais motivée par la foi, l'amante qui voit l'âme, la partenaire qui comble enfin Jenna ("je n'en aurai jamais assez"). Sa modestie et ses limites font partie de son charme.

- Jenna :

Elle exprime une gratitude et un apaisement profonds. Ava la fait se sentir "moins folle", la regarde comme personne auparavant. Elle trouve enfin une régulière à sa mesure, qui l'accepte pleinement, au-delà de ses transformations physiques.

- Rachelle :

Son caractère est éclairé : déçue par ses enfants précédents, elle a créé Ava par désir d'une "Dana à elle", c'est-à-dire d'une compagne/descendante unique, non d'un clone. Son choix a donné naissance à l'être libre qu'est Ava.

- Dana et Dani L :

Restent en arrière-plan comme les figures de la lignée "officielle" et génétiquement pure, contre lesquelles Ava définit sa singularité.

Conclusion philosophique

Ce chapitre célèbre l'amour comme un espace de rédemption et de reconnaissance mutuelle au-delà des apparences et des systèmes de valeur conventionnels. Il propose que notre véritable identité n'est pas ce que nous sommes génétiquement ou socialement, mais ce que nous sommes pour celui qui nous aime d'un regard "aveugle" aux artifices et qui ne voit que l'âme. La relation entre Jenna et Ava est présentée comme un équilibre parfait entre deux êtres qui se complètent dans leurs différences et leurs limites. Ava, "limitée" mais "à sa place", comble le vide de Jenna ; Jenna, "bête" mais "belle", offre à Ava un miroir d'acceptation totale. Le titre, "Nous voilà bien", résume cet état de plénitude et d'arrivée à soi par l'autre. L'œuvre suggère ainsi que le bonheur suprême ne réside pas dans la conquête de nouveaux désirs, mais dans la reconnaissance que, dans la simplicité d'un amour partagé, on "a déjà tout". C'est une philosophie de la suffisance et de la gratitude, où être "bien" est un état atteint par la rencontre d'un regard qui nous voit enfin tel que nous sommes, et tel que nous aspirons à être vus.

Suite imaginée (en une phrase sous forme de question)

Et si ce regard "miroir" parfait entre Jenna et Ava, fondement de leur bonheur, venait à être perturbé par l'apparition d'un reflet tiers dans les yeux d'Ava, celui d'une ombre venue du passé de Rachelle ou de Dana, menaçant de fracturer leur vision exclusive l'une de l'autre ?

Annotations

Vous aimez lire Chris Morg ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0