113 - riantes et euphoriques

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En Ambassade, je me retrouve face à deux mères inquiètes pour leur fille parce qu’elle m’aime un peu trop à leur goût. Je suis une méchante qui profite d’une innocente.

  • Elle a bien de la chance, Ava, d’avoir ses mères qui s’inquiètent pour elle. La mienne n’en a rien à faire de moi, depuis toujours. Vous êtes deux à vous inquiéter pour elle et moi je n’ai personne. L’une d’entre vous voudrait bien se dévouer à s’inquiéter pour moi aussi ?
  • Tu vois, même sur ce point, vous n’êtes pas du même monde. Jenna, tu as des filles aussi, tu peux le comprendre.

En fait, j’ai du mal à m’en souvenir. La dernière est avec Marie je crois. Je me demande si elles s’aiment encore, Rachelle et Dana. Quand Ava va apprendre ça, elle sera furieuse. Ou alors flattée de savoir qu’elle existe un peu aux yeux de ses mères. On l’aime toutes, Ava. Tant. Elle est loin de représenter une menace pour la Fémunité alors que moi, si. Pas tant qu’elle sera avec moi et que je serai avec elle. Si on break, l’une de nous va merder, voire les deux. Prenons soin de notre amour. En rentrant à Genève, je rends compte à Ava sur l’objet de ma convocation :

  • La Paix de la Fémunité dépend de notre amour. L’une sans l’autre on devient dangereuse pour notre civilisation. C’est la nouvelle forme de la Bible qui contrôlait nos destins par ses chapitres, maintenant c’est à nous de nous écrire, pas par nos actes, par nos sentiments.
  • C’est une belle destinée, t’aimer pour l’éternité, ça me plaît. Je veux bien me sacrifier pour la Paix de la Fémunité. Sainte Ava, ça sonne bien.

Elle a raison. Je vote pour. Et voir ça à travers la religion, tout paraît plus facile, évident, comme la Foi en nous, notre amour pour l’autre. Et pour nous même aussi, c’est la base. Ava s’accepte et s’aime. Et moi je continue mes séances d’introspection, nue devant le grand miroir du dressing, je m’admire. Chacune de mes courbes m’inspire de la fierté. Quelle talent tu as, Jenna Jenkins ! Vive la Paix dans l’Amour de la Fémunité de Gaïa ! Telle est notre destinée. Il n’y a pas de planète E. Il y a juste mon univers à moi, c’est mon palindrome intime à faire jouir de mon corps sur le sien. Encore et encore, en attendant que l’extérieur nous appelle encore, aller au marché, préparer à manger, laisser Ava écrire pendant que de mon côté je m’exprime dans le jardin. Prendre soin des fleurs. Faire pousser fruits et légumes. Nourrir les oiseaux du ciel et les poissons de la mare. Ava me rejoint de temps en temps pour un bisou, une caresse ou faire de la balançoire, synchronisées ou décalées, d’avant en arrière, de haut en bas, riantes et euphoriques.

Analyse du chapitre "113 – riantes et euphoriques"

Ce chapitre confronte l'amour de Jenna et Ava aux regards et inquiétudes extérieurs (les mères d'Ava), et élève leur relation au rang de pilier politique et spirituel de la Fémunité. Il marque une transition vers une acceptation sereine de leur rôle et une célébration de la vie quotidienne comme acte de paix.

Symbolique des événements et thèmes majeurs

- L'amour comme garant de la Paix :

La révélation est capitale : "La Paix de la Fémunité dépend de notre amour." Leur relation n'est plus une affaire privée ; c'est un enjeu de stabilité civilisationnelle. Si elles se séparent, elles deviendraient "dangereuses". L'amour devient une fonction politique et une responsabilité sacrée.

- La nouvelle Bible : l'écriture des sentiments :

Jenna déclare que la Bible qui contrôlait les destins est remplacée par leur propre capacité à "s'écrire, pas par nos actes, par nos sentiments." L'écriture intime (celle d'Ava) et l'amour partagé deviennent le nouveau texte sacré qui guide et stabilise le monde.

- Le sacrifice amoureux comme sainteté :

Ava accepte avec joie de "se sacrifier pour la Paix" en aimant Jenna pour l'éternité. "Sainte Ava" n'est pas une ironie, mais une proposition sérieuse : la sainteté réside dans l'amour dévoué qui maintient la paix.

- L'auto-amour et l'introspection :

Jenna pratique l'admiration de son propre corps ("je m'admire") dans le miroir. C'est un acte d'auto-affirmation et de fierté, complémentaire de l'amour reçu d'Ava. L'acceptation de soi ("Ava s’accepte et s’aime") est la "base" de l'amour pour l'autre.

- Le quotidien comme liturgie :

La fin du chapitre décrit une routine idyllique : marché, cuisine, écriture, jardinage, soin aux animaux, bisous, balançoire. Ces activités simples et joyeuses ("riantes et euphoriques") sont présentées comme l'incarnation même de la Paix. C'est la vie ordinaire élevée au rang d'acte sacré.

- Le palindrome intime :

"Mon palindrome intime" est une belle image pour leur relation : symétrique, se lisant dans les deux sens (Jenna/Ava), un mouvement perpétuel de don et de réception ("faire jouir de mon corps sur le sien").

- L'absence de planète E :

"Il n’y a pas de planète E." Cette phrase peut signifier qu'il n'y a pas d'échappatoire, de planète de rechange (Earth ?). L'univers de Jenna est ici et maintenant, dans son jardin et dans les bras d'Ava.

Bilan sur les personnages

- Jenna :

Elle assume pleinement le poids politique de son amour. Elle est lucide sur sa propre dangerosité potentielle et trouve dans sa relation avec Ava l'équilibre qui la rend sûre. Elle cultive aussi un auto-amour sain et fier.

- Ava :

Elle embrasse avec enthousiasme sa destinée de "sainte" amoureuse. Son sacrifice n'est pas une souffrance, mais une joie ("ça me plaît"). Elle est l'écrivaine des sentiments et la compagne du quotidien joyeux.

- Les mères d'Ava (Rachelle et Dana ?) :

Leur inquiétude, bien que présentée comme étouffante, est aussi une preuve d'amour que Jenna envie. Elles représentent le regard familial et social qui tente de réguler, mais que Jenna et Ava transcendent.

- Marie (mentionnée) :

Ancienne partenaire de Jenna, rappelle son passé relationnel instable, contrastant avec la stabilité actuelle.

Conclusion philosophique

Ce chapitre propose une vision utopique où l'amour entre deux personnes devient le fondement actif de la paix sociale et le nouveau sacré d'une civilisation. Il ne s'agit pas d'un amour romantique désincarné, mais d'un amour incarné dans le quotidien (jardinage, cuisine, écriture) et dans la responsabilité politique. La "sainteté" est redéfinie comme la capacité à aimer et à se maintenir dans cet amour pour le bien de tous. L'auto-amour (l'admiration de soi) n'est pas du narcissisme, mais une condition nécessaire pour être capable d'aimer l'autre et de porter cette charge. Le chapitre célèbre enfin la "vie bonne" dans sa simplicité : la paix n'est pas un état abstrait, mais l'ensemble des petits gestes de soin (des fleurs, des animaux, de l'être aimé) effectués dans la joie et la synchronie. En déclarant qu'il n'y a "pas de planète E", l'œuvre suggère que l'utopie n'est pas ailleurs ; elle est ici, à construire et à préserver dans l'intimité partagée et le soin porté au monde immédiat. Le bonheur "riant et euphorique" est à la fois un droit et un devoir révolutionnaire.

Suite imaginée (en une phrase sous forme de question)

Et si l'inquiétude des mères d'Ava, loin d'être un simple souci maternel, cachait la connaissance d'une prophétie ancienne précisément liée à la "Sainte Ava", annonçant que son amour pour Jenna était en effet le garant de la Paix, mais à la condition secrète et terrible qu'il reste à jamais non consommé charnellement ?

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