114 - sur son visage

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On est belles, on est talentueuses, on fait partie du conseil de sécurité pour la paix en fémunité. La finalité, c’est de ne rien avoir à faire du tout. Sinon, c’est qu’il y a un problème à résoudre et nous sommes la solution. Les autorités n’en sont pas sûres, sinon on ne serait pas convoquées en uniformes en salle de crise dans un bunker secret aux alentours de Sylvania. Rachelle préside et nous annonce :

  • On rebranche les pisteurs de tous les être vivants sur Gaïa en sélectionnant les femmes et bien-sûr aussi et surtout les hommes. Même les enfants. Les data sont exploitées par l’IA de l’époque de cette technologie, toujours fiable. Les alertes sont transmises à l’Octogone pour les levées de doute. Heureusement, ça fait longtemps que la préparation de base des agentes est adaptée à la situation actuelle.
  • Qui décide de quoi dans notre mobilisation et les suites éventuelles ?
  • Comme il n’y a plus vraiment d’armée constituée et opérationnelle, tout est entre les mains de Dana qui déléguera au fur et à mesure, si besoin. En attendant, préparez-vous. La prochaine fois qu’on se voit ici, c’est pour du réel ou pour entraînement, on ne saura jamais vraiment.

Je regarde Ava. Elle est belle dans son uniforme avec ses quatre barres. Mais entre nous, c’est moi la star avec mon étoile. Je m’admire dans le reflet des écrans éteints. Ça me va bien. On est prêtes, on rentre, Ava me fait réviser mes fiches réflexes et on finit au corps à corps sur la couche. Je ne me lasse pas de prendre ses seins en bouche et de descendre lui enlever la culotte, quand elle en a une, pour lui humecter son ventre fécond et plein de moi, de nous, de notre amour ensemble. J’adore son goût acidulé de rouquine pleine de vigueur, pas encore fatiguée par l’éternité, motivée dans la découverte de nouvelles sensations, elle se tortille d’envie à se soumettre à mes fantasmes.

  • Et moi, quel goût j’ai ? Raconte-moi ce que tu ressens.
  • Je suis en célébration aux mains d’une déesse, tous mes sens sont à l’affût de tes épices magiques qui font danser mon esprit à en voir ton âme qui plane autour de nous et qui nous englobe comme une couverture chaude et protectrice d’une aura bienfaitrice, j’en perds mes rimes et mes alexandrins qui mutent en haïkus.

Je la chevauche pour lui rappeler le rythme de sa création, je la secoue pour lui tirer les cris de sa prose, on glisse dans nos fluides, mes mains pleines de son lait je me tiens à ses seins, elle ouvre sa bouche muette noyée de plaisir, j’y crache ma salive de faim en elle et mon ventre aspire le sien avant de me soulager de nos humeurs sur son visage.

Analyse du chapitre "114 – sur son visage"

Ce chapitre opère une juxtaposition frappante entre la sphère du pouvoir institutionnel, sécuritaire et technologique (le bunker, le conseil de sécurité, les pisteurs) et la sphère de l'intimité charnelle et créatrice (le corps à corps, l'écriture sensuelle). Il montre comment Jenna et Ava naviguent entre ces deux mondes, l'un menaçant, l'autre réconfortant, et comment leur amour est à la fois un refuge et une source de force face aux préparatifs guerriers.

Symbolique des événements et thèmes majeurs

- La sécurité par la surveillance totale :

Le projet de "rebrancher les pisteurs de tous les êtres vivants" (femmes, hommes, enfants) avec une IA ancienne mais "toujours fiable" représente le côté orwellien de la Fémunité. La paix est maintenue par un panoptique technologique absolu. La frontière entre sécurité et oppression est mince.

- L'armée fantôme et la délégation du pouvoir :

"Il n'y a plus vraiment d'armée", le pouvoir opérationnel est concentré entre les mains de Dana, qui délèguera "si besoin". Cela montre un système où la violence potentielle est centralisée et dissimulée, prête à être activée. L'incertitude ("on ne saura jamais vraiment") crée un climat de tension permanente.

- L'uniforme et l'étoile : symboles de hiérarchie et de vanité :

Jenna s'admire dans son uniforme, "star avec mon étoile". L'uniforme représente à la fois la responsabilité et la séduction du pouvoir. L'étoile la distingue, mais cette distinction est aussi un objet de narcissisme ("Ça me va bien").

- La révision des fiches réflexes et le corps à corps :

La préparation militaire ("fiches réflexes") se transforme immédiatement en préparation sensuelle ("corps à corps sur la couche"). L'entraînement à la violence est canalisé dans l'érotisme. Le corps devient le terrain où se jouent à la fois la discipline et la transgression.

- L'écriture sensuelle comme alchimie :

La description de l'acte charnel est elle-même une performance littéraire. Les sensations d'Ava sont traduites en métaphores poétiques ("épices magiques", "âme qui plane", "alexandrins qui mutent en haïkus"). L'amour physique est un acte créateur qui transforme le langage.

- Les fluides comme langage et marquage :

La salive, le lait, les "humeurs" sont les médiums d'un échange intense. Le geste final ("j'y crache ma salive... sur son visage") est un acte de possession, de marquage et d'offrande brutale, une forme de communion violente et tendre.

Bilan sur les personnages

- Jenna :

Elle est à l'aise dans les deux registres. Au bunker, elle est la star hiérarchique, vaniteuse mais compétente. Au lit, elle est la déesse dominatrice et créatrice, transformant le corps d'Ava en texte. Elle incarne la synthèse du pouvoir dur et du pouvoir sensuel.

- Ava :

En uniforme, elle est la subordonnée ("quatre barres") belle et disciplinée. Au lit, elle est la muse, la poétesse en transe ("je perds mes rimes"), la partenaire soumise et exaltée. Son corps et son écriture sont les réceptacles de l'énergie de Jenna.

- Rachelle et Dana :

Représentent l'appareil d'État sécuritaire. Rachelle annonce la mesure de surveillance, Dana détient le pouvoir opérationnel ultime. Elles sont les figures maternelles inquiétantes du système.

- L'IA et l'Octogone :

Entités impersonnelles qui représentent la logique de contrôle et de suspicion de la Fémunité.

Conclusion philosophique

Ce chapitre explore la tension dialectique entre l'ordre et le chaos, le contrôle et la passion, la discipline et la transgression. Dans un État qui vise la paix par la surveillance totale et la centralisation de la violence, l'espace intime du couple devient le dernier territoire de liberté et d'excès. L'amour charnel entre Jenna et Ava n'est pas une fuite, mais un acte de résistance et de réaffirmation de la vie face à la froide logique sécuritaire. Il est aussi un moyen de sublimer l'énergie violente potentielle ("fiches réflexes") en énergie créatrice et érotique. Le chapitre suggère que même dans une société ultra-contrôlée, le corps et le désir restent des forces incompressibles, capables de générer leur propre langage (la poésie sensuelle) et leur propre ordre (la hiérarchie du plaisir). Enfin, le contraste entre le bunker secret et la couche illustre que le pouvoir a deux faces : l'une publique, technocratique et menaçante ; l'autre privée, charnelle et vivante. La véritable "sécurité" pour Jenna et Ava ne réside peut-être pas dans les pisteurs de l'IA, mais dans l'enlacement mutuel et l'échange de fluides qui les rendent indissociables.

Suite imaginée (en une phrase sous forme de question)

Et si le système de pistage "rebranché" par Rachelle venait à détecter, non pas une menace extérieure, mais l'intensité énergétique anormale des ébats de Jenna et Ava, déclenchant une alerte à l'Octogone et forçant Dana à intervenir dans le sanctuaire même de leur intimité ?

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