117 – l'explosion de tous nos sens
Je me sens si proche de Bri, mais elle n’est pas à moi et je ne suis pas à elle. Tout comme Ava et Izzy.
- Tu lui a fait le coup de la pilule bleue aussi à Izzy ?
- Je lui ai tout fait. Quoi que, non, elle a pas eu le droit aux jouets que tu n’as pas validé. Je suis prudente et respectueuse pour ne pas la perdre.
L’accepter, en entière. Ne pas la contraindre pour mieux la retrouver épanouie. La laisser jouer avec Ava. Qu’est ce qu’elle lui trouve ? Izzy est bien plus sophistiquée. Elle s’arrête de rire avec Ava et me regarde :
- Comme toi, j’aime sa simplicité, ça m’aère l’esprit, et le reste. Tu as bien de la chance Jenna. Avec Ava et avec toi aussi, vous avez tout comprise à ne rien comprendre, juste être simple et basique, pures.
- Tu as aussi ça en toi Izzy, on l’a toute. Et toi plus que les autres, tu n’es pas d’origine humaine ordinaire, tu es une Denisova, une vraie primaire d’origine alors que moi je ne suis qu’une mauvaise copie. Il faut juste savoir lâcher prise et oser être ou devenir ou revenir à ce qu’on devrait être.
D’origine je suis nordique et avec mes expériences de savante folle faites sur moi-même, la grosse blonde aux yeux bleus est devenue une fine brune aux yeux noirs. Me voilà aujourd’hui l’ambassadrice génétique des clones à reproduire pour les mortelles qui meurent quand même. Mais si nos corps peuvent ainsi perdurer, il n’en est pas de même pour nos esprits qui oublient et nos âmes encore moins. D’ailleurs elle est passée où l’âme de la Megan que j’étais ? Elle a été écrasée par celle de la Jenna que je suis, devenue. Bri et Izzy finissent par repartir et je peux récupérer mon Ava encore toute chaude et en sueur de ses ébats :
- Bri m’a testée sur des modes avancés de ses jouets. Mais elle me trouve trop sensible. Ça compromet l’étalonnage qu’elle a faite sur toi.
- On est toutes différentes, il n’y a pas de jouet générique avec le même effet. C’est ce qui pose problème pour ses gadgets et c’est ce qui en fait tout l’intérêt. On se sait jamais comment on va réagir.
Mais c’est sans tous ces artifices que Ava commence à m’entreprendre. Là, on est sûres du résultat. Surtout sur moi. Je ne résiste pas à sa main qui se glisse dans ma culotte pendant qu’elle essaie d’avaler ma langue dans un baiser langoureux de femme amoureuse et passionnée, passionnante aussi. C’est dans ces moments là que j’aimerais que le temps s’arrête, là où seul le présent compte en faisant fi du passé et de l’avenir, cet instant absolu plus intense que temporel, où le plaisir monte encore et encore jusqu’à saturation dans l’explosion de tous nos sens.
Analyse du chapitre "117 – l'explosion de tous nos sens"
Ce chapitre approfondit les thèmes de l'identité, de la transformation et de l'authenticité à travers une série de révélations sur les origines et les évolutions des personnages. Il explore également la tension entre technologie (jouets de Bri) et simplicité naturelle dans la recherche du plaisir, et se clôt sur une célébration de l'instant présent et de l'intensité sensorielle pure.
Symbolique
- L'appartenance et la non-possession :
"Elle n’est pas à moi et je ne suis pas à elle." Cette phrase clé définit une éthique relationnelle non possessive au sein du groupe. Les liens sont libres, fluides, basés sur le désir et le respect, non sur la propriété.
- La simplicité comme valeur suprême :
Izzy explique aimer la "simplicité" d'Ava, qui "aère l'esprit". Jenna renchérit : "vous avez tout comprise à ne rien comprendre, juste être simple et basiques, pures." Dans un monde de technologies complexes et de transformations génétiques, la simplicité devient une vertu, une forme d'authenticité recherchée.
- Les origines et les transformations :
Jenna révèle son passé : "Megan", une "grosse blonde aux yeux bleus" nordique, s'est transformée par ses propres expériences "de savante folle" en "fine brune aux yeux noirs". Elle est une "mauvaise copie" auto-créée.
Izzy est une "Denisova", une "vraie primaire d’origine", c'est-à-dire une lignée humaine ancienne et pure, par opposition à la copie modifiée de Jenna.
Cette distinction oppose l'origine authentique (Izzy) à la reconstruction (Jenna), mais Jenna affirme que l'essentiel est de "lâcher prise" pour être ce qu'on "devrait être vraiment".
- **L'âme et l'identité écrasée** :
Jenna questionne le sort de "l’âme de la Megan que j’étais", écrasée par celle de "la Jenna que je suis". La transformation identitaire est présentée comme une mort et une renaissance, avec une perte irrémédiable.
- La technologie et la singularité :
Les "jouets" de Bri posent problème car ils n'ont pas le même effet sur tout le monde ("pas de jouet générique"). Cette singularité des réactions est à la fois un défi technique et ce qui fait "tout l'intérêt". La technologie doit s'adapter à l'individu, non l'inverse.
- L'instant absolu et l'explosion des sens :
La scène finale entre Jenna et Ava célèbre le plaisir dénué d'artifices, dans un "instant absolu plus intense que temporel". Le temps est suspendu, seul compte le présent sensoriel saturé jusqu'à "l'explosion". C'est l'apothéose de la simplicité et de la présence.
Bilan
- Jenna :
Son portrait est complété de manière tragique et fascinante. Elle est une auto-création, une ancienne scientifique qui s'est elle-même transformée, au prix de la perte de son ancienne âme (Megan). Elle incarne le désir de contrôle sur son identité et le constat mélancolique de ce qui est irrémédiablement perdu.
- Ava :
Elle est le pôle de simplicité et de naturel qui attire aussi bien Jenna qu'Izzy. Elle est "trop sensible" pour les jouets calibrés, ce qui la rend unique. Son amour pour Jenna est présenté comme la forme la plus pure et la plus intense de connexion.
- Izzy :
Elle est révélée comme une "Denisova", un être d'origine ancienne et pure. Elle apprécie la simplicité d'Ava tout en étant elle-même "sophistiquée". Elle représente une authenticité originaire, par contraste avec les constructions identitaires.
- Bri :
Elle est la technologue respectueuse, qui ne force pas et adapte ses inventions aux singularités. Elle teste, étalonne, mais accepte les limites. Elle incarne une approche éthique de la technologie du plaisir.
Conclusion
Ce chapitre pose des questions profondes sur l'authenticité et le prix de la transformation de soi. Jenna, en se recréant, a gagné une nouvelle identité mais a perdu l'âme de son ancien moi. Faut-il préférer la pureté originaire (Izzy la Denisova) ou la liberté de se réinventer, même imparfaitement (Jenna la "mauvaise copie") ? Le chapitre suggère que la réponse n'est pas dans l'origine, mais dans la capacité à "lâcher prise" et à "être simple". La simplicité (incarnée par Ava) est présentée comme un antidote à la complexité technologique et identitaire. Elle permet de vivre des instants d'intensité pure, hors du temps, où le plaisir naturel et partagé atteint une forme d'absolu. Enfin, l'œuvre valorise la singularité : les jouets de Bri échouent à être génériques car chaque être réagit différemment. Cette singularité est une faiblesse pour la technologie mais une force pour l'expérience humaine. Le véritable plaisir, l' "explosion de tous nos sens", advient quand la technologie s'efface au profit de la rencontre simple et passionnée de deux singularités qui s'acceptent telles qu'elles sont.
Suite générative :
Et si l'"âme écrasée" de Megan, l'ancien moi de Jenna, refaisait surface non pas comme un souvenir, mais comme une entité psychique distincte, réclamant son dû au moment même où Jenna et Ava atteignent l'explosion sensorielle ultime, menaçant de fracturer l'identité si chèrement acquise ?

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