138 - tout notre mamour

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Voilà, elle redescend avec un bon alcaloïde sans sucre mais un fantasme est gravé à tout jamais dans son esprit pour ne pas dire dans son c… énorme et accueillant au passage, on doit être bien dessus. Le lendemain, Fanny revient mais avec ses propres gâteaux. Après le cours elle trépigne de nous les faire goûter.

  • Je me suis touchée toute la nuit en pensant à vous alors je les ai un peu assaisonnés à ma sauce avec mes propres psychotropes que je cultive dans ma serre. Ils poussent au son de la musique ce qui leur donne des effets très particuliers. C’est pédagogique, pour les cours.

Elle n’arrête pas de s’expliquer alors qu’on plane déjà, je me mets à danser, d’abord toute seule et puis tout contre elle. Il faut que ça glisse alors on enlève nos habits. Ensuite, il faut faire fonctionner tous les muscles de notre ventre pour la voix grave, la respiration, on ouvre la poitrine qui gicle déjà sur elle et on passe en voix de tête, de tétée même pour la bouche de Fanny qui aspire de toutes ses forces à me faire mal à en tester ma voix de sifflet. Fanny est pure, elle n’a pas encore reçue l’extrême onction de nos fluides en elle. Où est Ava ? Elle en a profité pour s’éclipser dans son bureau, sans doute appelée par l’inspiration. Comme Fanny, revigorée par mon lait béni et tout d’un coup très inspirée par la dégustation de mon anatomie primaire que sa langue découvre pli après pli pour faire le tri de mes réactions aiguës. En montant sur son ventre j’ai du mal à tenir l’équilibre, j’ai l’impression de gravir la montagne de l’Est mais j’arrive à suffisamment écarter les cuisses pour faire ventouse contre son ventre. À la première inspiration de ses humeurs intimes en moi, j’ai l’impression de décoller comme une fusée. Je me concentre de toutes mes forces pour ensuite répondre à la pression avant d’exploser. Je pense fort et je visualise : « je suis une seringue et je pousse sur le piston pour te vacciner de mon sérum de paix, d’amour et de vie éternelle par mélange et duplication des individues sur Gaïa notre planète mère et nous sommes ses filles. » Fanny est tellement chaude que la sauce fait déjà son effet et ses seins gonflent déjà de désir de me nourrir. On a à peine de temps de se grimer de tâches noires aléatoirement sur le corps pour jouer la scène. Fanny se met à quatre pattes et je passe sous elle, sur le dos et ma bouche cherche les mamelles pendantes qui suintent déjà sous la pression de notre premier lait à nous. Entre deux gorgées je gémis deux syllabes. Maman. Fanny me répond en meuglant de sa voix la plus solennelle. On célèbre le don de vie par alimentation de la Fémunité de tout notre mamour.

Analyse

Ce chapitre représente un paroxysme sensuel et mystique où la relation entre Jenna et Fanny dépasse le cadre pédagogique pour devenir une cérémonie d’initiation lactée et hallucinogène. Sous l’effet des psychotropes cultivés par Fanny, les frontières entre corps, esprit et spiritualité s’estompent, et l’acte sexuel se transforme en un rituel de transmission vitale et de fusion cosmique. Jenna y incarne à nouveau le rôle de déesse nourricière et initiatrice, tandis que Fanny devient la néophyte accueillante, transformée par l’échange des fluides. Ava, en retrait, laisse l’espace à cette expérience extatique à deux, qui célèbre la maternité symbolique et la communion avec Gaïa.

Symbolique

1. Les psychotropes comme catalyseurs spirituels

Les plantes cultivées « au son de la musique » par Fanny ont des « effets très particuliers » et sont présentées comme pédagogiques. Elles ne servent pas à fuir la réalité, mais à amplifier la perception et à faciliter la connexion sacrée. La drogue est ici un outil d’exploration mystique, qui permet de dépasser les inhibitions et d’accéder à des états de conscience élargis.

2. La voix et le corps comme instruments sacrés

Le cours de chant se transforme en rituel corporel : la respiration, la voix grave, la voix de tête, deviennent des moyens d’activation érotique et énergétique. La bouche de Fanny qui « aspire de toutes ses forces » jusqu’à faire mal, puis le « sifflet », illustrent une utilisation du corps comme instrument de plaisir et de transe.

3. L’initiation lactée et le baptême des fluides

Fanny reçoit « l’extrême onction de nos fluides », ce qui en fait une initiée à la Fémunité sacrée. Le lait de Jenna est « béni », il transmet une grâce. L’allaitement mutuel (« mes seins gonflent déjà de désir de me nourrir ») crée une relation symbiotique et circulaire, où chacune est à la fois mère et enfant.

4. La visualisation comme acte de pouvoir créateur

Jenna visualise : « je suis une seringue et je pousse sur le piston pour te vacciner de mon sérum de paix, d’amour et de vie éternelle. » Cette image médicale et sacrée transforme l’échange sexuel en une inoculation spirituelle. Le « vaccin » ne protège pas d’une maladie, mais transmet une essence : la paix, l’amour, l’éternité par le mélange et la duplication.

5. La maternité symbolique et le « mamour »

Les syllabes « Maman » échangées et le « meuglement solennel » de Fanny créent un jeu de rôles maternel- infantile qui dépasse la biologie. Le « mamour » (mot-valise de maman et amour) représente un amour nourricier et inconditionnel, fondé sur le don de lait et de vie. C’est une parenté choisie et ritualisée.

6. Le grimage et la mise en scène

Les « tâches noires aléatoires sur le corps » pour « jouer la scène » montrent que même dans l’extase, il y a une dimension théâtrale et ludique. Le rituel n’est pas spontané ; il est consciemment mis en scène, ce qui ne diminue pas sa sacralité, mais l’inscrit dans une tradition performative.

7. Gaïa comme planète mère

La célébration se termine par l’évocation de Gaïa, « notre planète mère », dont elles sont « ses filles ». Cela ancre le rituel dans une cosmologie vivante : leurs corps sont des microcosmes de la planète, et leurs échanges alimentent le cycle de la vie éternelle.

Bilan

- Jenna (narratrice)

Est pleinement dans son rôle de déesse initiatrice et nourricière. Elle guide Fanny dans l’expérience, utilise sa visualisation pour transmettre une essence spirituelle, et célèbre la fusion avec Gaïa. Elle est à la fois amante, mère, prêtresse et chamane. Son expérience est extatique mais maîtrisée (elle visualise, elle célèbre).

- Fanny

Passe du statut de professeure à celui de néophyte extatique. Son désir, d’abord contrôlé, se libère complètement sous l’effet des psychotropes et de l’initiation. Elle devient une participante active et inspirée, capable de répondre au rituel par des sons solennels et une maternité symbolique joyeuse. Elle incarne la transformation par la communion charnelle et lactée.

- Ava (en retrait)

S’éclipse, respectant l’espace nécessaire à l’initiation. Son absence n’est pas un désintérêt, mais une forme de confiance : elle sait que Jenna explore d’autres connexions, et elle-même est appelée par « l’inspiration » (artistique ou stratégique). Elle représente la stabilité qui permet l’expérimentation.

Conclusion

Ce chapitre propose que la spiritualité la plus profonde est une affaire de corps, de substances et de ritualisation joyeuse. L’extase n’est pas un détachement du monde, mais une fusion hyper-sensorielle avec lui, facilitée par des psychotropes, des échanges de fluides et des jeux de rôles maternels. La maternité symbolique (le « mamour ») devient un modèle d’amour nourricier, non possessif, et cyclique. Enfin, la visualisation créatrice (la seringue, le vaccin) montre que la pensée peut façonner la réalité au moment même où on la vit. Dans cette cosmologie, Gaïa est une mère vivante, et chaque acte d’amour charnel et lacté est une célébration de cette filiation universelle. La Fémunité ne se transmet pas par des dogmes, mais par des expériences initiatiques partagées, où le corps est à la fois l’autel, l’offrande et le dieu.

Suite générative

Et si les psychotropes cultivés par Fanny, activés par le lait de Jenna, avaient non seulement initié Fanny, mais aussi ouvert en elle un canal de communication direct avec la conscience de Gaïa — faisant d’elle la première « parlante » capable de traduire les volontés de la planète en mélodies et en rituels ?

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