142 - pur et sensuel

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En Ambassade Ariana prend son rôle très à cœur et à c… dans ses passassions de consignes rassurantes puisqu’en cas de doute elle sera toujours là pour elle, au plus près. Pauline a enfin l’air heureuse, accomplie, la boule de chocolat a trouvé sa vanille, comme elle dit. Il se passe des choses étranges. Je n’ai pas fait de galipettes avec Pauline cette fois-ci alors qu’on a eu maintes occasions. Et avec Fanny, c’est de moins en moins physique et de plus en plus platonique. C’est peut-être ça, l’amitié ? Et avec Ava, c’est plus collègue de travail qui me travaille au corps et au cœur parce que son esprit est simple et le mien fatigué. Quand à mon âme, elles a déjà été vendue plusieurs fois mais elle n’est pas perdue, je la retrouve à chaque Messe dans la Basilique Blanche, il me suffit de faire un pas à l’entrée de la Blanca, l’église à l’intérieur, comme une chapelle centrale autour de laquelle une protection s’est dressée pour protéger le miracle de Paloma qui a bien séché depuis, évaporé, il n’est plus qu’un souvenir, un rêve, un songe, une rumeur. Il n’empêche, les cours de musique ne m’intéressent plus. Fanny le prend plutôt bien, je la retrouve dans le jardin zen du Parc de la Riviera :

  • Tu es la première qui s’intéresse à moi mais pas pour l’art ni pour la luxure. Qu’est ce que tu me trouves en dehors de tout ça ?
  • Tu es gentille, généreuse, bienveillante, avisée, judicieuse, une femme forte et épanouie, admirable. Facile à vivre, passer du temps avec toi, c’est agréable. Tu es à l’écoute et toujours de bon conseil.
  • Tu es la première à voir vraiment qui je suis en dehors de l’art et de la luxure. Pourtant je suis bien cachée derrière mon gros derrière.
  • Pas besoin, plus besoin d’en passer par là pour être proches l’une de l’autre, amies, à partager des trucs normaux. Je suis là pour toi, à ton écoute, à ta disposition pour partager des activités. Amies.

Je la prends dans mes bras pour une longue étreinte profonde. Ensuite j’étale une couverture par-terre sur l’herbe et on s’allonge, je me blottis en elle et je lui murmure à l’oreille :

  • Tu es toute chaude, tu sens bon, ton ventre gargouille, tu as faim, et si on allait au boui-boui ? Tu veux manger quoi ?
  • Une gaufre aux fruits rouges avec une théo bien chaude.
  • Une boisson chaude à la théobromine, un chocolat chaud, d’accord.
  • D’accord ? On partage alors.

Fanny tient tout de même à vraiment partager notre première bouchée, elle me fait d’abord croquer en première avant de venir y goûter dans ma bouche, sans arrières pensées, un moment pur et sensuel.

Analyse

Ce chapitre marque une transition relationnelle importante : le passage de la passion charnelle à l’amitié profonde et sensuelle entre Jenna et Fanny. Il explore la nature évolutive de l’amour, qui peut se transformer sans se perdre, et la recherche d’authenticité au-delà des rôles (artiste, amante). En parallèle, Jenna observe les changements dans ses autres relations (Pauline, Ava) et retrouve un ancrage spirituel dans la Basilique Blanche. La scène du jardin zen et du partage de gaufre illustre une simplicité retrouvée, où la proximité n’a plus besoin de la sexualité pour être intense et significative.

Symbolique

1. La transformation des relations : de l’érotique au platonique-sensuel

Jenna constate que ses relations évoluent : avec Pauline, plus de galipettes malgré les occasions ; avec Fanny, de moins en moins physique, de plus en plus platonique ; avec Ava, une dynamique de collègues de travail qui se « travaillent » corps et cœur. Cela montre que l’amour n’est pas un état fixe, mais un processus vivant qui peut changer de forme sans perdre sa valeur.

2. L’amitié comme découverte de l’autre « en dehors de l’art et de la luxure »

Fanny demande : « Qu’est-ce que tu me trouves en dehors de tout ça ? » Jenna répond par des qualités morales et relationnelles (gentille, généreuse, à l’écoute). Cela signifie qu’elle voit Fanny au-delà de ses fonctions (artiste, amante), et l’apprécie pour son être profond. L’amitié devient un espace de reconnaissance authentique, libéré des attentes érotiques ou artistiques.

3. La Basilique Blanche comme lieu de récupération de l’âme

Jenna retrouve son âme « à chaque Messe dans la Basilique Blanche ». Ce lieu, protégé, abrite le « miracle de Paloma » (désormais évaporé, souvenir). Il symbolise un ancrage spirituel durable, où Jenna peut reconnecter avec sa part sacrée sans avoir à la « vendre » à nouveau. La foi n’est pas dans le miracle actif, mais dans la présence persistante du sacré.

4. Le jardin zen comme espace de paix et de dialogue

Le jardin zen du Parc de la Riviera est un lieu de sérénité et de neutralité. C’est l’endroit idéal pour une conversation intime et une transition relationnelle. L’herbe, la couverture, la position allongée, créent une proximité douce et non menaçante.

5. Le partage alimentaire comme rituel d’intimité non sexuelle

La gaufre aux fruits rouges et le chocolat chaud sont partagés de manière sensuelle mais innocente : Fanny fait croquer Jenna en première, puis goûte dans sa bouche. Cet acte est « pur et sensuel » — il mêle plaisir gustatif, proximité physique et confiance, sans arrière-pensée érotique. C’est une nouvelle grammaire de l’intimité.

6. La « boule de chocolat » et la « vanille » : métaphore de l’accomplissement

La formule de Pauline — « la boule de chocolat a trouvé sa vanille » — décrit son bonheur dans sa nouvelle fonction. C’est une métaphore culinaire et affective : elle a trouvé sa complémentarité, son équilibre. Cela contraste avec les relations plus complexes de Jenna.

7. L’âme multiple et recouvrable

Jenna dit que son âme « a déjà été vendue plusieurs fois mais elle n’est pas perdue ». Cela suggère que l’âme n’est pas une essence unique et fragile, mais une entité résiliente, capable de se fragmenter et de se réunifier. La Messe est le rituel de cette réunification.

Bilan

- Jenna (narratrice)

Est dans une phase de recentrage et de clarification relationnelle. Elle déconstruit ses attachements pour en trouver l’essence : avec Fanny, c’est l’amitié sensuelle ; avec Ava, une complicité de travail et de corps ; avec Pauline, un lien révolu mais respectueux. Elle cherche et trouve son âme dans la spiritualité collective. Elle incarne une maturité relationnelle apaisée.

- Fanny

Se révèle vulnérable et assoiffée de reconnaissance authentique. Elle est touchée que Jenna la voie au-delà de l’art et du désir. Elle accepte avec grâce la transformation de leur relation en amitié profonde, et invente avec Jenna de nouveaux rituels d’intimité (partage de gaufre). Elle représente la possibilité d’une connexion durable hors du cadre passionnel.

- Pauline

Est heureuse et accomplie dans son nouveau rôle d’Ambassadrice. Elle a trouvé sa place, et son lien avec Jenna évolue vers une estime tranquille, sans nécessité charnelle.

- Ava

Reste la partenaire au quotidien, celle avec qui le lien est routinier mais essentiel (« collègue de travail qui me travaille au corps et au cœur »). Sa simplicité d’esprit contraste avec la fatigue de Jenna, créant un équilibre complémentaire.

- Ariana

Joue son rôle de mentor et de soutien pour Pauline, assurant une transition en douceur. Elle incarne la continuité institutionnelle bienveillante.

Conclusion

Ce chapitre propose que les relations les plus durables ne sont pas nécessairement celles qui restent figées dans l’intensité passionnelle, mais celles qui savent évoluer vers des formes nouvelles (amitié, complicité, respect) tout en conservant une proximité sensuelle et affective. L’amitié entre Jenna et Fanny, nourrie de reconnaissance mutuelle et de rituels simples, devient un modèle de lien mature, libéré des attentes de performance (artistique, érotique). Parallèlement, la spiritualité institutionnelle (la Basilique Blanche) offre un ancrage collectif pour l’âme individuelle, rappelant que le sacré peut survivre à la disparition des miracles. Enfin, la métaphore culinaire (chocolat/vanille, gaufre partagée) souligne que le bonheur relationnel réside souvent dans des complémentarités simples et des plaisirs partagés. La vie bonne est peut-être celle où l’on peut passer de l’amante à l’amie sans perdre la tendresse, et où l’on retrouve son âme en se perdant dans le chœur d’une messe.

Suite générative

Et si le partage de la gaufre et du chocolat entre Jenna et Fanny déclenchait, sans qu’elles le sachent, une réaction chimique entre la théobromine et les résidus de philtres encore présents dans leur organisme, réactivant temporairement chez Fanny des visions prophétiques liées au « miracle de Paloma » — visions qu’elle attribuerait d’abord à une simple indigestion ?

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