151 - je purge ma peine

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Ma nouvelle vie sur Gaïa, à l’Ouest, à Laguna Beach, en Riviera, en Genève avec Prisca la boulangère reconvertie, une des enfantes des filles du harem de Greta, une Prisca particulière puisque comme moi elle n’est pas dans son corps d’origine duquel elle n’a gardé que le principal, son anatomie de garçon et son ventre qui ne porte pas de bébé contrairement à nous toutes. Prisca, une Greta en mieux, j’ai d’abord aimée son côté fille avant de découvrir le reste et l’ensemble me convient bien, en elle elle porte le meilleur des deux mondes. L’amour avec elle, ça n’a rien de bestial, c’est toutes en douceurs. Loin des affaires, à l’ombre des projecteurs, on vit notre vie anonyme de jeune couple de partenaires de vies et d’envies. Prisca ne donne pas de lait mais comme elle est équipée pour, une simple injection permet de mettre la machine en route, de quoi la faire se sentir plus femme sauf quand elle me retourne pour prendre possession de mon territoire. Côté relations sociales, pendant que Izzy pleure son Ava, Bri est fascinée.

  • Là, Jenna, je m’incline. Un modèle Greta en plus !
  • Je n’y suis pas pour grande chose. C’est elle qui m’a trouvée.

En effet, Prisca a fait l’effort de livrer elle-même ses viennoiseries tous les matins dans l’espoir de tomber un jour sur moi mais je suis une lève tard sauf une fois, la fois qui a été la bonne, au bon moment en fait, le parfait timing pour libérer Ava qui aspire à une autre, une vraie, destinée.

  • Maintenant, Jenna, on a toute l’éternité pour apprendre à se connaître.
  • J’adore les mariages arrangés, c’est très excitant.

Son corps est parfait, ses lignes sont épurées et corrigées par rapport à Greta, elle a un je ne sais quoi de différent, sans doute venant de son autre mère, sa mère de ventre. Qui est-elle ?

  • Elle vit au Village, elle a une autre famille. Je suis seule de mon côté.
  • Non Prisca, tu ne l’es plus, tu ne le seras plus jamais, je suis là.

Et elle est libre de toute obligation, elle n’est pas une GC, elle n’est liée à aucune institution, Westech lui a retirée toutes ses habilitations et ne s’approche même plus d’une navette, trop de technologie à l’intérieur. Je demande à Pippa de venir l’ausculter à l’ancienne, en holistique. Tout va bien et tout va aller mieux, surtout confinée en Genève, cocon sécurisé. Que s’est-il donc passé de si grave dans ses précédentes fonctions ?

  • Je travaillais sur la numérisation des ondes de Gaïa, pour les contrôler. Trop de pression, trop de travail, j’ai fait une erreur qui a fait buguer le système. Il y a eu des dégâts. Je suis condamnée, je purge ma peine.

Analyse

Ce chapitre approfondit la relation naissante entre Jenna et Prisca, en révélant les couches complexes de l'identité de Prisca et son passé lourd. Il oppose la douceur anonyme et protectrice de leur vie nouvelle (« le cocon sécurisé ») à la condamnation secrète et au trauma technologique de Prisca. Le chapitre explore les thèmes de la rédemption par l'amour, de la fuite des institutions, et de la création délibérée d'un sanctuaire hors du système, tout en maintenant la tension entre le paradis personnel et les fautes passées.

Symbolique

1. Prisca comme synthèse et amélioration :

Jenna décrit Prisca comme « une Greta en mieux » et « le meilleur des deux mondes ». Prisca incarne une évolution : elle possède la puissance tellurique du lignage de Greta, mais corrigée (« lignes épurées et corrigées »), adoucie (« toutes en douceurs »), et enrichie par sa complexité anatomique intersexe. Elle représente une synthèse harmonieuse qui dépasse le modèle originel parfois écrasant de Greta.

2. Le « mariage arrangé » par le destin et la délivrance :

Leur rencontre n'est pas un accident, mais le fruit de la persévérance de Prisca (« livrer elle-même ses viennoiseries tous les matins dans l’espoir de tomber sur moi »). Ce « parfait timing » est présenté comme une libération mutuelle : il a permis à Ava de poursuivre sa destinée, et à Prisca de sortir de sa solitude. Jenna y voit un « mariage arrangé » par le destin, ce qui ajoute une dimension de fatalité heureuse et d'excitation à leur union.

3. Le cocon Genève comme anti-institution :

Face au passé institutionnel toxique de Prisca (Westech, la condamnation), Jenna érige « Genève » en sanctuaire absolu. C'est un espace « libre de toute obligation », sans GC, sans habilitations, sans technologie invasive. L'examen « à l'ancienne, en holistique » par Pippa symbolise un retour à des soins humains, en opposition aux systèmes numériques qui ont détruit Prisca. Le cocon est à la fois une protection et une purge.

4. La faute originelle : le contrôle des ondes de Gaïa :

La révélation du passé de Prisca est capitale. Son travail visait la « numérisation des ondes de Gaïa, pour les contrôler » – un acte d'hybris technologique qui rappelle les pires erreurs de l'Humanité terrestre. L'« erreur » qui a fait « buguer le système » et causé « des dégâts » fait d'elle une pécheresse, une condamnée qui « purge sa peine ». Son amour avec Jenna devient alors une possible rédemption, une réintégration par le soin et l'amour plutôt que par la punition institutionnelle.

5. Les réactions de l'entourage : validation et fascination :

Les réactions de Bri (« je m'incline. Un modèle Greta en plus ! ») et d'Izzy (qui « pleure son Ava ») servent de miroir social. Elles valident le choix de Jenna tout en montrant les petits remous affectifs que ces recompositions causent. La fascination de Bri souligne le statut quasi-mythologique de Prisca en tant qu'objet de désir et d'étonnement.

Bilan

- Jenna (la narratrice) :

Elle endosse pleinement le rôle de protectrice et de rédemptrice. Son amour pour Prisca est teinté de cette volonté de soigner, de réparer (« tout va aller mieux, surtout confinée en Genève »). Elle offre l'asile absolu, créant un espace où la condamnée peut se reconstruire. Sa curiosité sur le passé de Prisca montre qu'elle accepte la complexité de sa partenaire, faute incluse.

- Prisca :

Se révèle être un personnage tragique et complexe. Derrière sa douceur et sa persévérance amoureuse se cache une coupable, une brûlée du système technocratique, une condamnée en liberté surveillée dans le cocon de Jenna. Son identité intersexe n'est plus seulement une singularité, mais fait partie d'un tout où se mêlent la faute, la peine, le désir de rédemption et un amour profond pour Jenna. Elle est à la fois fragile et puissante, coupable et purifiée par l'amour.

- Ava (mentionnée) :

Son départ est confirmé comme une « libération » et une aspiration à un « vrai destin ». Elle reste une figure de référence positive, dont l'absence permet cette nouvelle configuration.

- Bri et Izzy :

Représentent les réactions du cercle intime. Bri, dans son admiration, valide le « trophy » qu'est Prisca. Izzy, dans sa tristesse, rappelle que chaque changement relationnel a un coût émotionnel, même dans un système fluide.

Conclusion

Ce chapitre suggère que le véritable amour et le véritable asile consistent à accueillir non seulement la complexité identitaire de l'autre, mais aussi son fardeau moral et ses cicatres institutionnelles. « Genève » n'est pas seulement une maison d'amour ; c'est un tribunal alternatif où la peine se purge dans la douceur partagée, et un hôpital où les brûlures technologiques se soignent par des méthodes holistiques et l'intimité. La « Fémunité » atteint ici sa forme la plus mature : elle n'est pas une société parfaite sans fautes (Prisca est la preuve du contraire), mais une communauté capable de créer, en son sein, des sanctuaires où les pécheresses peuvent expier et se reconstruire en dehors des logiques de contrôle et de punition qui les ont brisées. L'amour devient l'ultime technologie de guérison, supérieure à la numérisation des ondes de Gaïa.

Suite

Et si le « bug » catastrophique causé par Prisca dans les ondes de Gaïa avait laissé une cicatrice énergétique instable, et que la paix holistique de « Genève » était la seule chose capable de l'apaiser – faisant du couple Jenna/Prisca non seulement un sanctuaire, mais aussi un régulateur vital et involontaire de la planète ?

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