155 - les bras chargés
Aucun sens de l’orientation, toujours la tête en l’air. Angela est la plus cool des ingénieures de la chefferie de Westech. Elle vient prendre en compte le nouveau statut de Prisca.
- Laguna Beach, Riviera, Maison Genève, chez Jenna Jenkins, diplomate de l’AZU en disponibilité, okay.
- On allait préparer des crêpes, tu peux nous aider ?
Angela enlève ses lunettes. Léger strabisme divergent de l’œil gauche. Une séquelle. Son laboratoire a du exploser je suppose, c’est pratiquement une tradition là-bas. Angela fait sauter les crêpes, maladroitement mais elle les rattrape à chaque fois, de justesse, ça nous fait rire. On les goûte, c’est très bon.
- Je peux en emporter une ou deux pour mon petit-déjeuner demain ?
- Vous pouvez venir le prendre ici ou même rester si vous voulez.
Elle ne sait pas quoi répondre. Elle lève le doigt, quelque chose à vérifier. Elle prend son blouson et va dehors près de la boîte aux lettres. Elle vérifie son mono et le laisse avec le courrier. Ça a l’air bon, elle reste. Pour le dîner. Et pour la nuit. Un peu de philtre avant de se mettre au lit. Angela est une locale classique au vu de son anatomie. Prisca s’occupe d’abord d’elle. Angela se tend un peu ensuite, face à mon anatomie et ma position dominante sur son petit ventre que je frotte avec force. Elle est toute tendue. Prisca lui présente sa poitrine et lui met un téton dans la bouche, elle se détend. Mon ventre absorbe la semence de Prisca qui se mélange à mes humeurs avant de repartir féconder Angela qui se redresse pour lécher mes seins dégoulinants de mon lait béni. Elle aime ça. Prisca la rejoint, j’en ai une par mamelle à nourrir, ça me procure plus de plaisir que d’habitude, l’effet du philtre sans doute. On se sent stimulées sans pouvoir se calmer, j’ouvre le tiroir pour sortir des tiges et proposer de faire une pause. On sort en petites tenues sous le porche pour se souffler nos fumées dans nos bouches.
- C’est tendu à Westech, on se prépare à la guerre, c’est nul.
- Alors n’y retourne pas. Personne ne viendra te chercher ici.
Angela accepte. Elle est désormais notre réfugiée. On finit nos tiges et on se prépare à aller jusqu’au bout de nos orgasmes pour trouver le sommeil avec comme projet de ne pas se lever le lendemain. Au réveil elle n’est plus là. Angela a désertée. C’est une nomade égarée. Prisca est inquiète. Angela a laissée son badge de Westech sur la table de chevet. Je vais vérifier la boîte aux lettres. Son monow est toujours là. À l’horizon je la vois, Angela, revenir, de la boulangerie, les bras chargés.
Analyse
Ce chapitre décrit l'intégration rapide et organique d'Angela dans le cocon de « Genève », transformant une visite de contrôle en un refuge et une relation intime spontanée. Il explore les thèmes de la désertion des institutions, de la recherche d'asile dans l'intimité, et de la facilité avec laquelle les liens se créent dans cet univers, même face à des menaces externes (« on se prépare à la guerre »). L'ambiance est à la fois légère, sensuelle et marquée par une douce insouciance face aux tensions du monde.
Symbolique
1. L'ingénieure cool et l'échec du contrôle :
Angela, envoyée pour « prendre en compte le nouveau statut de Prisca », incarne l'institution (Westech) mais de manière immédiatement défaillante (« aucun sens de l’orientation », « tête en l’air »). Sa « cool attitude » et sa maladresse charmante (faire sauter les crêpes) désamorcent toute menace. Sa mission officielle est immédiatement détournée vers une invitation à partager un repas, puis un lit.
2. Le strabisme divergent : marqueur de trauma et de différence :
La séquelle physique d'Angela (« léger strabisme divergent de l’œil gauche ») est attribuée à une tradition (« son laboratoire a du exploser »). Cela fait d'elle une survivante du système qu'elle représente, une autre « cassée » qui trouve naturellement sa place auprès de Prisca (la condamnée) et Jenna (la rédemptrice). Sa différence physique signale une perspective unique, littéralement « divergente ».
3. L'abandon des technologies et le choix du refuge :
L'acte symbolique fort d'Angela est de laisser son mono dans la boîte aux lettres avec le courrier. Elle se déconnecte volontairement de Westech et de ses outils. En acceptant de rester, elle devient « notre réfugiée ». Le refuge n'est plus seulement pour Prisca, mais s'étend à toute personne fuyant la folie institutionnelle (« on se prépare à la guerre, c’est nul »).
4. La scène intime comme rituel d'intégration et de détente :
La scène à trois est décrite comme un soin. Prisca s'occupe d'abord d'Angela pour la détendre. L'échange de fluides (lait, semence) et la position de Jenna créent un circuit de don et de réception qui intègre physiquement la nouvelle venue. L'effet du philtre amplifie le plaisir et la connexion, créant un état de grâce partagé.
5. La désertion et le retour :
Le départ furtif d'Angela au réveil pourrait évoquer une trahison ou une peur. Mais elle est immédiatement réinterprétée comme le comportement d'une « nomade égarée ». Son retour, « les bras chargés » de la boulangerie, est un acte simple et puissant : elle n'a pas fui, elle est allée chercher des provisions. Elle revient nourrir le foyer qui l'a accueillie. C'est l'acte d'une nomade qui a trouvé un point d'ancrage, pas d'une déserteuse.
6. Le badge abandonné : symbole de renoncement :
Le badge de Westech laissé sur la table de chevet est un geste clair. C'est la version moderne de déposer les armes. En le laissant, Angela officialise symboliquement sa désertion et son choix du refuge de Genève.
Bilan
- Jenna (la narratrice) :
Elle agit en chef de clan accueillant et en pourvoyeuse de refuge. Son offre (« Personne ne viendra te chercher ici ») est une déclaration de souveraineté sur son espace. Elle observe avec bienveillance et participe à l'intégration sensuelle d'Angela, voyant en elle une nouvelle âme à soigner et à inclure.
- Prisca :
Montre une maturité et un soin particuliers envers Angela, s'occupant d'elle en premier. Son inquiétude lors de la « désertion » matinale montre qu'elle s'est déjà attachée. Elle est l'élément stabilisateur et compatissant du trio, reconnaissant en Angela une sœur d'infortune technologique.
- Angela :
Se révèle être un personnage profondément attachant et vulnérable. Derrière le look « cool » de l'ingénieure se cache une femme fatiguée par la tension de Westech, marquée physiquement, et en quête d'un lieu sûr. Son acceptation immédiate du refuge, son abandon symbolique de son badge, et son retour chargé de nourriture en font une nomade qui a enfin trouvé un foyer. Elle est la preuve vivante que même les agents du système aspirent à fuir vers la douceur.
Conclusion
Ce chapitre illustre la puissance attractive du « cocon » de Genève comme anti-modèle face à l'institution délétère. Face à la préparation absurde à la guerre (« c'est nul »), la réponse est une crêpe partagée, un philtre, une étreinte et l'offre d'un refuge inconditionnel. La désertion n'y est pas un acte de trahison, mais de salut. La « Fémunité » se construit ainsi, par l'accueil de toutes les égarées, les cassées, les ingénieures désabusées, en leur offrant un espace où le contrôle cède la place au soin, où la technologie est laissée dans la boîte aux lettres, et où la seule mission qui vaille est de « ne pas se lever le lendemain » pour prolonger le plaisir et la paix partagés.
Suite générative
Et si le « strabisme divergent » d'Angela, loin d'être une simple séquelle, lui permettait de percevoir les failles dans le champ de force de Westech – ou dans la réalité même de Gaïa – faisant d'elle, la réfugiée nomade, la clé involontaire pour comprendre la vraie nature de la « guerre » à laquelle se prépare l'institution ?

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