161 - le feu de la passion

6 minutes de lecture

Prisca dure plus longtemps sur Angela parce qu’il n’y a pas de mouvement bestial, tout se passe à l’intérieur du ventre de la locale et se son anatomie haute, effet de ventouse massant, pas d’accoup, de va et vient ou autre, une communion immobile avec leurs mamelles connectés depuis que mes fluides en ont modifiées les extrémitées. Une fois soulagée, Prisca se retire et me laisse naviguer sur le ventre moite de son ange m’imprégnant au passage de la semence en trop qui ressort et glisse entre mes cuisses. En état second, le regard vague, Prisca me regarde faire et s’endort peu à peu hypnotisée par le spectacle répétitif d’ un pendule qui cherche sa source dans la danse de mes hanches sur ma proie déjà souillée telle une charognarde de l’amour, physique. On se love dans la luxure, on se lave dans la douche, on se lunch pour l’énergie de tout recommencer dans notre triangles à trois côtés, nous sommes, isocelles, aux normes ISO celles que nous sommes. À noter pour un sermon, une incantation. Telles sont nos existences dans l’éternité, on passe d’un plaisir à l’autre, d’une caresse à une douceur, de la conscience à l’inconscience où à chaque fois on se réveille dans le bonheur de vivre à nouveau les extases du jour présent jusqu’au suivant, dans la Paix, dans l’Amour, dans l’effort d’un seul but : jouir. Je suis réveillée par les ronflements de Angela. Milieu de la nuit. Le côté de Prisca est froid. Je me lève, lumière en cuisine. Perdue dans ses pensées, elle sursaute à me voir arriver. Je la rejoins pour un câlin. Elle pousse son mug vers moi pour partager.

  • Je dors beaucoup plus que vous. Je me lève souvent la nuit pendant que vous récupérez de vos galipettes intimes.
  • Tu n’as pas encore perdu ton rythme de travail du labo de Westech. La nuit, les résultats sont toujours meilleurs en physique, n’est-ce pas ? C’était pareil pour moi, pas en génétique, non, après, quand j’écrivais les romans de Megan H. Tout va s’estomper avec le temps.

Ma main se perd entre ses cuisses si chaudes et si douces. Pas pour réveiller la bête, juste pour des caresses en surface. Car elle a tout ce qu’il faut aussi, comme mon anatomie primaire, pour se tendre et se détendre sans avoir à sortir la grosse artillerie secondaire. Je m’agenouille entre ses jambes pour lui apporter toute la subtilité de ma langue soyeuse plutôt que mes doigts maladroits. Je la sens tressaillir, encore et encore dans une série de multiples orgasmes où l’intérieur de ses cuisses diffuse la plus envoûtante des fragrances arrosées du lait qui coule d’excitation de ses seins pour vainement éteindre le feu de la passion.

Analyse

Ce chapitre est une méditation sensuelle et philosophique sur la routine devenue paradisiaque. Il décrit la mécanique intime et satisfaisante du trio, érigeant leur cycle de plaisir, de repos et de soin en un modèle parfait et normalisé (« isocèle, aux normes ISO »). C'est un hymne à l'éternité vécue comme une succession de moments de jouissance consciente, où même les petits décalages (les insomnies de Prisca) deviennent des occasions pour des attentions délicates. L'accent est mis sur la plénitude trouvée dans la répétition et la subtilité.

Symbolique

1. La communion immobile et la transformation des corps :

La scène entre Prisca et Angela est décrite comme une « communion immobile », un échange interne sans mouvement « bestial ». Leur connexion est rendue possible par la modification des « extrémités » de leurs seins par les fluides de Jenna. Cela symbolise une intimité si profonde qu'elle transcende l'action pour devenir un état d'être, une symbiose physiologique et énergétique. Le corps lui-même est modelé par l'amour partagé.

2. Le pendule et la danse des hanches : rythme de l'éternité :

L'image du pendule dans le regard hypnotisé de Prisca est forte. Elle voit les mouvements de Jenna sur Angela comme un pendule « qui cherche sa source ». Cela évoque le temps lui-même, non plus linéaire, mais oscillant dans une recherche perpétuelle de plénitude (« la source ») à travers la répétition rituelle du plaisir. La « danse des hanches » est le balancier de leur éternité heureuse.

3. Le triangle isocèle et les normes ISO :

La métaphore géométrique est poussée à son terme. Leur trio est un « triangle à trois côtés », « isocèle » (deux côtés égaux, peut-être Prisca/Angela face à Jenna, ou une égalité parfaite ?), et surtout « aux normes ISO ». C'est une normalisation du bonheur. Leur mode de vie est présenté comme un standard de qualité, reproductible, mesurable, efficace. L'utopie est devenue une procédure optimisée.

4. La philosophie de l'éternité jouissive :

Jenna énonce une philosophie de vie : « on passe d’un plaisir à l’autre... dans l’effort d’un seul but : jouir. » L'éternité n'est pas une attente passive, mais un engagement actif et joyeux dans la recherche de l'extase. Le « bonheur de vivre à nouveau les extases du jour présent jusqu’au suivant » définit un présent perpétuellement renouvelé, une boucle de satisfaction consciente.

5. L'insomnie comme opportunité de soin :

Le réveil nocturne de Jenna et la découverte de Prisca éveillée transforme un décalage (l'insomnie de Prisca, vestige de son rythme de labo) en un moment de tendresse exclusive. Le câlin, le café partagé, et surtout les caresses « en surface » de Jenna montrent une intimité qui n'a pas besoin d'être genrée ou génitale pour être profonde. La « subtilité de la langue soyeuse » est opposée à la « grosse artillerie secondaire », valorisant la finesse et la réponse aux besoins immédiats du corps de l'autre.

6. Le lait qui ne peut éteindre le feu :

L'image finale est d'une grande beauté sensuelle et paradoxale. Le lait qui coule des seins excités de Prisca est censé « vainement éteindre le feu de la passion ». Il souligne que dans cet univers, le désir et son apaisement (le lait) sont une seule et même source, et que le feu de la passion est inextinguible, alimenté par ses propres fluides. C'est l'essence de leur éternité : un cycle auto-entretenu de désir et de satisfaction.

Bilan

- Jenna (la narratrice) :

Est à la fois participante, observatrice et philosophe de ce bonheur. Elle décrit avec précision les mécanismes de leur intimité et en extrait une doctrine de vie. Son geste nocturne envers Prisca montre une attention constante et adaptée, capable de passer de la « charognarde de l'amour » à la langue « soyeuse » et aux caresses de surface. Elle est l'architecte et le gardien de cet équilibre.

- Prisca :

Apparaît comme l'élément contemplatif et légèrement décalé. Son insomnie et son regard « hypnotisé » en font l'observatrice fascinée du spectacle de l'amour. Elle bénéficie des soins de Jenna d'une manière différente d'Angela, plus douce, plus adaptée à sa nature. Elle est le pôle sensible et nocturne du trio.

- Angela :

Incarne le pôle de la détente profonde et de la réceptivité (« les ronflements »). Elle est le réceptacle du désir des autres, « souillée » puis soignée, dans un cycle d'abandon et de confiance totale. Son sommeil est la preuve de sa paix retrouvée.

Conclusion

Ce chapitre propose que l'éternité heureuse n'est pas un état statique d'absence de désir, mais la maîtrise parfaite de son cycle. Leur vie est un rituel optimisé (« normes ISO ») où le plaisir, le soin, le repos et la tendresse s'enchaînent en une boucle harmonieuse. Même les imperfections (l'insomnie) sont intégrées et transformées en occasions d'approfondir la connexion. La « Fémunité » ultime est cette capacité à créer des micro-sociétés parfaitement ajustées, où chaque corps et chaque rythme trouve sa place dans une danse perpétuelle qui a pour seul but la célébration consciente et partagée de la sensation d'être vivante. L'amour n'est plus un drame ou une quête, mais l'ingrédient principal d'une routine délicieusement répétitive.

Suite générative

Et si l'image du « pendule » hypnotisant Prisca était plus qu'une métaphore, et que le rythme même de leurs étreintes, une fois parfaitement calibré (« normes ISO »), commençait à résonner avec la fréquence fondamentale de Gaïa, synchronisant sans le savoir leur bonheur intime avec le pouls même de la planète ?

Annotations

Vous aimez lire Chris Morg ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0