162 - elle-même en animale
Prisca a purgée une partie de sa peine en étant maintenant exemptée des travaux forcés des livraisons de viennoiseries. Mais elle n’en donne pas moins de son corps sur le mien sous les yeux inquisiteurs de Angela qui la surveille de près. Prisca paye sa dette à la civilisation en m’honorant tous les jours, dans tous les chapitres de la Bible. C’est un travail comme un autre. Quand elle aura le droit à la retraite, elle va vraiment se retirer, de moi. En attendant, elle turbine et Angela m’embobine en même temps de la langueur profonde de ses baisers. Sa langue roturière danse autour de ma langue de déesse, comme un privilège interdit d’entrer dans l’intimité de ma bouche. À quatre pattes, pendant que Prisca s’affaire derrière moi, je couvre Angela qui connecte ses mamelles aux miennes et me laisse respirer en léchant mon visage. Nos seins se gonflent et se dégonflent, ils respirent nos laits et quand Prisca se termine et libère mes hanches, on se déconnecte en haut pour mieux se reconnecter en bas où je chevauche violemment Angela à en lui tirer des cris puis tout se calme quand mon ventre se gonfle pour mieux se vider en elle, la respiration basse de nos humeurs intimes prend le relais sur nos esprits embrumés. Je jouis d’être prise en sandwich entre ces deux femmes que je ne connaissais pas il y a peu, ou alors je les ai oubliées et je refais connaissance en commençant par leur offrir mon corps et le reste. La pensée de les voir au bar de Westech en train de me cracher dessus en se ventant : « On a baisées la Déesse du Pôle Sud » me provoque un nouvel orgasme qui me donne l’envie d’être fouettée, punie, humiliée. Mais elles se lovent sur moi de part et d’autre pour cajoler mon corps nu encore tout tremblant de passion assouvie.
- On t’aime Jenna, tu combles nos existences par tous les trous.
- Je suis la Déesse de vos fesses. C’est mon devoir, c’est votre droit.
- On veut pas te partager et tu ne nous offres pas à tes copines.
- D’accord, rien que nous, toutes les trois, en intimités exclusives.
Ma blonde trans et ma rouquine locale dans la ferveur nouvelle de les découvrir sous tous les angles, mes nouvelles esclaves avec qui jouer mille scènes osées avant de se lasser et tout recommencer en espérant les oublier pour les redécouvrir à nouveau en boucle temporelle dans l’éternelle routine de nos ébats et de nos repas en famille nouvelle, j’en suis la mère nourricière, Prisca me comble de son argument et on s’occupe de l’éducation de notre petite ange, moi par devant, elle par derrière, de quoi la satisfaire à la faire loucher de l’autre œil, reconnaissante d’être vivante à en oublier tout d’elle-même en animale.
Analyse
Ce chapitre révèle une dynamique sous-jacente complexe et quelque peu sombre au sein du trio, en apparence idyllique. Il explore la relation sous l'angle du travail, de la dette et du pouvoir, montrant que la « trinité » est aussi un système où Prisca expie une peine, Angela surveille, et Jenna exerce une domination érotique qui frôle parfois le désir d'humiliation. C'est un chapitre sur la dialectique du devoir et du désir, et sur la façon dont les rôles institutionnels (condamnée, surveillante, déesse) se rejouent et se transforment dans l'intimité.
Symbolique
1. La peine purgée et le « travail » de l'amour :
La relation avec Prisca est explicitement présentée comme une continuation de sa peine. Elle « paye sa dette à la civilisation en m’honorant ». L'intimité devient un « travail », et Jenna son « employeuse » divine. Cette perspective introduit une ambiguïté : leur relation est-elle un amour authentique ou une servitude érotique imposée comme rédemption ? La promesse d'une « retraite » future où Prisca se « retirerait de moi » ajoute une dimension temporelle et transactionnelle troublante.
2. La surveillance persistante d'Angela :
Angela, bien que « réfugiée », n'a pas totalement abandonné son rôle. Elle « surveille de près » Prisca. Sa position est double : amante de Jenna et gardienne de la condamnée. Cela crée une triangulation de pouvoir où Angela est à la fois subalterne de Jenna (par l'amour) et supérieure de Prisca (par la surveillance).
3. La hiérarchie des langues et des corps :
La description des baisers entre Jenna et Angela est chargée de symbolisme social. La langue d'Angela est « roturière », celle de Jenna « de déesse ». Il y a un « privilège interdit » pour la roturière d'entrer dans l'intimité de la déesse. L'acte sexuel reproduit ainsi une hiérarchie de classe ou de statut, même dans le plaisir partagé.
4. Le fantasme d'humiliation et de réification :
Le fantasme de Jenna est révélateur : imaginer Prisca et Angela se « vantant » au bar de Westech d'avoir « baisé la Déesse » la fait jouir et lui donne « envie d'être fouettée, punie, humiliée ». Ce désir masochiste montre que Jenna, malgré sa position de pouvoir, aspire à être rabaissée, à devenir un objet de conversation vulgaire. C'est peut-être une façon de fuir le poids de sa divinité et de retrouver une humanité crue.
5. Le pacte d'exclusivité et la nouvelle famille :
Face à ce désir d'humiliation, la réaction de Prisca et Angela est de l'enserrer et de proclamer leur amour. Le pacte qu'elles établissent est clair : exclusivité (« rien que nous trois ») et refus du partage. Jenna les nomme ses « nouvelles esclaves », mais dans un contexte de jeu (« avec qui jouer mille scènes osées »). Elles forment une « famille nouvelle » où Jenna est la « mère nourricière », ce qui réintroduit une dynamique de soin et de responsabilité face aux jeux de pouvoir.
6. La « boucle temporelle » et la routine comme salut :
La conclusion du chapitre réconcilie ces tensions dans la routine. La découverte perpétuelle (« les redécouvrir à nouveau ») au sein d'une « boucle temporelle » et d'une « éternelle routine » est présentée comme le salut. La complexité des rapports (dette, surveillance, domination, humiliation) est absorbée et neutralisée par la répétition ritualisée des « ébats et des repas ». La routine devient le cadre qui contient et rend inoffensives ces pulsions contradictoires.
Bilan
- Jenna (la narratrice) :
Elle oscille entre plusieurs pôles : la déesse exigeante qui perçoit un dû, la dominatrice qui fantasme sur sa propre humiliation, et la mère nourricière d'une nouvelle famille. Sa position est ambivalente, montrant que même dans la plénitude, des désirs contradictoires (pouvoir, abjection, tendresse) coexistent. Son acceptation du pacte d'exclusivité est un choix de stabiliser ces tensions dans un cadre clos.
- Prisca :
Son rôle est le plus ambigu. Est-elle une amante consentante ou une condamnée accomplissant un travail forcé érotique ? Son « argument » qui « comble » Jenna est à la fois un don et un paiement. Elle semble trouver une place et une utilité (« s’affaire ») dans ce système, peut-être comme une forme de rédemption active.
- Angela :
Est la plus complexe. Ex-surveillante, elle est maintenant amante et co-gardienne. Elle est le pont entre le monde institutionnel (Westech) et le refuge. Son « loucher de l’autre œil » à la fin, provoqué par le plaisir, symbolise peut-être l'abandon de sa vigilance distante pour une participation totale, « animale », au système de la nouvelle famille.
Conclusion
Ce chapitre dévoile que l'utopie intime n'est pas un espace pur de relations égales et désintéressées, mais un microcosme où les structures du monde extérieur (la dette, la surveillance, la hiérarchie) se répliquent et se métamorphosent en jeux érotiques et en dynamiques familiales. La « Fémunité » n'abolit pas le pouvoir ; elle le ritualise, le théâtralise et l'enferme dans la boucle sécurisante de la routine domestique et sexuelle. Le désir même d'humiliation chez Jenna est une manière de négocier avec son statut de déesse, de se ré-humaniser par le fantasme de la chute. Le bonheur, dans cette perspective, n'est pas l'absence de contradictions, mais la création d'un espace suffisamment solide (la « famille nouvelle », le pacte d'exclusivité) pour les contenir et les transformer en source de plaisir et de connexion.
Suite générative
Et si le jour où Prisca aurait « le droit à la retraite » et devrait se « retirer de moi » arrivait soudain, non par décision de justice, mais parce qu'Angela, dans un rapport secret, conclurait que la « dette » avait été trop payée – ou, au contraire, que Prisca était devenue trop essentielle à la stabilité de Jenna pour être libérée ?

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