178 - son amour en moi

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Jessie me déclare comme référente alors je supervise ses devoirs pour apprendre à la connaître notamment en stage d’observation au Capitole.

  • Ne sois pas trop dure avec toi-même, Jess. Le lycée te juge sur des compétences que tu n’as pas au lieu de développer celles que tu as déjà.
  • Et toi comment tu gérais ça à l’Ouest, tu t’en souviens ou bien ?
  • Apprentissage automatique et évaluation des enseignants. J’ai été des deux côtés. Je ne sais pas si c’est mieux mais c’est déjà plus facile.
  • Ici tout est plus dur même le climat. C’est assorti.

En tous cas ça fait des lycéennes des élèves plus matures. Au capitole, je déguise Jessie en blouse blanche et elle est prise pour une interne, elle a tout à fait l’attitude, un peu perdue et maladroite. Mais respectée par son badge où il y a inscrit : Jessie K. Russell. Elle y prend goût vu qu’elle vient hanter le Capitole avec un autre stage d’application des procédures, plus à l’aise avec les lieux et le personnel.

  • T’es pas censée être en vacances ? Elles font quoi tes camarades ?
  • Elles s’ennuient à la Mairie, à l’Octogone et elles font la fête à l’Ouest.

Jessie est une sauvage qui se démarque sous mon influence et on est heureuses de s’avoir pour combler nos solitudes respectives. Ses mères l’ont abandonnées et moi je vis avec Pippa.

  • Quand on vit avec une docteure en médecine, on apprend à vivre seule.
  • C’est pas mon impression, c’est plutôt le contraire.

Souvent, on n’a pas besoin de parler, on se regarde, juste comme ça, en silence et ça nous apaise. Jessie en profite pour se lover en moi, réclamant toujours plus de câlins. J’en profite pour la coiffer et lui masser la nuque, la détendre, être en paix avec elle-même. Personne ne nous reproche notre complicité. On la prend pour ma fille surtout qu’elle ressemble beaucoup à Pippa, ça se voit quand on traîne ensemble toutes les trois, une famille où je ne suis pas la mater familias, juste l’épouse qui s’occupe de notre enfante. C’est presque naturellement qu’un après-midi à la Caserne, blottie contre moi dans le grand canapé, Jessie entre sa main sous mon chemisier, ma poitrine réagit tout de suite à son appel. Je lui caresse le visage qui s’approche de ma mamelle libérée, la gauche côté cœur et je ferme les yeux sur sa bouche qui se pose sur la pointe de mon corps avec une sensation de retrouvailles elle devient ma fille de lait. Ça lui fait tout de suite effet. Sur son corps. Sur ses formes. Et ce n’est que le début d’une grande maternité entre nous. Ma grande fille se nourrit de moi, je donne naissance à sa nouvelle existence de sens qui grandissent en elle comme son amour en moi.

Analyse

Ce chapitre approfondit la relation naissante entre Jenna et Jessie, qui évolue d’une supervision éducative à un lien quasi filial, puis à une forme d’initiation sensuelle et maternelle. Il explore les thèmes de la transmission, du soin, et de la création de nouvelles formes familiales hors des cadres biologiques ou institutionnels traditionnels. La scène finale, où Jessie tête le sein de Jenna, symbolise une renaissance et un engagement profond.

Symbolique

Le mentorat et la réinvention de soi

Jenna devient la « référente » de Jessie, supervisant ses devoirs et son stage au Capitole. Son conseil – « Ne sois pas trop dure avec toi-même. Le lycée te juge sur des compétences que tu n’as pas au lieu de développer celles que tu as déjà » – est une philosophie éducative alternative, centrée sur les forces plutôt que sur les déficits. Elle partage son expérience de « deux côtés » (enseignante et élève), légitimant sa position de guide.

Le déguisement en interne : l’identité comme performance

En habillant Jessie en « blouse blanche » et en lui donnant un badge « Jessie K. Russell », Jenna lui offre une identité sociale immédiate et respectée. Ce geste est plus qu’une ruse ; c’est une initiation à un rôle, une façon de lui faire intérioriser une nouvelle image d’elle-même. Jessie « y prend goût » et s’approprie les lieux, passant de « perdue et maladroite » à « plus à l’aise ». L’identité se construit par l’action et la reconnaissance.

La « sauvage » qui se démarque

Jessie est décrite comme une « sauvage » qui, sous l’influence de Jenna, trouve sa voie hors des sentiers battus (« l’Octogone », « la Mairie », « la fête à l’Ouest »). Leur relation comble des « solitudes respectives » : celle de Jessie, abandonnée par ses mères, et celle de Jenna, qui vit avec Pippa mais semble chercher un rôle nourricier plus actif. Jenna remarque : « Quand on vit avec une docteure en médecine, on apprend à vivre seule », ce à quoi Jessie répond : « C’est pas mon impression, c’est plutôt le contraire. » Cela suggère que Jenna trouve dans cette relation une présence plus immédiate et tangible.

Le silence apaisant et la complicité corporelle

Leur communication dépasse les mots : « on n’a pas besoin de parler, on se regarde, juste comme ça, en silence et ça nous apaise. » Cette communion silencieuse évoque une relation pré-verbale, presque primitive. Les câlins, les massages, la coiffure sont des gestes de soin qui créent un espace de sécurité physique et affective.

La scène du sein : la « fille de lait » et la renaissance

Le moment où Jessie tète le sein de Jenna est chargé d’une intense symbolique. Ce n’est pas présenté comme un acte érotique, mais comme un acte de nourrissage spirituel et identitaire. Jenna la décrit comme sa « fille de lait », une relation qui la fait « naître à sa nouvelle existence ». Le lait, fluide sacré et transformateur, transmet ici une nouvelle essence, de « nouveaux sens ». Jessie se métamorphose physiquement (« Sur son corps. Sur ses formes ») et émotionnellement. Jenna, en donnant le sein, accomplit un acte de « grande maternité », créant un lien qui dépasse le biologique pour devenir une filiation d’élection.

La nouvelle famille : recomposition et apparences

Le trio Jenna-Pippa-Jessie est perçu comme une famille, où Jenna n’est pas la « mater familias » mais « l’épouse qui s’occupe de notre enfante ». Cette configuration échappe aux modèles traditionnels ; elle est construite sur l’affection, le soin et le choix. Le fait que Jessie « ressemble beaucoup à Pippa » ajoute une légitimité visuelle à cette famille recomposée, même si le lien le plus fort est désormais celui, charnel et symbolique, entre Jenna et Jessie.

Bilan

Jenna / Jennifer Russell (narratrice)

Trouve dans cette relation avec Jessie un rôle profondément nourricier et transformateur. Elle passe de référente scolaire à mère symbolique, offrant à la jeune fille bien plus qu’un soutien : une renaissance identitaire et sensorielle. Ce rôle comble peut-être un vide ou un désir maternel latent, et lui permet d’exprimer sa capacité à soigner et à créer en dehors du cadre conjugal avec Pippa.

Jessie K. Russell

Achève sa métamorphose de « chasseuse de sorcières » solitaire et rebelle en « fille de lait » initiée. Elle trouve en Jenna une figure d’attachement, une guide et une source de nourriture littérale et symbolique. Son adoption du nom « Russell » (par le badge) et sa transformation physique montrent qu’elle s’intègre pleinement dans cette nouvelle famille et cette nouvelle identité.

Pippa Russell (en arrière-plan)

Bien qu’absente de la scène centrale, elle fait partie intégrante de la nouvelle cellule familiale. Son rôle professionnel (« docteure en médecine ») est évoqué, mais c’est Jenna qui assume le rôle de soignante affective et initiatrice dans cette relation triangulaire. Pippa semble accepter, voire valider, cette extension de leur famille.

Conclusion

Ce chapitre propose que la famille et la filiation ne sont pas données par le sang ou l’institution, mais se construisent par des actes de soin, de nourrissage et de reconnaissance mutuelle. Le geste de l’allaitement symbolique entre Jenna et Jessie est un rite de passage qui fonde une nouvelle lignée : celle des « filles de lait », héritières non d’un patrimoine génétique, mais d’une essence spirituelle et sensorielle transmise par le corps.

La relation mentorale évolue ainsi vers une maternité élective, où le guide devient la mère, et la pupille, la fille. Ce processus montre que l’identité peut être littéralement « allaitée », façonnée par l’amour et le soin prodigués par une figure d’attachement choisie.

Enfin, cette nouvelle famille recomposée (Jenna, Pippa, Jessie) illustre la plasticité des liens dans la « Féminité » mature : on peut être à la fois l’épouse de l’une et la mère de l’autre, dans un équilibre qui défie les catégories traditionnelles mais apporte un profond sentiment d’appartenance et de plénitude.

Suite générative

Et si la transformation physique de Jessie, initiée par le lait de Jenna, déclenchait en elle l’éveil de capacités occultes latentes – faisant d’elle non seulement une « fille de lait », mais aussi une héritière involontaire des pouvoirs de déesse de Jenna, attirant ainsi l’attention des autorités de l’Est qui surveillent justement ce type de transmissions énergétiques interdites ?

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