185 - aimer librement

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Quand je fume, je n’ai plus de pouvoirs occultes, c’est pour ça que je fume autant. Pippa le sait. Megan est bien réelle, la technologie du Palace le confirme. Je fais consigner toutes les preuves par mon agente, celle qui est en charge de ma surveillance par l’Octogone, elle souhaite rester anonyme mais je l’ai déjà repérée dans les événements, une petite brune enrobée. Mes travaux scientifiques ne sont pas repris, ils ne sont pas considérés comme viables sans diplôme ni qualification. La Fémunité est libérée de mes expériences douteuses. Le Consulat tourne tout seul grâce aux hautes fonctionnaires dont Rachelle s’est débarrassées. Pour les canaliser, je les motive en les mettant en concurrence. Je nomme l’une Vice Consule et l’autre Attachée Principale, c’est du management de base, à la con. Le pouvoir les aveugle déjà. Si elles m’énervent, je leur proposerai de goûter à mon lait histoire de les calmer. Ma fille Jessie n’en veut plus, elle a de quoi faire maintenant de son côté avec 12 apôtresses à nourrir. Il y en a plus que pour Pippa qui s’en gave jusqu’à plus soif en se délectant de mes mamelles généreuses qui glissent sur les siennes pour connecter leur nectar, de quoi la mettre en condition pour la suite de la chevauchée avant l’extase et les confessions sur l’oreiller. C’est seulement après l’amour qu’on parle vraiment. Comme si nos fluides étaient des sérums de vérité, d’amour surtout, assouvi et libre, de femme à femme :

  • Jenny, faire l’amour avec toi est toujours une expérience mystique.
  • Mystique, c’est mon nom de code dans les rapports de l’Octogone.
  • Au capitole, une externe me tourne autour, elle est torride.
  • La fidélité, c’est mon traitement à moi, pas le tien. Quand on donne du lait, ça se sent et certaines ont soif à en jouir par tous les trous.

Pippa se met à rire, de bonheur aussi, d’avoir mon autorisation, de jouer. Elle s’imagine déjà faire des tas de choses avec son interne préférée. J’accompagne son excitation en jouant le jeu de son fantasme avec tout mon amour sincère sur son épanouissement personnel. Elle est belle, c’est une cheffe, c’est une Russell et elle est mariée à une déesse, moi aussi ça m’exciterait en tant que vulnérable interne pleine d’envies d’être la proie de désir du pouvoir en place. Pippa a meilleur goût quand elle s’éclate. Et moi je suis moi, je suis allé trop loin pour provoquer sa sortie à Megan, sortie de moi, j’ai faite peur à toutes avec mes histoires ridicules de clones et maintenant je sais qui je suis, ou pas, un pur produit de laboratoire protégée par une traitante en mission qui a tout laissé tomber pour simplement être avec moi et m’aimer librement.

Analyse

Ce chapitre fonctionne comme un apaisement et une mise au point après la tempête révélatrice. Jenna y expose de façon plus détendue les conséquences pratiques et personnelles de la découverte de ses origines. Elle détaille sa nouvelle stratégie de vie : gestion cynique du Consulat, recentrage sur son couple avec Pippa, et surtout, une forme d’acceptation ironique et sereine de son statut de « pur produit de laboratoire ». Le chapitre mêle gestion du pouvoir, intimité érotique, et une lucidité désabusée mais non amère.

Symbolique

La tige comme désactivateur occulte et refuge

La première phrase est un aveu significatif : « Quand je fume, je n’ai plus de pouvoirs occultes, c’est pour ça que je fume autant. » Le tabac n’est pas seulement une addiction, mais un outil de contrôle de soi. En désactivant ses pouvoirs, Jenna devient « normale », échappant au poids et aux risques de la déesse. C’est une forme de vacance volontaire, un choix de faiblesse assumée. Pippa, en le sachant, partage ce secret, renforçant leur complicité.

La gestion du Consulat : cynisme et manipulation

Jenna gère son nouveau pouvoir avec un détachement amusé. Les « hautes fonctionnaires » dont Rachelle s’est débarrassée sont mises en concurrence par des titres creux (« Vice Consule », « Attachée Principale »). Jenna utilise les mêmes mécanismes de pouvoir qu’elle a toujours dénoncés (« c’est du management de base, à la con »). Sa menace ultime : « je leur proposerai de goûter à mon lait histoire de les calmer. » Le lait redevient ici un outil de pacification et de contrôle, une arme douce mais redoutable.

L’intimité avec Pippa : le lait comme sérum de vérité et d’amour

La scène d’amour est centrale. Après l’acte, « nos fluides étaient des sérums de vérité, d’amour surtout. » L’échange de lait (et d’autres fluides) crée un espace de confidence absolue. Pippa avoue être attirée par une « externe torride » du Capitole. La réponse de Jenna est remarquable de maturité relationnelle : « La fidélité, c’est mon traitement à moi, pas le tien. » Elle reconnaît leurs différences (Jenna a besoin d’exclusivité comme « traitement », Pippa non) et lui donne sa « permission », accompagnant même son excitation par le jeu fantasmatique. C’est un amour non possessif, qui cherche l’épanouissement de l’autre.

L’identité assumée : « pur produit de laboratoire »

La conclusion de Jenna est d’une lucidité tranquille : « maintenant je sais qui je suis, ou pas, un pur produit de laboratoire protégée par une traitante en mission qui a tout laissé tomber pour simplement être avec moi et m’aimer librement. » Elle accepte son origine clonale sans en faire un drame. Elle n’est plus « Jenna la déesse » ni « Jennifer la scientifique », mais un être aimé et protégé par Pippa. Son identité se définit désormais par cette relation salvatrice plus que par une essence propre.

Megan : sortie de scène

Jenna considère que sa provocation a fait « sortir » Megan d’elle-même. Megan n’est plus un fantôme hantant ; elle a été extériorisée, objectivée (par l’enregistrement), et peut-être ainsi exorcisée. Jenna a « fait peur à toutes avec [ses] histoires ridicules de clones », mais maintenant, elle passe à autre chose. L’histoire des clones devient une anecdote, non une tragédie.

Le réseau de surveillance et l’agent anonyme

Jenna mentionne que ses preuves sur Megan sont consignées par « mon agente, celle qui est en charge de ma surveillance par l’Octogone ». Elle sait donc qu’elle est surveillée, et elle utilise même cette surveillance à son profit (faire consigner des preuves). C’est une relation symbiotique inversée : la surveillée instrumentalise la surveillante. L’agent « souhaite rester anonyme », mais Jenna l’a « repérée ». Elle reste en contrôle, même dans le jeu de la surveillance.

Bilan

Jenna / Jennifer Russell (narratrice)

A atteint un stade de sagesse pratique et de sérénité désabusée. Elle gère le pouvoir avec cynisme, l’amour avec générosité, et son identité avec un haussement d’épaules. Elle n’a plus besoin de se prouver quoi que ce soit. Sa priorité est son bien-être (fumer pour désactiver ses pouvoirs) et celui de Pippa (l’autoriser à explorer d’autres désirs). Elle est ancrée dans le présent relationnel.

Pippa Russell

Est épanouie, confiante, et exploratrice. Elle ose avouer son attirance pour une autre, sachant que Jenna l’acceptera. Elle « s’en gave » du lait de Jenna, symbole de leur connexion unique, mais cela ne l’empêche pas d’avoir d’autres désirs. Elle incarne une sexualité libre et joyeuse, protégée par l’amour stable du couple.

Rachelle (en arrière-plan)

Continue d’être l’alliée pragmatique, utilisant Jenna comme exutoire pour ses fonctionnaires ingérables. Leur relation est un partenariat de pouvoir efficace.

Jessie (mentionnée)

A achevé son autonomisation : « elle a de quoi faire maintenant de son côté. » Elle n’a plus besoin du lait maternel ; elle est devenue une source à son tour.

L’agente de l’Octogone (anonyme)

Représente le système de surveillance toujours présent, mais que Jenna a apprivoisé et retourné à son avantage.

Conclusion

Ce chapitre propose que le bonheur et la paix intérieure ne viennent pas de la découverte d’une « vérité » essentielle sur soi (comme l’origine clonale), mais de la façon dont on gère cette vérité dans le tissu de sa vie quotidienne. Jenna a choisi de traiter la révélation comme une information pratique (qui invalide ses diplômes) et non comme une condamnation existentielle.

La relation avec Pippa est présentée comme le véritable « sérum de vérité » : c’est dans l’intimité physique et émotionnelle, après l’amour, que l’on dit les choses importantes, que l’on négocie les désirs, que l’on construit une confiance assez solide pour autoriser la liberté.

Enfin, le chapitre célèbre l’art de la gestion – non pas au sens noble, mais au sens cynique et efficace. Gérer un consulat, gérer des fonctionnaires ambitieuses, gérer sa propre puissance occulte (en la désactivant par la fumée), gérer les désirs de son épouse… La vie bonne est une compétence pratique, pas une quête métaphysique. Jenna, le « pur produit de laboratoire », est finalement devenue une adulte fonctionnelle et heureuse, bien plus que ne l’étaient peut-être toutes ses versions précédentes.

Suite générative

Et si l’« externe torride » dont Pippa est attirée n’était autre que l’agente anonyme de l’Octogone chargée de surveiller Jenna, et que leur liaison, loin d’être un simple jeu, devenait le canal par lequel toutes les confidences du couple (y compris sur les clones et le lait) remonteraient directement à Rachelle, voire à des instances supérieures encore dans l’ombre ?

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