188 - un dessert interdit
Je me retrouve à nouveau dans le bureau de Rachelle qui lève les yeux au ciel en ouvrant son tiroir et en me remettant ma nouvelle ID Card : « Consule Jennifer, Consulat, Sylvania. » Voilà qui me paraît clair. On dirait celle de Clarisse. « Princesse Clarisse, Palais Royal, Sylvania. » J’ose lui demander sur l’oreiller :
- Mais au fait, tu as des fonctions à la Cathédrale Sainte-Claire.
- À ton avis ? Je ne m’appelle pas Clarisse pour rien.
- Je préfère Princesse, ça rime avec Déesse.
- Je suis ta Princesse, tu es ma Déesse.
C’est sur ces mots que je passe sur elle pour réveiller son ventre avec de doux frottements de mon anatomie primaire sur la sienne. Il est grand temps d’échanger nos humeurs intimes maintenant que mon lait a rendu ses seins turgescents de volonté de vie et d’envie. C’est juste un premier émoi. On va y aller doucement. On a l’éternité. Je l’entreprends avec respect et bienveillance. Elle avait déjà bu du lait, sur sa sœur et sur la Papesse. Mais jamais à la source sur moi, ça lui fait une grosse différence et c’est avec déférence que je m’allonge sur elle pour lui présenter ma sainte poitrine contre des royales mamelles. Nos tétons se trouvent et s’aspire et une onde de plaisir saigne et se propage jusqu’au bout de mes extrémités les plus sensibles. Elle aussi, je la vois rougir jusqu’aux ongles de ses doigts et de sa langue qui vient lécher la mienne pour un baiser solennel d’une Princesse à sa Déesse. C’est vrai que c’est fort. Je me sens moi en elle. On est bien, là, Clarisse et moi. Elle me fait oublier le grade des nones locales où la définition de ce mot change à tout jamais pour moi. Clarisse. Une Clémence en mieux, à moi. J’aime faire partie d’elle et de tout ce qu’elle représente. Nos seins se séparent et je me remets en position. La Couronne mérité une Déesse locale et me voilà en primaire à la faire hennir en cavalière sur ma monture royale, elle me griffe et réclame plus fort, encore, en vibrant de tout son corps sous le mien. Elle est bien, je suis bien, on est bien, on passe au galop. Dans l’espace on ne vous entend pas crier. Sur Gaïa, sa jouissance est une onde au-delà du son audible et elle explose à une vitesse supérieure à celle de la lumière qui s’éclaire en nous, divinement, au bout du tunnel, là où l’immortalité nous aspire inexorablement vers le paradis des plaisirs. Quand je reprends mon souffle et ma conscience, Clarisse est en larme de bonheur, recroquevillée sur moi, en moi. Je ma console et je la lèche partout comme si j’étais une animale qui venait de mettre bas et qui nettoyait son bébé. Elle a le goût d’un dessert interdit.
Analyse
Ce chapitre est une célébration sensuelle et symbolique de l'union entre Jenna (la Déesse primaire) et Clarisse (la Princesse royale). Il approfondit leur connexion physique et mystique, élevant leur relation au rang d'un coupling sacré entre deux pôles de pouvoir (le divin et le monarchique). La scène d'amour est décrite avec une intensité presque cosmique, suggérant que leur union a des répercussions au-delà du simple plaisir personnel, touchant peut-être à l'équilibre même de Gaïa.
Symbolique
L’ID Card et l’égalisation des statuts
La scène d'ouverture avec Rachelle est significative. Jenna reçoit sa nouvelle ID Card de « Consule Jennifer », et remarque qu'elle ressemble à celle de Clarisse « Princesse Clarisse ». Cette similarité formelle (même format, même ville) symbolise une égalisation de leur statut officiel dans la société de Sylvania. L'une représente le pouvoir diplomatique et occulte (le Consulat), l'autre le pouvoir traditionnel et historique (la Couronne). Leur union crée une synergie institutionnelle.
Clarisse de Sainte-Claire : le sacré et le royal
La révélation que Clarisse a « des fonctions à la Cathédrale Sainte-Claire (qui porte son nom) fusionne son identité royale avec une dimension sacrée. Elle n'est pas seulement une princesse laïque ; elle est liée à l'institution religieuse. Sa remarque (« Je ne m’appelle pas Clarisse pour rien ») suggère une destinée inscrite dans le nom, un archétype vivant. Jenna préfère le titre de « Princesse » car « ça rime avec Déesse », établissant une correspondance phonétique et symbolique entre leurs rôles.
L’échange du lait : initiation et transformation
Clarisse avait déjà bu du lait (de sa sœur, de la Papesse), mais jamais « à la source » sur Jenna. Cet acte est présenté comme une initiation supérieure, qui « lui fait une grosse différence ». Le lait de Jenna, source divine, transforme le corps de Clarisse (« rendu ses seins turgescents de volonté de vie et d’envie »). Le contact de leurs poitrines, où « nos tétons se trouvent et s’aspirent », crée une onde de plaisir qui se propage physiquement jusqu'aux extrémités, provoquant même une réaction physiologique visible (rougeur). C'est une communion cellulaire.
L’union comme rite cosmique
La description de leur acte sexuel dépasse l'intime pour atteindre une dimension cosmique et métaphysique :
- « Dans l’espace on ne vous entend pas crier. » : Évocation de l'isolement et de l'immensité.
- « Sur Gaïa, sa jouissance est une onde au-delà du son audible et elle explose à une vitesse supérieure à celle de la lumière » : La jouissance de Clarisse est décrite comme un phénomène énergétique supra-lumineux, défiant les lois physiques, affectant peut-être le champ tellurique de la planète.
- « la lumière qui s’éclaire en nous, divinement, au bout du tunnel » : Image mystique de révélation, d'accès à un paradis sensoriel.
Cette union n'est pas seulement sexuelle ; c'est un acte de puissance qui modifie la réalité à son échelle.
La métaphore de la naissance et du nettoyage
Après l'orgasme, Jenna lèche Clarisse « comme si j’étais une animale qui venait de mettre bas et qui nettoyait son bébé ». Cette image renverse les rôles : la déesse (Jenna) devient la mère animal soignant sa princesse-enfant. C'est un geste de tendresse primitive, de possession douce, et de purification. Clarisse a « le goût d’un dessert interdit » – elle est à la fois une récompense sucrée et une transgression.
« Une Clémence en mieux, à moi. »
Cette phrase est clé. Clémence, la reine oubliée (sœur de Clarisse), est évoquée comme un modèle dépassé. Clarisse est une version améliorée, et surtout, elle est « à moi » – possédée, choisie. Jenna trouve dans cette union une légitimation par procuration : en possédant la version améliorée de la reine, elle s'approprie symboliquement la légitimité royale.
Bilan
Jenna / Consule Jennifer (narratrice) : Est pleinement investie dans son nouveau rôle de déesse-amante de la princesse. Elle vit cette relation avec une intensité mystique et sensuelle totale. Elle trouve en Clarisse un miroir valorisant (une princesse) et un objet de dévotion qu'elle peut à la fois dominer (en cavalière) et chérir (en mère lécheuse). Son identité semble se consolider dans cette dyade sacrée.
Clarisse / Princesse Clarisse : Se révèle être un être de passion et de puissance latente. Son corps réagit aux fluides divins de Jenna avec une intensité extraordinaire, et sa jouissance a une qualité quasi-cosmique. Ses larmes sont de « bonheur », montrant une vulnérabilité extatique. Elle est à la fois la princesse soumise à sa déesse et la force tellurique dont l'orgasme ébranle Gaïa.
Rachelle (en introduction) : Joue son rôle habituel de fournisseuse administrative, validant par les documents (les ID Cards) la nouvelle configuration du pouvoir.
Clémence (la sœur, évoquée) : Est l'ombre comparante, la reine déchue dont Clarisse est l'héritière améliorée. Elle symbolise un ancien ordre que Clarisse (et Jenna avec elle) dépasse.
Conclusion
Ce chapitre érige l'amour charnel entre Jenna et Clarisse en un rite hiérogamique – un mariage sacré entre deux principes (le Divin et le Royal) censé féconder et stabiliser le monde. Leur union n'est pas privée ; elle a des conséquences cosmiques (l'onde supra-lumineuse sur Gaïa). Le lait de Jenna agit comme un catalyseur de transformation, activant en Clarisse une potentialité royale et sacrée. Leur relation est une alchimie des légitimités : la légitimité occulte et charismatique de la déesse s'unit à la légitimité historique et sacrée de la princesse, créant une nouvelle forme de pouvoir hybride. La métaphore finale du désert interdit est ambiguë : Clarisse est une douceur que l'on s'accorde en transgressant un interdit (l'exclusivité avec Pippa ? la distance entre déesse et princesse ?). Mais cette transgression est présentée comme délicieuse et sanctifiante. Enfin, le chapitre suggère que dans l'économie affective et politique de la Féminité, les liens érotiques sont des alliances géopolitiques. S'unir à Clarisse, c'est aussi s'unir à la Cathédrale Sainte-Claire, au Palais Royal, à la lignée oubliée. Jenna, la clone sans lignée, se greffe ainsi sur l'arbre généalogique le plus ancien, trouvant une nouvelle racine dans l'histoire.
Suite générative
Et si l'« onde » supra-lumineuse de jouissance de Clarisse, couplée au lait divin de Jenna, était effectivement détectée par les instruments de monitoring des « ondes de Gaïa à l'ancienne église de Jessie (le 182), déclenchant une alerte chez les Russell et révélant que l'union Jenna-Clarisse n'était pas seulement une affaire de cœur, mais un événement tellurique majeur susceptible de réveiller des forces endormies depuis l'ère de la reine Clémence ?

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