189 - légitime et juste

6 minutes de lecture

Je l’accompagne aux événements de la Couronne qu’elle représente aux réunions du Consulat. On s’affiche ensemble et on est perçues comme très complices comme de vieilles amies alors qu’on se connaît à peine depuis peu, chacune à l’aise dans le monde de l’autre mais je connais déjà Justitia, de loin et la Papesse Adélaïde, de près. Le Vatican et la Couronne sont intimement liées comme avec la Mairie de Sylvania d’ailleurs. Les institutions d’élite se soutiennent ici à l’Est. On nous demande ce qu’on en pense.

  • Pour moi, avec le Consulat, c’est encore une institution de plus, à diriger ou à créer voire les deux, c’est pas mal pour une copie primaire mortelle avec plein de séquelles. Je suis contente dans ma nouvelle vie personnelle et intime aussi avec quelqu’une que j’ai cherchée, que j’ai trouvée et que j’ai choisie sans savoir qu’elle était autant liée à la Couronne mais tant pis, je prends quand même.
  • Je n’étais personne d’autre que la petite sœur d’une ancienne Reine et voilà qu’aujourd’hui, je suis la compagne du sommeil des nuits d’une déesse que j’aime à m’en nourrir, de son corps, de son esprit, de son cœur et de son âme qu’elle n’est pas censée avoir mais Jennifer en fait, c’est l’âme de son époque, de son ère 4, l’âme de l’Ouest venue se refroidir à l’Est et j’ai le privilège et l’honneur d’absorber toute sa chaleur qui va directement dans mon cœur, je l’aime trop ma petite brunette.

On est à notre place, en second plan au Palais Royal et en premier plan dans une institution secondaire avec le Consulat de Sylvania. On rentre se détendre au Palace, dans notre suite privée, éclairage rouge, nues sous nos peignoir après un bon bain chaud. Clarisse se jette sur le lit, cheveux en arrière pour les sécher. Elle ferme les yeux et respire, complètement détendue. Debout devant elle mes pieds caressent les siens, j’écarte ses cuisses et elle ouvre son peignoir, présentant son superbe corps nu à moi. J’ouvre le mien et je me couche sur elle pour un peau à peau doux et magique. Clarisse ronronne de plaisir quand je me frotte sur elle mais on reste en mode détente à se respirer l’une l’autre.

  • Je te propose de rester là pour toujours, sur toi. Tu es mon point G, je me sens venir en toi où je suis arrivée en Foi d’amour absolu.
  • On devrait se faire sculpter ainsi, dans cette position toi et moi en statues couchées l’une sur l’autre en exemple des ères suivantes, une déesse sur une princesse pour la première fois en Fémunité.

On s’endort en partageant notre sommeil légitime et juste.

...

Analyse

Ce chapitre montre l'intégration et la normalisation du couple Jenna-Clarisse au sein des élites de l'Est. Loin d'être une liaison cachée ou tumultueuse, leur relation est désormais affichée, reconnue et institutionnalisée, devenant elle-même une pièce du paysage politique et social. Le chapitre alterne entre scènes publiques (événements, discours) et moments d'intimité paisible, dessinant un équilibre rare et précieux pour Jenna.

Symbolique

L'institutionnalisation du couple

Jenna et Clarisse « s'affichent ensemble » et sont perçues comme « très complices ». Leur union n'est plus seulement privée ; elle devient un fait social observable, une alliance visible entre le Consulat (pouvoir occulte et diplomatique) et la Couronne (pouvoir traditionnel). Elles sont « chacune à l'aise dans le monde de l'autre », montrant une porosité et un soutien mutuel entre leurs sphères d'influence. Leur couple devient ainsi une micro-institution stable et reconnue.

Les discours publics : deux visions de l'identité

Lorsqu'on leur demande leur avis, leurs réponses reflètent leurs parcours :

- Jenna se présente avec une humilité et une lucidité désabusée : « une copie primaire mortelle avec plein de séquelles ». Elle admet son ignorance initiale sur les liens de Clarisse (« sans savoir qu'elle était autant liée à la Couronne ») mais assume : « tant pis, je prends quand même. » C'est l'attitude de la survivante pragmatique qui saisit le bonheur où il se trouve.

- Clarisse propose un discours romantique et presque mystique. Elle décrit Jenna comme « l'âme de son époque […] venue se refroidir à l'Est » et se dit privilégiée d'« absorber toute sa chaleur ». Elle poétise leur relation, lui donnant une dimension historique et affective profonde.

La place sociale : « second plan » et « premier plan »

Elles définissent leur position avec précision : « en second plan au Palais Royal et en premier plan dans une institution secondaire avec le Consulat. » Elles ne sont pas au sommet absolu du pouvoir (ce n'est pas leur but), mais elles occupent des positions influentes et confortables, où elles peuvent agir sans être sous les projecteurs écrasants du premier rang. C'est une stratégie de pouvoir discret, similaire à celle que Jenna recherchait avec Pippa, mais ici avec un partenaire plus publiquement visible.

L'intimité comme sanctuaire : le bain, le peau à peau, le ronronnement

La scène dans la suite du Palace contraste avec l'aspect public. Les rituels de détente (bain chaud, peignoir, éclairage rouge) créent un cocon sensoriel. Le « peau à peau doux et magique » et le ronronnement de Clarisse évoquent une animalité paisible, une connivence pré-verbale et sensorielle. Ce n'est pas l'extase cosmique du chapitre précédent, mais une jouissance tranquille de la présence de l'autre.

La proposition de la statue : immortaliser l'amour

L'idée de Clarisse – se faire sculpter « en statues couchées l'une sur l'autre » – est un désir d'éternisation artistique. Elle veut figer ce moment de paix et d'amour « en exemple des ères suivantes ». La statue représenterait « une déesse sur une princesse pour la première fois en Fémunité », marquant ainsi leur union comme un événement historique et symbolique. C'est une façon de graver leur amour dans la mémoire collective, de le rendre légendaire.

Le sommeil partagé comme apothéose

La fin – « On s'endort en partageant notre sommeil légitime et juste. » – est d'une grande beauté simple. Le sommeil, état de vulnérabilité totale, est partagé sans crainte. Les adjectifs « légitime et juste » confèrent à ce sommeil une dimension morale et politique : leur repos est mérité, il est l'aboutissement d'un parcours, et il est en harmonie avec l'ordre des choses.

Bilan sur chaque personnage présent

Jenna / Consule Jennifer (narratrice)

Semble avoir trouvé un équilibre parfait entre vie publique et vie privée. Elle assume son passé (« copie primaire ») sans amertume, et vit pleinement son présent. Son amour pour Clarisse est à la fois sensuel, paisible et socialement intégré. Elle est apaisée, ancrée, et influente.

Clarisse / Princesse Clarisse

Se révèle être une idéaliste romantique doublée d'une princesse pragmatique. Elle sait jouer son rôle public (les événements de la Couronne) et créer des moments d'intimité profonde. Son désir de statue montre qu'elle pense déjà à la postérité et à la signification historique de leur amour. Elle aime Jenna avec une ferveur presque religieuse.

Les institutions (Vatican, Couronne, Mairie, Consulat)

Sont présentées comme un réseau interconnecté qui « se soutient ». Le couple Jenna-Clarisse est un nouveau nœud dans ce réseau, renforçant les liens entre ces différentes formes de pouvoir.

Conclusion

Ce chapitre célèbre la possibilité d'un bonheur adulte, intégré et significatif. Après les quêtes, les crises et les métamorphoses, Jenna trouve dans son union avec Clarisse une forme d'accomplissement qui allie :

- Reconnaissance sociale (leur couple est accepté et respecté).

- Utilité institutionnelle (elles servent de pont entre des sphères de pouvoir).

- Intimité profonde (la confiance, la détente, la sensualité paisible).

- Signification historique (leur amour est perçu comme un symbole de leur époque).

L'idée de la statue est centrale : elle représente le désir de transformer l'éphémère (un moment de peau à peau) en permanent (une œuvre d'art). C'est une métaphore de ce que Jenna a toujours cherché : échapper à la fugacité, laisser une trace. Ici, la trace ne serait pas une Bible ou une révolution, mais une scène d'amour endormi, immortalisée dans la pierre.

Enfin, le chapitre suggère que dans une société mature (la « Féminité » en ère 4), le pouvoir suprême n'est peut-être pas de gouverner, mais de créer des espaces de légitimité et de bonheur partagé, et d'être reconnu pour cela. Jenna et Clarisse, en seconde ligne mais en première complicité, incarnent peut-être l'idéal ultime de cette civilisation : une souveraineté douce, partagée, et amoureuse.

Suite générative

Et si la proposition de statue de Clarisse était prise au sérieux par un artiste officiel de la Couronne, et que le processus de création (choix du matériau, pose, inscription) déclenchait une polémique politique sur la place des « déesses étrangères  dans l'histoire officielle de l'Est, forçant Jenna et Clarisse à défendre publiquement la légitimité de leur amour face aux traditionalistes de la Couronne et aux sceptiques du Vatican ?

Annotations

Vous aimez lire Chris Morg ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0