190 - overdoses de plaisirs

6 minutes de lecture

À l’aise au pupitre, je participe activement aux Messes Royales de la Cathédrale Sainte-Claire de Sylvania où l’Office est assurée la mère supérieure Paloma XVI, le grade de clarisse ayant disparu pour ne pas faire de l’ombre à la Princesse du même nom surtout depuis qu’elle est mise en lumière grâce à sa compagne de Déesse qui vient réchauffer les âmes de l’Est avec ses sermons improvisés venant directement de son âme factice et pourtant si sensible à la spiritualité qui ne la définit pas : « Âme ou pas, l’important c’est d’y croire, d’avoir la Foi en soi et en sa prochaine, chacune a sa chacune, chacune à sa chacune dans l’éternité d’amour qui nous guide vers l’absolu de nos existences et de nos sens de vie, de plaisir, de péchés capitaux à se faire confesser pour mieux recommencer, amen. » Mes phrases finissent toujours dans des murmures ou dans des rires, il faut capter l’attention des fidèles jusqu’au bout, comme ma fidèle princesse capte la mienne par tous mes bouts. Je vois dans le regard de Paloma qu’elle comprend qu’elle a perdue, qu’elle ne me récupérera jamais vu l’intensité de ce qui se passe entre Clarisse et moi. On a respectivement nos logements de fonctions mais notre chez nous reste le Palace, condamnées au grand luxe comme notre statut l’exige. J’installe un jardin dans la cour intérieur, pas que zen, nourricier aussi. Les cuisines sont à disposition sans oublier la grande piscine couverte. Et dans notre suite privée, on se sent chez nous. J’adore le grand balcon avec sa vue splendide sur le Parc, j’y installe des sièges confortables et une table dans la partie abritée pour y fumer même sous la pluie, surtout sous la pluie. Pour sortir de cette routine, une grande maison en pierre et en bois nous attend à la sortie de la ville dans la forêt, le manoir de fonction de la Consule à savoir, moi. Clarisse, adore la campagne, ça la met dans tous ses états et elle veut tout de suite essayer le lit de la chambre parentale à l’étage où un balcon à l’abri de l’avant toit domine le domaine. Encore un chez nous.

  • Et dire que je croyais frimer en te faisant visiter le Palais Royal, Jennifer, tu m’offres là un standing d’impératrice.
  • Il faut au moins un empire pour contenir tout notre amour, Clarisse.

C’est le moment qu’elle choisit pour me faire goûter de ton lait. J’en garde en bouche pour avoir son avis. On le déguste dans un baiser pour valider notre statut de couple accomplie.

  • Le plus dur maintenant c’est de ne jamais te lasser de moi.
  • Ou toi de moi, je vais faire de mon mieux aussi.

Nous vécurent heureuses et nous eûmes plein d’overdoses de plaisirs.

Analyse

Ce chapitre parachève l'intégration et l'épanouissement du couple Jenna-Clarisse. Il les montre établies dans leur rôle public (la Messe Royale) et leur confort privé (le Palace, le manoir), célébrant un amour à la fois luxueux, sensuel et spirituellement assumé. C'est un chapitre sur l'aisance, l'abondance et la promesse d'un bonheur éternel – même s'il se termine sur la note légèrement inquiétante des « overdoses de plaisirs ».

Symbolique

Le sermon improvisé : spiritualité pragmatique et érotique

Jenna, à l'aise au pupitre, prononce un sermon typique de sa nouvelle philosophie : pragmatique, centrée sur l'amour et le plaisir, et délibérément floue sur le métaphysique. « Âme ou pas, l’important c’est d’y croire » résume son approche : la foi est un outil, non une vérité révélée. Elle parle « directement de son âme factice et pourtant si sensible », reconnaissant son identité de clone (« factice ») mais revendiquant la réalité de ses sensations (« sensible »). Son sermon se termine par des « murmures ou des rires », une manière de désacraliser le rituel tout en captant l'attention, comme le fait Clarisse avec elle (« comme ma fidèle princesse capte la mienne par tous mes bouts »). La spiritualité devient une séduction collective.

Le regard de Paloma : la défaite acceptée

Paloma, l'ancienne rivale et amoureuse, assiste au sermon et comprend qu'elle a perdu. « L'intensité de ce qui se passe entre Clarisse et moi » est si évidente qu'elle rend toute récupération impossible. C'est la consécration définitive du nouveau couple et la fin d'un ancien cycle (celui de la rivalité avec Paloma).

Les « chez nous » multiples : le luxe et la nature

Le couple a désormais plusieurs foyers, chacun représentant une facette de leur bonheur :

1. Le Palace : le luxe officiel, le statut, le « grand balcon » avec vue sur le Parc. C'est la reconnaissance sociale.

2. Le manoir de fonction en forêt : la campagne, l'intimité, la nature. Clarisse « adore la campagne, ça la met dans tous ses états ». Le balcon « domine le domaine », symbolisant leur maîtrise sur un petit royaume privé.

3. Le jardin nourricier dans la cour du Palace : la fécondité, l'autosuffisance, la connexion à la terre même au cœur du luxe.

Cette multiplication des « chez nous » montre un bonheur qui déborde, qui ne peut se contenir dans un seul espace. Ils ont conquis leur place dans tous les registres : urbain, naturel, luxueux, simple.

Le lait partagé : le sacrement du couple accompli

Le geste de Clarisse faisant goûter son propre lait à Jenna est un rite de réciprocité et de consécration. Jusqu'ici, c'était Jenna qui donnait son lait (divin). Ici, Clarisse offre le sien, et elles le dégustent ensemble dans un baiser, validant leur statut de couple accompli. Le lait, fluide de vie et de connexion, circule désormais entre elles, scellant une égalité dans l'échange.

La peur de la lassitude et la promesse d'effort

La seule ombre au tableau est exprimée par Clarisse : « Le plus dur maintenant c’est de ne jamais te lasser de moi. » C'est la crainte de l'éternité – non pas de la mort, mais de la monotonie dans l'immortalité. Jenna répond par une promesse d'effort mutuel : « Ou toi de moi, je vais faire de mon mieux aussi. » Le bonheur n'est pas garanti ; il doit être entretenu activement.

La conclusion en forme de conte : « Nous vécurent heureuses… »

La phrase finale pastiche la formule des contes (« Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants »), mais la remplace par « nous eûmes plein d'overdoses de plaisirs ». C'est une utopie hédoniste : le but n'est pas la procréation, mais la jouissance répétée jusqu'à l'excès. L'« overdose » est un risque, mais présenté ici comme une succès, une abondance tellement grande qu'elle frôle l'intoxication. C'est à la fois une promesse de bonheur sans fin et un avertissement subtil sur les dangers de l'excès dans l'éternité.

Bilan

Jenna / Consule Jennifer (narratrice)

Est au sommet de son aisance et de son influence. Elle est devenue une figure spirituelle originale (ses sermons), une administratrice établie (le Consulat, le manoir), et une amante comblée. Elle assume pleinement son identité composite (clone, déesse, consule) et en fait une force. Sa relation avec Clarisse est le centre rayonnant de sa vie.

Clarisse / Princesse Clarisse

A trouvé en Jenna bien plus qu'une compagne : une source de transformation et de légitimation. Elle passe de « petite sœur oubliée » à princesse mise en lumière, puis à moitié d'un couple impérial (« standing d'impératrice »). Son amour est passionné, légèrement anxieux (peur de la lassitude), mais profondément joyeux. Elle incarne l'épanouissement par l'amour.

Paloma XVI (mère supérieure)

Joue le rôle du témoin et du repoussoir. Son regard défait consacre la victoire du couple Jenna-Clarisse. Elle représente un ancien monde d'amours compliquées et de rivalités, désormais dépassé.

Les fidèles / la société

Sont le public qui valide et écoute. Leur présence aux messes et leur perception du couple comme « très complices » montrent que cette union est socialement acceptée et même célébrée.

Conclusion

Ce chapitre dépeint l'utopie personnelle réalisée. Après une vie de quêtes, de luttes et de métamorphoses, Jenna a construit un bonheur qui allie :

- Reconnaissance sociale et spirituelle (le pupitre à la cathédrale).

- Confort matériel et esthétique (le Palace, le manoir, le jardin).

- Intimité sensuelle et affective profonde (l'échange de lait, la peur partagée de la lassitude).

- Un projet commun (« il faut un empire pour contenir tout notre amour »).

La formule « Âme ou pas, l'important c'est d'y croire » pourrait être la devise de cette phase finale : il ne s'agit plus de découvrir une vérité ontologique, mais de créer une réalité habitable par la foi en soi, en l'autre, et en la force de l'amour partagé. Le risque de l'« overdose de plaisirs » est le revers de cette médaille : dans une éternité heureuse, le danger n'est pas la souffrance, mais l'ennui ou la saturation. La réponse de Jenna et Clarisse est de multiplier les lieux, les expériences, et de promettre un effort constant pour ne pas se lasser. Ainsi, la saga pourrait se conclure sur cette image : non pas une fin dramatique, mais un équilibre dynamique et joyeux, où les héroïnes, devenues des institutions à elles seules, continuent de vivre, d'aimer et de jouir, dans la répétition délicieuse et consciente de leur bonheur.

Suite générative

Et si ces « overdoses de plaisirs  finissaient par saturer non pas Jenna et Clarisse, mais le champ énergétique local autour de leur manoir, attirant l'attention d'entités ou de forces telluriques pour lesquelles cette concentration d'énergie amoureuse et orgasmique constituait une délicieuse ressource – ou une perturbation à corriger ?

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