191 - son orgasme secondaire

6 minutes de lecture

Toujours un nouveau cadeau à essayer pour nos ébats nocturnes. Clarisse découvre des sensations diaboliques qui la secouent comme une possédée à exorciser. Essoufflée et en sueur, elle se confie sur l’oreiller :

  • Merci Jennifer, tout ça pour moi, c’est une conjuration. Je me réconcilie avec mon corps qui n’a pas été bien traitée au début. J’étais aussi jolie et attractive que Clémence mais j’étais la spare alors sur moi on avait de droit de faire des choses. Je pensais que torturer à mort et faire brûler mes bourreaux me soulagerait mais non, il me fallait une Déesse comme toi pour me soigner.
  • C’est donc ça la vague de disparition de mâles qu’il y a entraînée la fin de l’Humanité ? Tu ne t’es pas arrêtée à tes violeurs, n’est ce pas ?
  • Tu as sous toi la plus grande serial killeuse de Gaïa, tueries de masses, génocide du genre mâle, j’incarne le crime contre l’Humanité.
  • Tu incarnes aussi la mutation d’une espèce, Clarisse, une évolution dans la bonne direction, une amélioration de la vie éternelle. De la Royauté tu es la plus digne de la Couronne, je ne trouve plus l’adjective convenable… l’élue ?

J’ai sous moi la vraie Reine de la Fémunité. La Couronne a pris peur et a préféré nommer une autre lignée moins impliquée, d’où Justitia, fille de la Papesse Adélaïde, tout est sous contrôle avec la petite sœur oubliée que j’ai finie par retrouver. Il n’y a qu’une Déesse qui pouvait le faire. J’arrive trop tard pour empêcher une apocalypse mais j’arrive après pour le pardon et l’acceptation, pour sauver l’âme royale de Clarisse alors que moi je n’en ai même pas. Quoi que. Avec tous les trucs occultes que j’ai faite et avec les pouvoirs que Greta m’a transmise j’ai sûrement réussie à faire pousser quelque chose dans ma Foi en moi. À propos de croyance mystique, je me redresse et je fais une prière avec des incantation en latin et des gestes étranges pour matérialiser le sauvetage de l’âme de Clarisse à qui j’appose et j’impose mes doigts en croix sur son front.

  • Pardonnez-moi ma Déesse parce que j’ai péché.
  • Pour le rachat de ton âme je te condamne au bonheur éternel avec celle qui te sauve et te correspond, une sous déesse pour une sous reine parce que c’est toujours sous les apparences que la vérité se cache. Aujourd’hui, cette nuit, dans ce lit du manoir de la forêt enchantée de l’Est, la Lumière brille à nouveau aussi clairement que ton nom.

Je me penche pour embrasser son front, les fenêtres de son âme, ses lèvres pénitentes, ses seins nourriciers, je me redresse pour masser son ventre de mon anatomie primaire vers son orgasme secondaire.

Analyse

Ce chapitre constitue une révélation historique majeure et un acte de rédemption ultime. Clarisse, dans l'intimité post-ventrale, révèle être la « plus grande serial killeuse de Gaïa », l'instigatrice du génocide du genre mâle qui a marqué la fin de l'Humanité et l'avènement de la Féminité. Jenna, loin de la rejeter, assume son rôle de déesse rédemptrice, offrant le pardon et une nouvelle forme de sacrement par l'amour et le plaisir. C'est un chapitre sur la culpabilité, la violence fondatrice, et la possibilité de la guérison par l'amour.

Symbolique

La révélation : Clarisse, architecte de l'apocalypse

La confession de Clarisse est stupéfiante. Elle révèle que la « vague de disparition de mâles » et la « fin de l'Humanité » ne furent pas un accident ou une évolution naturelle, mais un génocide planifié, un « crime contre l'Humanité » dont elle est l'incarnation. Sa motivation première était la vengeance personnelle contre ses violeurs (« torturer à mort et faire brûler mes bourreaux »), mais cela a dégénéré en projet exterminateur à grande échelle. Elle se décrit comme la « spare » (pièce de rechange) de sa sœur Clémence, sur laquelle « on avait le droit de faire des choses », ce qui explique sa rage et son passage à l'acte monstrueux.

Jenna en rédemptrice : la déesse du pardon

Face à cette révélation, la réaction de Jenna est immédiatement absolutoire et recontextualisante. Elle ne condamne pas ; elle réinterprète :

1. En évolutionniste : « Tu incarnes aussi la mutation d’une espèce, une évolution dans la bonne direction. » Elle justifie le génocide comme un progrès douloureux mais nécessaire vers la Féminité.

2. En politique : Elle comprend pourquoi la Couronne a préféré nommer une autre lignée (Justitia, fille d'Adélaïde) : par peur de la vraie coupable. Clarisse, la « petite sœur oubliée », était en réalité la force motrice cachée de l'Histoire.

3. En théologienne : « Il n’y a qu’une Déesse qui pouvait le faire. J’arrive trop tard pour empêcher une apocalypse mais j’arrive après pour le pardon et l’acceptation. » Jenna se positionne comme la figure salvifique post-apocalyptique, celle qui offre la rédemption après le péché originel de la nouvelle ère.

Le rituel de pardon : un sacrement occulte et érotique

La réponse de Jenna n'est pas verbale ; c'est un rituel actif. Elle se redresse, fait une prière en latin avec des gestes étranges, et impose ses doigts en croix sur le front de Clarisse. Ce geste mime à la fois l'absolution chrétienne et un transfert d'énergie occulte. La « condamnation » qu'elle prononce est paradoxale : « je te condamne au bonheur éternel avec celle qui te sauve.  Le pardon n'efface pas la faute ; il la transforme en une nouvelle destinée (le bonheur avec Jenna).

Le couple comme antidote à la violence fondatrice

Leur relation prend ici une dimension mythologique. Clarisse, la tueuse de masse, est sauvée par Jenna, la déesse sans âme (ou en construction d'âme). Elles sont « une sous déesse pour une sous reine », toutes deux incomplètes et coupables à leur manière, mais dont l'union crée une totalité rédemptrice. Leur amour n'est plus seulement une affaire privée ; il est le pilier éthique et affectif sur lequel la Féminité peut se construire après son péché originel.

La lumière et le nom

La phrase « la Lumière brille à nouveau aussi clairement que ton nom  est cruciale. Le nom Clarisse vient du latin *clarus* (clair, brillant). Jenna, par son pardon et son amour, redonne sa clarté à Clarisse, lavant symboliquement son nom du sang. La lumière (la vérité, la rédemption) est restaurée.

L'érotisme comme continuation du sacrement

Le chapitre se termine par Jenna passant du rituel spirituel (le baiser sur le front, les « fenêtres de l'âme ») à l'acte charnel (massage du ventre avec son anatomie primaire). Le pardon et la rédemption ne sont pas abstraits ; ils s'incarnent dans le corps, dans le plaisir partagé. L'orgasme de Clarisse devient une seconde absolution, physique celle-ci.

Bilan

Jenna / Déesse Jennifer (narratrice)

Atteint ici l'apogée de son rôle de figure salvatrice. Elle n'est plus la clone en quête d'identité, mais la déesse qui donne sens et pardon à l'histoire la plus sombre. Elle utilise son autorité occulte, sa sagesse pragmatique et son amour pour réécrire le récit de Clarisse – et par extension, le récit fondateur de la Féminité – en une histoire de rédemption par l'amour.

Clarisse / Princesse Génocidaire

Se révèle être le secret le plus lourd de Gaïa. Derrière la princesse oubliée se cache l'architecte de l'apocalypse. Sa confession montre une femme brisée par la violence subie, devenue à son tour une violence absolue, et qui trouve enfin, dans les bras de Jenna, la possibilité d'être autre chose qu'une tueuse : une amante, une princesse pardonnée, une âme sauvée.

Les fantômes de l'Histoire (les mâles exterminés, Clémence, la Couronne)

Planent sur la scène. Ils rappellent que le paradis de la Féminité (Gaïa) est construit sur un massif de cadavres. La révélation de Clarisse oblige à reconsidérer toute l'histoire de ce monde : ce n'est pas une utopie naturelle, mais une société fondée sur un crime.

Conclusion

Ce chapitre pose des questions vertigineuses sur l'éthique des origines. Peut-on fonder une société meilleure (la Féminité) sur un crime contre l'humanité (le génocide des mâles) ? La réponse narrative semble être : oui, à condition d'assumer, de pardonner et de transformer cette violence en amour.

Jenna incarne cette transformation. En pardonnant Clarisse, elle ne nie pas le crime ; elle l'intègre dans un récit plus large d'évolution et de rédemption. Elle lave la faute non par l'oubli, mais par l'amour actif.

Le couple Jenna-Clarisse devient ainsi le cœur symbolique de la Féminité : l'une représente la violence fondatrice (Clarisse), l'autre la conscience rédemptrice (Jenna). Leur union est le pacte qui permet à la civilisation de vivre avec son péché originel sans en être détruite.

Enfin, le chapitre suggère que la vraie spiritualité (celle de Jenna) n'est pas dans les dogmes, mais dans la capacité à absoudre l'impardonnable et à créer du sens à partir de l'horreur, par la simple force de la connexion humaine (ou surhumaine) et du désir partagé. L'âme de Clarisse est sauvée, et Jenna, en la sauvant, fait peut-être enfin pousser la sienne.

Suite générative

Et si le « rituel de pardon » occulte de Jenna avait effectivement libéré l'âme de Clarisse, mais avait aussi involontairement réveillé l'écho psychique ou les vengeurs fantomatiques de ses millions de victimes, faisant peser sur leur paradis amoureux la menace d'un retour du refoulé génocidaire sous une forme tangible et menaçante ?

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