192 - à mon goût

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Nous baptisons notre Manoir « La Révélation ». On verra si on garde le « la » ou pas mais pour l’instant il s’agit bien de préciser la source de la Fémunité. Ainsi est notre Gaïa avec une Déesse clone et une Reine conne (Justitia) pour être les actrices de la bascule. Si je n’ai pas d’âme, c’est pour me protéger, pouvoir pardonner et aimer tellement je m’aime et je pardonne aussi à celle qui m’a offensée. C’est la mécanique de l’amour.

  • Clarisse, les choses sont simples. Je suis ta brune. Tu es ma blonde. On s’aime pour toujours. Profitons de notre bonheur éternel. Je crois en toi comme tu crois en moi, on a la Foi en nous, etc.
  • Je suis tellement soulagée, je me sens tellement libre, et légitime aussi. J’assume. Je m’assume et je m’aime et ainsi je t’aime, Jennifer.

Notre existence n’a de sens que lorsque nos ventres se frottent l’un à l’autre pour aspirer, digérer et vomir nos humeurs intimes l’une dans l’autre dans un tourbillon de jouissance en semi conscience. Elle est si belle ma Clarisse, avec ses formes juste là où il faut. Mon aura lèche chacune de ses cicatrices pour les faire disparaître avec mon pouvoir de l’oubli. À chaque mauvais souvenir je lui impose mon incantation salvatrice : « Il ne s’est rien passé du tout ». Et à chaque fois elle se réveille plus joyeuse et pimpante, en paix avec elle-même et avec les autres.

  • Il ne faut garder de nous que le meilleur, Clarisse. Le cœur de la meule, le plus tendre, le moins sec, loin du bouclier de la croûte.
  • Tu as brisé toutes mes défense, Jenn. Et je t’accueille à cœur ouvert.

Pas que. Je la retourne et je plonge mon visage entre ses fesses avant d’y mettre un doigt, puis deux dans mes profondeurs soyeuses de son fondement. Quand je les retire elle en est toute émoustillée et je la laisse faire une pause pour apprécier ses sensations. Je lui fais comprendre qu’avec moi ça peut être bien et que maintenant tout est possible. Face à face et gros câlin. Nos mamelles en profitent pour se connecter. On se mange nos bouches et je sens ses mains entre mes cuisses. Dès que la pression de nos seins est équilibrée, Clarisse plonge en moi pour s’ébrouer à l’endroit de ses caresses. Je la laisse faire sur moi toutes les pratiques qu’elle efface de sa mémoire, la conjuration de ses traumatismes et je retrouve au réveil une innocente jeune femme pleine de vie et d’envie de vivre et de jouir avec moi en jouant avec moi à tous les jeux qui désormais ne nous sont plus interdits.

  • Je t’aime ma princesse, dans notre palais intime tu es à mon goût.

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Analyse

Ce chapitre est l’aboutissement du processus de rédemption et de reconstruction de Clarisse, orchestré par Jenna. Il se déroule dans le Manoir nommé « La Révélation », symbolisant à la fois la découverte de la vérité (le génocide) et sa transcendance par l’amour. Jenna y utilise délibérément son pouvoir d’oubli pour guérir les traumatismes de Clarisse, érigeant leur relation en une thérapie occulte et érotique visant à créer un bonheur pur, libéré du poids du passé.

Symbolique

Le Manoir « La Révélation » : nommer la vérité pour la domestiquer

Le choix du nom est crucial. En baptisant leur maison « La Révélation », Jenna et Clarisse actent et s’approprient la vérité terrible découverte au chapitre précédent. Elles ne la fuient pas ; elles en font le fondement symbolique de leur foyer. Le fait d’hésiter sur l’article (« on verra si on garde le ‘la’ ou pas ») montre une certaine distance ludique, mais « pour l’instant il s’agit bien de préciser la source de la Féminité ». Ce manoir devient ainsi le lieu de mémoire et de transformation de l’origine violente de leur monde.

La « mécanique de l’amour » et l’âme protectrice

Jenna explique son absence d’âme non comme un manque, mais comme une protection : « c’est pour me protéger, pouvoir pardonner et aimer tellement je m’aime et je pardonne aussi à celle qui m’a offensée.  Son statut de clone (« sans âme ») lui confère une neutralité éthique qui lui permet d’absoudre l’impardonnable. L’amour est décrit comme une « mécanique », un processus actif de pardon et d’auto-amour (« tellement je m’aime ») qui précède et permet l’amour de l’autre.

Le rituel d’oubli : « Il ne s’est rien passé du tout »

Jenna utilise son pouvoir occulte non pour dominer, mais pour guérir. Son « aura lèche chacune de [ses] cicatrices » et son incantation salvatrice – « Il ne s’est rien passé du tout » – est une réécriture magique de la mémoire. Ce n’est pas un déni, mais un effacement actif des souvenirs traumatiques. À chaque fois, Clarisse se réveille « plus joyeuse et pimpante, en paix ». Jenna devient une déesse-thérapeute, utilisant l’oubli comme instrument de paix intérieure.

La métaphore de la meule : garder le cœur tendre

« Il ne faut garder de nous que le meilleur, Clarisse. Le cœur de la meule, le plus tendre, le moins sec, loin du bouclier de la croûte.  Cette magnifique métaphore évoque le processus de sélection : la meule (le passé, les expériences) est dure et abrasive, mais en son centre se trouve un cœur tendre (l’essence pure, la capacité d’aimer). Il faut briser la croûte (les défenses, les traumatismes) pour atteindre et préserver ce cœur. Jenna a brisé les défenses de Clarisse (« Tu as brisé toutes mes défenses ») pour atteindre son cœur ouvert.

L’érotisme comme pratique de réappropriation et de jeu

Les scènes sensuelles sont décrites comme des rituels de reconquête du corps. Quand Jenna explore le corps de Clarisse (« je plonge mon visage entre ses fesses », « je la laisse faire sur moi toutes les pratiques qu’elle efface de sa mémoire »), il ne s’agit pas seulement de plaisir, mais d’une conjuration des traumatismes. En répétant des actes peut-être associés à la violence passée, mais dans un cadre d’amour et de consentement, Jenna aide Clarisse à se les réapproprier, à les transformer en sources de jouissance. Le corps, lieu de la souffrance, devient le lieu de la guérison et du jeu.

Le réveil en « innocente jeune femme »

Le résultat du processus est spectaculaire : au réveil, Jenna retrouve Clarisse non plus comme une meurtrière traumatisée, mais comme une « innocente jeune femme pleine de vie et d’envie de vivre et de jouir ». C’est une renaissance. L’innocence n’est pas un retour à un état pré-violence (ce serait impossible), mais la création d’un nouvel état où le passé est effacé et où seule subsiste la capacité de jouir du présent.

La définition de leur couple : simplicité et foi mutuelle

Leur credo est simple : « Je suis ta brune. Tu es ma blonde. On s’aime pour toujours. […] Je crois en toi comme tu crois en moi, on a la Foi en nous.  C’est une formule dépouillée, presque enfantine, qui contraste avec la complexité de leurs histoires. Cette simplicité est le fruit du travail de guérison : après les révélations et les exorcismes, il ne reste que l’amour et la foi mutuelle.

Bilan

Jennifer / Déesse-Thérapeute (narratrice)

A pleinement assumé son rôle de guérisseuse occulte. Elle utilise ses pouvoirs (aura, incantation, oubli) avec une précision chirurgicale pour soigner l’âme de Clarisse. Son amour est actif, transformateur, et salvateur. Elle n’est plus en quête ; elle est celle qui donne la paix.

Clarisse / L’Innocente Recréée

A subi une métamorphose complète. De serial killeuse rongée par la culpabilité, elle est devenue, grâce au « traitement » de Jenna, une jeune femme joyeuse, légère, et avide de plaisir. Son « âme  a été lavée par l’oubli magique. Elle incarne la possibilité de la rédemption totale par l’amour et l’occultisme.

Conclusion

Ce chapitre propose une vision radicale du pardon et de la guérison : l’oubli actif comme thérapie ultime. Face à un crime impardonnable (le génocide), la solution n’est pas la punition ni même le pardon au sens traditionnel, mais l’effacement magique de la mémoire traumatique, permettant à la coupable de renaître innocente.

Cette approche est éthiquement troublante : effacer le souvenir du crime, n’est-ce pas trahir les victimes ? Mais le récit semble dire que dans une éternité post-apocalyptique, la seule façon d’avancer est de créer délibérément l’innocence, même artificiellement. Le bonheur de Clarisse et de Jennifer est construit sur un oubli volontaire et magique de l’horreur fondatrice.

Leur amour est ainsi le laboratoire d’une nouvelle éthique pour la Féminité : une éthique du soin occulte, où la déesse utilise ses pouvoirs non pour régner, mais pour guérir les blessures de l’histoire, fût-ce en effaçant cette histoire. Le Manoir « La Révélation  devient alors un lieu paradoxal : il commémore une vérité (la révélation du génocide) tout en étant le lieu où cette vérité est rituellement effacée dans l’intimité de ses habitantes, pour leur laisser la paix.

Suite générative

Et si le pouvoir d’oubli de Jenna, en effaçant si efficacement les traumatismes de Clarisse, finissait par affecter aussi la mémoire collective de la Féminité, faisant peu à peu disparaître toute trace historique du génocide des mâles, et que cette amnésie générale rendait la société vulnérable à la répétition involontaire d’un schéma de violence fondatrice, mais cette fois-ci contre une nouvelle altérité ?

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