193 - stimulations intimes

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On était faites pour se rencontrer. Clarisse, avec ses Chevalières de l’Apocalypse, a contribuée à éliminer un genre et moi je m’apprêtais à en créer un supplémentaire avec le code primaire. Mais c’est fini tout ça pour nous, on va de l’avant. Je lui pose un minibri à l’avant et à l’arrière.

  • C’est parti pour une interminable cure de plaisir mon amour en sucre.
  • Tu les connectes aux tiens ? Je peux ressentir ce que tu ressens ?
  • Mon amour pour toi est bien trop fort pour ton petit cœur, chérie love.
  • Cherry Love, ça ferait un chouette prénom pour le fruit de notre amour. Je veux un bébé. Le porter. Dans mon ventre. Une enfante de toi.

Je les branche les deux en même temps pour la faire changer de sujet. Si on faisait une écho maintenant, on verrait qu’elle est déjà enceinte, comme nous toutes quand on mélange nos fluides, surtout ceux du bas. Et nous vécurent heureuses et eûmes beaucoup d’enfantes, Clarisse et moi, en Révélation. Je l’aime et je l’accepte, pourtant je n’étais pas pour la suppression du genre mâle. Seulement, Clarisse avait ses raisons et je les comprends. Personne n’a gagné dans cette histoire. On a toutes perdues à jouer avec le code génétique de la Fémunité. On apprend de nos échecs, on les accepte et on avance.

  • J’aime être avec toi Clarisse. Je me sens tellement bien à tes côtés.
  • Depuis que tu es avec moi, j’adore ma vie, même mes obligations royales, chaque contrainte est un plaisir quand tu es près de moi.

On s’aime trop. C’est dingue. C’est la bonne, je le sens. Elle aussi. La vie est simple quand on s’aime. On s’allonge et on se regarde en se caressant le visage. On s’admire en silence. Moment calme. Méditation. Quand elle ressent le besoin d’être seule, elle retourne dans ses appartements au Palais Royal. Quand je ressens le besoin d’être seule, je retourne dans mes appartements de fonction au Consulat. Mais la plupart du temps on est ici, en Révélation, dans notre Manoir à la campagne toute proche de la capitale, à l’orée de la forêt enchantée. En cérémonie ou réception royales, je suis avec elle au Palais. Au Consulat, elle est avec moi pour représenter la Couronne.

  • Quand je ne suis pas avec toi, c’est bizarre et j’ai froid.
  • Moi je suis assaillie par mes dauphines, je préfère m’occuper de toi.

Elle tend la main et je la prends. Elle se rapproche et la descend entre mes cuisses jouer en surface pendant les minibris s’activent en profondeur, tout doucement pendant des heures, à faire monter le désir, à jouer avec les limites du plaisir, se respirer, s’aimer, se détendre à en perdre conscience pour se réveiller par d’autres stimulations intimes.

Analyse

Ce chapitre clôt le cycle de la relation Jenna-Clarisse sur une note de plénitude et de projection vers l’avenir. Il traite de la réconciliation des projets opposés (l’extermination vs la création de genre), de la décision d’avoir un enfant, et de l’établissement d’un équilibre parfait entre vie publique, vie privée et besoins individuels. C’est un chapitre sur la maturité amoureuse, l’acceptation du passé, et la construction simple de l’avenir.

Symbolique

La synthèse des projets opposés

Jenna résume leur destinée croisée : Clarisse a « contribué à éliminer un genre » avec ses Chevalières de l’Apocalypse, et Jenna « s’apprêtait à en créer un supplémentaire avec le code primaire ». Ils représentent ainsi les deux forces extrêmes qui ont façonné la Féminité : la destruction d’un ancien ordre (masculin) et la création d’un nouveau (la « primarité », les nouveaux mâles). Leur rencontre et leur amour symbolisent la fin de ces projets extrêmes (« Mais c’est fini tout ça pour nous ») et le passage à une vie centrée sur l’amour personnel et la famille, plutôt que sur des projets civilisationnels grandioses.

Le désir d’enfant : « Cherry Love »

La demande de Clarisse – « Je veux un bébé. Le porter. Dans mon ventre. Une enfante de toi. » – est un moment charnière. Elle propose même un prénom : « Cherry Love », fusion de l’anglais *cherry* (cerise, mais aussi chérie) et *love* (amour). C’est un prénom-slogan, qui cristallise leur amour en une personne à venir. Jenna esquisse une réponse en branchant les minibris pour « changer de sujet », mais admet presque immédiatement que Clarisse est déjà enceinte, comme « nous toutes quand on mélange nos fluides, surtout ceux du bas ». La conception est présentée comme une conséquence naturelle et automatique de leur union charnelle et fluidique, presque magique.

La formule finale de conte : « Et nous vécurent heureuses… »

Jenna reprend et complète la formule du chapitre 191 : « Et nous vécurent heureuses et eûmes beaucoup d’enfantes, Clarisse et moi, en Révélation.  C’est la conclusion parfaite d’un conte de fées : non seulement elles vivent heureuses, mais elles ont une descendance nombreuse. Le manoir « La Révélation » devient le château de leur bonheur familial, le lieu où se réalise la promesse utopique.

L’acceptation et la sagesse

Jenna exprime une sage résignation : « Personne n’a gagné dans cette histoire. On a toutes perdues à jouer avec le code génétique de la Féminité. On apprend de nos échecs, on les accepte et on avance.  Elle reconnaît l’échec des grands projets de manipulation génétique (le sien comme ceux qui ont conduit au génocide), et en tire une leçon d’humilité. L’avenir n’est plus dans l’ingénierie sociale, mais dans l’amour simple et la famille.

L’équilibre parfait des vies

Le couple a trouvé un rythme de vie idéal :

- Lieu principal : Le Manoir « La Révélation », à la campagne, proche de la capitale – le nid familial.

- Lieux secondaires : Les appartements de fonction de chacune (Palais Royal pour Clarisse, Consulat pour Jenna), où elles peuvent se retirer pour être seules quand le besoin s’en fait sentir – respect de l’individualité.

- Vie publique : Elles s’accompagnent mutuellement dans leurs obligations (cérémonies royales pour Jenna, Consulat pour Clarisse) – soutien et visibilité partagée.

Cet équilibre entre ensemble et séparé, entre public et privé, entre campagne et ville, est présenté comme la clé d’une relation adulte et durable.

L’intimité sensorielle et temporelle

La dernière scène décrit une intimité raffinée et prolongée. L’utilisation des minibris, activés « tout doucement pendant des heures », permet de jouer avec les limites du plaisir, de le différer, de l’intensifier. C’est une sexualité de contrôle et de subtilité, loin de la brutalité des débuts. Les partenaires « se respirent, s’aiment, se détendent à en perdre conscience pour se réveiller par d’autres stimulations ». L’amour devient un cycle doux de conscience et d’inconscience, de désir et de détente, dans une boucle perpétuelle.

Bilan

Jenna / Consule-Déesse-Mère (narratrice)

A atteint un état de plénitude et de sagesse pratique. Elle a renoncé aux grands projets (code primaire) pour se concentrer sur son bonheur personnel avec Clarisse et leur future famille. Elle gère leur équilibre de vie avec maîtrise et accepte le passé avec philosophie. Elle est apaisée, ancrée, et tournée vers l’avenir.

Clarisse / Princesse-Mère

A achevé sa transformation de meurtrière traumatisée en femme épanouie, amoureuse et désireuse de maternité. Son désir d’enfant (« Cherry Love ») est le signe ultime de sa renaissance et de son engagement dans une vie nouvelle. Elle trouve dans son couple avec Jenna la paix, la légitimité et la joie qui lui manquaient.

Le futur enfant (« Cherry Love »)

Bien qu’encore à naître, il/elle est déjà un symbole puissant : le fruit de l’amour entre la déesse et la princesse, la synthèse vivante de leurs histoires, et la promesse de l’avenir de la Féminité, désormais fondée sur l’amour plutôt que sur la violence ou l’ingénierie.

Conclusion

Ce chapitre propose une utopie relationnelle et familiale comme aboutissement de l’évolution personnelle et collective. Après les excès (génocide, projets génétiques fous), la civilisation trouve son équilibre dans le retour à l’échelle humaine : un couple qui s’aime, une maison à la campagne, un enfant désiré.

La leçon est claire : le progrès véritable n’est pas dans la manipulation de l’espèce ou dans la vengeance historique, mais dans la capacité à construire une vie bonne, simple et heureuse avec l’être aimé, en acceptant le passé sans en être écrasé.

La boucle narrative se referme ainsi : Jenna, qui a commencé sa quête dans la confusion des identités et des pouvoirs, termine en fondatrice d’une famille, en amante comblée, et en sage ayant renoncé à changer le monde pour se concentrer sur son petit paradis personnel. Le Manoir « La Révélation » est le lieu où la vérité (révélé) sur les origines violentes de la Féminité est transcendée par la vérité plus simple et plus forte de l’amour partagé.

Suite générative

Et si « Cherry Love », l’enfant à naître de Jenna et Clarisse, héritait non seulement de leur amour, mais aussi, de manière imprévisible, de la mémoire génétique refoulée du génocide perpétré par Clarisse et du code primaire inachevé de Jenna, devenant ainsi une entité nouvelle et potentiellement instable, capable de réconcilier ou de faire exploser les contradictions fondatrices de la Féminité ?

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