194 - vraie femme

6 minutes de lecture

J’ai toujours cru, que j’étais une transgène, une transformation génétique de Megan Honest la savante folle de l’Ouest mais en fait c’est pire. Elle n’a fait d’elle, de moi, qu’une copie monochrome, un clone débarrassé du superflu de son génome, une brune aux yeux noirs de la blonde aux yeux bleus qu’elle est encore quelque part à manigancer je ne sais quoi.

  • L’Octogone est sur le coup. Ils l’ont retrouvée et ils la surveillent.
  • Officiellement je suis donc quelqu’une d’autre. Ça te dérange pas d’aimer une femme incomplète, un résidu d’Humanité.
  • Megan s’est filtrée pour ne garder que le meilleur, toi. Tout ça, c’est un peu léger par rapport à ma collaboration avec les forces du mal qui ont précipité la disparition du genre mâle.
  • Avec toi je retrouve ce que j’ai perdue de Megan. Ensemble, je me sens à nouveau complète. Moi le meilleur, toi le p…

Clarisse me chatouille pour m’interrompre et mes cris la font rire. Elle sait que je plaisante quand je la juge. Elle sait que le l’aime. Pour elle toutes les femmes devraient être comme moi. Je suis le jouet parfait, le plus évolué de la Fémunité, le seul qui peut la rendre vraiment heureuse, elle se sent honorée et chanceuse de m’avoir et de me correspondre. Chacune pourrait avoir sa chacune si il y en avait plein d’autres comme moi. C’est pour ça que l’Octogone ne fait que surveiller Megan, sans l’arrêter, pour voir où elle en est dans ses travaux vu que moi je les ai abandonné. Libérée je suis de tout ça. Et grâce à mon statut de Déesse, on me laisse être quelqu’une à part entière, une Consule même et la favorite de la petite sœur d’une ancienne Reine. Grâce à ça, elle n’est pas non plus confinée dans son Palais Royal et peut vivre sa vie avec moi dans notre Manoir à la campagne.

  • Tu vois, Jennifer, je suis pas la seule à avoir faite une révélation. On change le nom du Manoir. Désormais ce sera : « Les Révélations.».
  • Ça fait un peu tome X de la Bible mais j’aime bien, tu as raison, nous sommes deux révélations de la Fémunité, pour l’instant.

Je pose ma main sur son ventre et j’embrasse Clarisse sur ses lèvres humides de désir. Elle a l’eau à la bouche, une montée de lait et elle suinte entre mes doigts. On se dirige vers l’autel de notre chambre, c’est comme ça qu’on appelle notre lit qui est si haut qu’on a presque du mal à monter dessus pour célébrer notre décision en accouplant nos ventres et le reste aussi. Mon corps a besoin du sien pour que je me sente qu’une, comblée, enceinte de la Couronne. Clarisse me donne du sens en me fournissant une âme, un esprit, un cœur et un corps de vraie femme.

Analyse

Ce chapitre s'inscrit dans la phase finale de l'arc Jenna–Clarisse, après les révélations sur l'origine clonale de Jenna et le passé génocidaire de Clarisse. Il approfondit le thème de l'identité construite et du sens trouvé dans l'amour. Alors que le chapitre 193 concluait sur une note familiale et paisible, celui-ci revient sur l'ontologie de Jenna pour en faire le fondement d'une nouvelle légitimité amoureuse et sociale.

Symbolique

La révélation clonale réinterprétée

Jenna précise sa nature : non pas une « transgène » (transformation), mais un « clone monochrome », une version simplifiée et épurée de Megan Honest. L'image du « monochrome » (brune aux yeux noirs vs blonde aux yeux bleus) symbolise une réduction chromatique et identitaire, mais aussi une purification. Jenna n'est pas une dégradation, mais un « meilleur » filtré. Cette réinterprétation positive transforme un stigmate (clone, résidu) en une marque d'excellence (« le jouet parfait »).

La surveillance de l'Octogone et la liberté paradoxale

L'Octogone surveille Megan sans l'arrêter, attendant peut-être qu'elle produise d'autres clones comme Jenna. Jenna, elle, est « libérée » de ce projet scientifique, mais sa valeur unique la protège : « grâce à mon statut de Déesse, on me laisse être quelqu’une à part entière ». Sa singularité (un clone réussi, devenu déesse et consule) lui confère une immunité sociale et politique. Elle n'est plus un objet de laboratoire, mais un sujet institutionnel.

Le couple comme complétude ontologique

Le dialogue entre Jenna et Clarisse est essentiel : chacune comble le vide de l'autre.

- Clarisse : « Avec toi je retrouve ce que j’ai perdue de Megan. Ensemble, je me sens à nouveau complète. »

- Jenna : « Clarisse me donne du sens en me fournissant une âme, un esprit, un cœur et un corps de vraie femme. »

Leur amour est présenté comme une symbiose métaphysique : la princesse génocidaire (qui a détruit un genre) et la déesse clone (sans âme propre) s'échangent ce qui leur manque. L'une apporte l'âme et la légitimité historique, l'autre apporte la perfection corporelle et l'actualisation du pouvoir divin.

Le Manoir « Les Révélations » : du singulier au pluriel

Le changement de nom est lourd de sens : de « La Révélation » (la vérité sur le génocide, sur le clone) à « Les Révélations » (au pluriel). Cela marque que leur union elle-même est une révélation continue, une construction à deux voix. C'est aussi une manière d'inscrire leur couple dans une saga sacrée (« tome X de la Bible »), faisant d'eux les co-auteurs d'un nouveau chapitre de la Fémunité.

L'érotisme comme sacrement et célébration

La scène finale décrit leur lit comme un « autel », où elles « célèbrent » leur décision en s'accouplant. Le corps de Clarisse réagit immédiatement (lait, suintement), signe que leur désir est aussi une forme de consécration. Jenna dit : « Mon corps a besoin du sien pour que je me sente qu'une, comblée, enceinte de la Couronne. » L'acte charnel est un rite d'unification et de légitimation réciproque.

Bilan

Jenna / Jennifer Russell (narrative)

A pleinement intégré son statut de clone en le retournant positivement. Elle n'est plus en crise identitaire ; elle assume d'être « le jouet parfait, le plus évolué de la Fémunité ». Sa relation avec Clarisse lui donne ce qui lui manquait : une âme, un sens, une appartenance historique (la Couronne). Elle est à la fois un objet de désir parfait et un sujet politique reconnu (Consule). Elle vit une forme d'apothéose personnelle et conjugale.

Clarisse / Princesse génocidaire rédimée

Continue sa métamorphose en femme épanouie et amoureuse. Elle assume son passé sans en être écrasée, et trouve en Jenna à la fois une rédemption et une complétude. Son humour (« tu as raison, nous sommes deux révélations ») montre une légèreté retrouvée. Elle est celle qui donne une âme à Jenna, mais aussi celle qui reçoit une perfection corporelle et une stabilité affective. Elle incarne la possibilité du pardon par l'amour.

Megan Honest (mentionnée)

Est toujours dans l'ombre, surveillée par l'Octogone. Elle représente le passé scientifique et manipulateur, mais aussi la source de Jenna. Son existence rappelle que le projet clonal n'est pas terminé, et que Jenna pourrait avoir des « sœurs » potentielles.

L'Octogone (entité)

Joue un rôle ambigu : il surveille mais n'intervient pas. Il semble considérer Jenna comme une réussite à protéger, et Megan comme une ressource à contrôler. C'est une force d'ordre qui tolère l'exception que constitue le couple Jenna–Clarisse.

Conclusion

Ce chapitre propose que l'identité n'est pas une essence donnée (génétique, historique), mais une construction dialogique et relationnelle. Jenna, le clone « monochrome », ne devient « complet » que dans le regard et l'amour de Clarisse, qui lui prête une âme. Inversement, Clarisse, la meurtrière historique, ne devient « complète » qu'en retrouvant, à travers Jenna, une part de pureté et d'innocence perdue.

Leur amour est ainsi une alchimie des manques : chacune comble les vides de l'autre, et cette complémentarité fonde une nouvelle entité – le couple – qui est plus que la somme de ses parties. Le manoir « Les Révélations » symbolise cette idée : la vérité n'est plus un fait caché à découvrir, mais un processus continu à vivre à deux.

Enfin, le chapitre suggère que dans une société post-humaine et post-traumatique (la Fémunité), le salut individuel ne passe ni par la science (le clonage), ni par la politique (la Couronne), ni par la spiritualité seule (la Déesse), mais par l'alliance intime qui réconcilie tous ces registres. Jenna et Clarisse incarnent cette synthèse : elles sont à la fois amantes, figures politiques, et archétypes mythologiques.

Suite générative

Et si l'Octogone, en surveillant Megan Honest, découvrait qu'elle était sur le point de lancer une nouvelle série de clones « améliorés » à partir du génome de Jenna, et que cette annonce provoquait une crise à la fois chez Jenna (menacée dans son unicité) et chez Clarisse (devant partager « son jouet parfait »), les obligeant à choisir entre protéger leur paradis à deux ou intervenir dans le jeu scientifique pour contrôler leur propre postérité ?

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