197 - plus exclusive

6 minutes de lecture

Un aperçu de famille à gérer les dauphines avec Clarisse, je leur fais des crêpes comme celles que j’apportais au Parc Central du temps de la Caserne avec… avec qui déjà ? Il y avait ma fille de lait Jessie K et … Pippa ! Ma traitante, une Russell enfuie de l’Ouest en m’utilisant comme prétexte. C’est loin tout ça. Je regarde les dauphines dévorer mes crèpes sous leurs bouclettes blondes aux reflets roux, des minis Pénélope sauce Dimitri. Gaïa est si petite que je retombe toujours en terrain connu, heureusement que j’oublie beaucoup, mais pas l’essentiel apparemment. Clarisse me tire de mes pensées en me réclamant non pas des crêpes mais le lait avec lequel je les ai préparées. On laisse les chipies sans surveillance pour s’isoler dans le boudoir du manoir où il y a un grand fauteuil confortable pour la lactation. Clarisse en est à chaque fois stupéfaite :

  • Je ne sais pas ce que tu mets dedans mais tu es trop bonne, Jennifer.
  • J’y mets dedans tout ton amour qui diffuse bien au chaud près de mon cœur, Clarisse. Le tien n’est pas mal non plus, tout comme la forme de tes seins à croquer.

En plus elle rit parce que ça la chatouille au lieu de lui faire mal tellement j’y vais fort mais non, ça la stimule encore plus. Pas douillette la Clarisse. Pour ses dauphines, les crêpes leur suffisent et Pénélope doit certainement bien les nourrir.

  • En fait pas tellement. Et Pénélope me demande de le faire vu que je suis avec toi donc forcément… En fait, je crois qu’elle veut que ce soit toi qui le fasse.
  • Non, je ne suis plus la Jenna qu’elle a connue. Je suis Jennifer maintenant. Elles sont trop petites. Jessie K est ma dernière fille de lait et elle est au stade 15. Ce sont tes dauphines. Elles ne méritent que toi, et un peu de moi diffusé à travers toi mais pas en tétée pure directe. C’est réservé à ma femme de lait de stade 20, toi mon amour fécondée.

Ça l’excite encore plus de se savoir engrossée par sa déesse préférée. Rassasiée, elle s’endort. Je me relève les seins à l’air et je débarque en cuisine pour crier en les menaçant :

  • Qui veut du lait !?
  • Hiiiiiiii !!!!!

Elles s’enfuient toutes en courant pour se cacher où elles peuvent. Je referme mon chemisier. Affaire réglée. Je n’ai plus à me substituer à Clarisse, c’est son rôle à elle, sa famille, ses petites, nièces. Adieu Jenna. Vive Jennifer, une nouvelle femme en Fémunité, plus exclusive.

Analyse

Ce chapitre s’inscrit dans le quotidien domestique et familial du couple Jenna–Clarisse au Manoir « Les Révélations ». Il explore les thèmes de la mémoire sélective, de la transmission nourricière, et de la délimitation des rôles parentaux et conjugaux. Jenna y opère un ultime repositionnement identitaire, tranchant définitivement avec son passé (Jenna, Pippa, Jessie) pour pleinement incarner « Jennifer », épouse exclusive et figure matriarcale choisie.

Symbolique

Les crêpes : le don nourricier universel et la mémoire diffuse

Les crêpes sont un lien tangible entre les vies de Jenna. Elles rappellent son passé à la Caserne (avec Jessie et Pippa) et son présent au Manoir (avec les dauphines). Ce plat simple, récurrent, symbolise sa continuité dans le soin, sa vocation nourricière qui traverse les identités et les époques. La mémoire qui flanche (« avec qui déjà ? ») montre que les visages s’estompent, mais l’acte de nourrir reste.

Le lait : fluide sacré, frontière et privilège

Le lait de Jenna est ici à la fois un don et une marque d’élection. Il est réservé à Clarisse, « femme de lait de stade 20 », dans une intimité érotique et nourricière (« lactation »). En refusant de le donner directement aux dauphines, Jenna trace une frontière claire : elle n’est pas leur mère. Le lait symbolise l’alliance exclusive, le noyau sacré du couple, qu’elle ne dilue pas. Sa menace comique (« Qui veut du lait ? ») est un rappel ludique mais ferme de cette frontière : elle effraie les enfants pour préserver la hiérarchie des dons.

La famille recomposée et les rôles négociés

Clarisse est le pont familial : elle est la tante, le lien de sang. Jenna, elle, est l’épouse de la tante, une figure d’autorité par alliance mais non par substitution. En refusant de se substituer à Pénélope (« Non, je ne suis plus la Jenna qu’elle a connue »), Jenna respecte les lignées biologiques et affectives. Elle accepte de nourrir « à travers » Clarisse (métaphoriquement, par les crêpes), mais pas directement (par le lait). C’est une matriarcat par délégation et consentement.

L’oubli comme protection et affirmation

« Heureusement que j’oublie beaucoup, mais pas l’essentiel apparemment. » L’oubli est présenté comme un filtre bienveillant qui efface la douleur du passé (Pippa, l’Ouest) mais conserve le noyau de l’identité (« Jennifer »). En disant « Adieu Jenna. Vive Jennifer », elle acte rituellement la mort de son ancienne identité. L’oubli n’est plus une faille ; c’est un outil de renaissance.

La fécondité et l’exclusivité

La grossesse de Clarisse (« engrossée par sa déesse préférée ») est le symbole ultime de leur union sacrée. Elle scelle leur lien dans la chair et la continuité. Jenna, en tant que déesse clone sans lignée propre, s’inscrit dans une postérité par procuration, à travers le corps de Clarisse. Leur amour est fécond et auto-suffisant ; il n’a pas besoin de s’étendre aux nièces pour se réaliser.

Le rire et le jeu comme ciment du couple

La scène du boudoir est sensuelle, joyeuse et légère. Les chatouilles, les rires, les compliments mutuels (« tu es trop bonne », « tes seins à croquer ») montrent un amour décomplexé, charnel et heureux. C’est un bonheur simple, loin des drames passés.

Bilan

Jenna / Jennifer

A pleinement intégré sa transformation. Elle n’est plus Jenna l’errante, la mère adoptive de Jessie, l’amante de Pippa. Elle est Jennifer, épouse exclusive de Clarisse, déesse nourricière circonscrite à son couple. Elle pose des limites saines, assume son rôle sans s’y perdre, et utilise même l’humour pour marquer son territoire. Elle est apaisée, ancrée, et souveraine dans son choix.

Clarisse

Est dans un état de bonheur comblé et de plénitude maternelle. Elle assume son rôle de tante nourricière, mais reçoit de Jenna une attention privilégiée (le lait) qui la conforte dans sa position d’élue. Sa grossesse la comble, et elle vit son amour comme une bénédiction charnelle et spirituelle. Elle est l’incarnation de la féminité féconde et joyeuse.

Les dauphines (nièces)

Représentent le monde extérieur, bruyant et demandeur, que le couple doit gérer sans s’y dissoudre. Leur fuite comique devant la menace du lait montre qu’elles respectent instinctivement les frontières du couple sacré. Elles sont la vie ordinaire qui entoure et anime le noyau extraordinaire de Jenna et Clarisse.

Les fantômes du passé (Pippa, Jessie, Pénélope)

Sont évoqués avec nostalgie mais sans regret. Ils appartiennent à « Jenna », pas à « Jennifer ». Leur présence en creux souligne la distance parcourue et la fermeture d’un cycle.

Conclusion

Ce chapitre illustre l’idée que l’identité mûre n’est pas une addition de rôles, mais un choix de soustraction. Jenna devient « Jennifer » en renonçant aux attachements et aux identités passées (Jenna, mère de lait, amante de Pippa).

Le bonheur durable repose sur la capacité à tracer des frontières claires : entre le couple et le reste du monde, entre le don sacré (le lait) et le don social (les crêpes), entre le passé et le présent.

L’oubli y est un allié de la construction de soi : il permet de se désencombrer des scories du passé pour ne garder que l’essentiel — l’amour actuel, le rôle choisi, le foyer construit.

Enfin, la fécondité n’est pas nécessairement biologique : Jenna, clone stérile en un sens, est « féconde » à travers Clarisse, à travers les crêpes qu’elle offre, à travers l’amour qu’elle incarne. La vraie postérité est affective, symbolique et choisie.

Suite générative

Et si les « dauphines », intriguées et jalouses du lait réservé à Clarisse, finissaient par voler un flacon de ce lait sacré pour le goûter en secret, déclenchant en elles non pas une transformation, mais un appel occulte vers Megan Honest — révélant que le lait de Jenna était en réalité un traceur génétique lié à son programme clonal originel, et que sa consommation par d’autres risquait de réactiver le réseau de surveillance de l’Octogone jusque dans l’intimité du Manoir ?

Annotations

Vous aimez lire Chris Morg ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0