200 - avec moi en révélations
Retour aux Révélations avec ma Princesse Clarisse, on est toutes fraîches et requinquées. Je réalise que ça fait un bail que j’ai pas fumée de tige. Pourquoi ça me manque pas ? Je me sens en Paix avec moi-même. Clarisse s’arrête de ranger ses affaires et me regarde.
- Moi aussi Jenny, je me sens en Paix avec toi-même.
- C’est l’effet de mes fluides, tu lis dans mes pensées, on est connectées.
- Et toi, tu lis dans les miennes ?
- Je peux lire dans toutes les pensées Clarisse, c’est pour ça que je ne le fais pas. Moins je le fais, moins j’oublie. Oublier est un réflexe de défense pour ne pas retenir ce que j’entends et que je ne devrais pas entendre. En vraie Déesse, je contrôle mes pouvoirs.
Elle est rassurée. Je ne triche pas avec elle. Jamais je ne la jugerai, pour rien, je l’aime. Parce que son âme est pure, d’une couleur chaude, soyeuse. Clarisse assume et ne revendique rien. Elle se contente de ce qu’elle a, elle fait avec le reste et toutes ses actions sont sensées, justes, royales. Clarisse fille spare de Victoria et Clément, lui-même lié à la Couronne, à Francès la fille de Charlotte la petite fille de la Reine d’Angleterre sur Terre. Je n’ai plus l’arbre généalogique complet en tête. Mais comme il n’existe plus, autant croire ce qu’on en croit. La génétique se rappelle de tout et dans mes archives de travail, les marqueurs sont là. Clarisse est bien plus une Reine que Justitia. Je pose ma main sur mon ventre. J’ai du sacré en moi aussi. Je me souviens de Greta qui un jour ma dit : « Tu as ton rôle à jouer dans la Couronne que j’ai sauvée ». Je tends la main à Clarisse. Elle la prend. On sourit. Dehors il pleut. On entend les gouttes frapper les vitres et le toit. Sa main chauffe la mienne. On est à l’abri ici, ensemble. Maintenant je sais qui je suis. Megan est revenue me libérer au bon moment. Elle m’a lâché il y a si longtemps au Port de l’Est, j’ai tant accomplie depuis, j’ai tant vécu jusqu’à Clarisse avec qui je suis maintenant une vraie femme à part entière, prête à affronter la Fémunité qui est nôtre, plurielle et entière. Merci à toutes celles qui m’ont permise de devenir Jennifer en commençant par Pauline, Greta, Brigitte, Énola, Gloria, Paloma, Maëlle, Marie, Ava et toutes mes filles de ventre, toutes mes filles de lait aussi, avec le soutien de Adé à tous les postes de sa vie, Aline, Aurélie, Rachelle, Dana, Pénélope, tant de femmes qui ont tellement comptées dans ce que je suis, dans qui je suis aujourd’hui, j’en oublie sûrement. Il est temps de me poser, de me reposer avec celle que j’ai choisie et que j’aime plus que toutes, Clarisse, avec moi, en Révélations.
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Analyse
Ce chapitre constitue un moment de clôture réflexif et apaisé, où Jenna opère un bilan intime de son parcours et consolide son ancrage dans le présent avec Clarisse. Après la séquence de bonheur actif et social (Palace, réceptions), elle revient au calme du Manoir et entre dans une phase de paix intérieure assumée. C’est un chapitre de réconciliation avec soi, avec ses pouvoirs, et avec toutes les femmes qui ont jalonné sa vie. Il sonne comme un épilogue possible de son voyage identitaire.
Symbolique
La tige non fumée : la paix comme désintoxication
Le fait que Jenna ne fume plus et que ça ne lui manque pas est un signe fort. La tige (tabac) était auparavant un outil pour désactiver ses pouvoirs occultes et échapper à leur poids. Ne plus en avoir besoin signifie qu’elle a intégré ses capacités sans en souffrir. Elle contrôle désormais ses pouvoirs (« En vraie Déesse, je contrôle mes pouvoirs ») au lieu de les fuir. La paix vient de cette maîtrise sereine, non de la répression.
La connexion télépathique et l’oubli comme éthique
Jenna avoue pouvoir lire dans toutes les pensées, mais choisit de ne pas le faire. L’oubli devient ici un acte éthique délibéré : « Oublier est un réflexe de défense pour ne pas retenir ce que j’entends et que je ne devrais pas entendre. » Elle pose une frontière respectueuse entre son pouvoir et l’intimité d’autrui. Avec Clarisse, la connexion est consentie et mutuelle (« on est connectées »), non intrusive.
L’arbre généalogique et la génétique : légitimité versus croyance
Clarisse est replacée dans une lignée complexe (Victoria, Clément, Francès, Charlotte… jusqu’à la Reine d’Angleterre sur Terre). Mais Jenna remarque : « Comme il n’existe plus, autant croire ce qu’on en croit. » La légitimité historique est une construction narrative, un choix de croyance. Pourtant, la génétique, elle, « se rappelle de tout ». Il y a ici une tension entre l’histoire effacée et la mémoire biologique indélébile. Clarisse est « bien plus une Reine que Justitia » par le sang, mais aussi par l’essence.
Le sacré intérieur et la prophétie de Greta
En posant sa main sur son ventre, Jenna dit : « J’ai du sacré en moi aussi. » Elle revendique une forme de sacralité propre, non héritée, non clonale, mais acquise par l’expérience et la transformation. La citation de Greta — « Tu as ton rôle à jouer dans la Couronne que j’ai sauvée » — prend ici tout son sens : Jenna accomplit ce rôle non en occupant un trône, mais en aimant et en légitimant Clarisse, la vraie reine.
La pluie et l’abri : le cocon symbolique
Dehors, il pleut ; dedans, elles sont à l’abri, main dans la main. La pluie est un élément purificateur et nourricier, mais aussi une frontière douce qui isole leur monde. Le Manoir devient un cocon acoustique et affectif, où le bruit des gouttes renforce le sentiment de sécurité et d’intimité.
Le bilan gratitude : la communauté des femmes
La longue énumération des noms (Pauline, Greta, Brigitte, Énola, Gloria, Paloma… jusqu’à Pénélope) est un acte de reconnaissance solennel. Jenna ne s’attribue pas sa transformation ; elle la voit comme le fruit d’un réseau de femmes qui l’ont tour à tour aimée, blessée, guidée, élevée, défendue. Elle est le produit d’une sororité complexe, parfois conflictuelle, mais toujours formatrice. C’est une vision relationnelle et collective de l’identité : on devient soi à travers les autres.
La décision de se poser : le choix du bonheur statique
« Il est temps de me poser, de me reposer avec celle que j’ai choisie. » Après des vies de quête, de fuite, de métamorphose, Jenna opte pour la stabilité. Ce n’est pas une résignation, mais un achèvement conscient. L’expression « en Révélations » joue sur le double sens : dans le lieu (le Manoir) et dans l’état (elles sont « révélées » l’une à l’autre, et au monde).
Bilan
Jennifer
A atteint un état de plénitude intégrative. Elle ne renie aucun pan de son passé (clone, déesse, amante, mère de lait), mais les rassemble dans un tout cohérent grâce à l’amour de Clarisse. Elle contrôle ses pouvoirs, assume ses choix, et rend grâce à celles qui l’ont faite. Elle n’est plus en devenir ; elle est. Sa quête identitaire est close.
Clarisse
Est le point d’ancrage et le miroir valorisant. Par son amour, elle donne à Jenna la légitimité d’exister pleinement. Elle incarne la stabilité royale, non comme un pouvoir froid, mais comme une présence chaude et fidèle. Elle est celle avec qui on peut « se poser ».
Les femmes nommées (en souvenir)
Forment une communauté spirituelle et historique. Chacune a contribué à sculpter Jenna. Leur évocation n’est pas nostalgique ; elle est reconnaissante. Elles représentent la trame relationnelle de la Fémunité, un réseau où chaque lien, même brisé, a sa place dans la construction de soi.
Megan (mentionnée)
Reçoit un remerciement paradoxal : « Megan est revenue me libérer au bon moment. » La « libération » fut la révélation douloureuse de l’origine clonale, mais cette vérité a permis à Jenna de s’en affranchir. Megan n’est plus un fantôme menaçant ; elle est un déclencheur nécessaire.
Conclusion
Ce chapitre propose que l’identité achevée n’est pas une unité pure, mais une synthèse harmonieuse de toutes nos relations, de toutes nos vies, de tous nos rôles.
La paix intérieure vient de la capacité à arrêter de chercher, à accepter d’être là où l’on est, avec qui l’on est.
Le contrôle de soi n’est pas une répression, mais un choix éthique : on peut avoir des pouvoirs sans en abuser, des souvenirs sans s’y perdre.
La gratitude envers celles qui nous ont façonnés — même celles qui nous ont fait du mal — est une reconnaissance de notre interdépendance fondamentale.
Enfin, le bonheur ultime pourrait être ce moment où l’on décide que le voyage est fini, où l’on pose ses valises, où l’on regarde la pluie tomber sur le monde, main dans la main avec celle qui a rendu cette arrivée possible.
Suite générative
Et si cette pluie battante, au lieu de les isoler, commençait à révéler sous les fondations du Manoir des symboles gravés — ceux-là mêmes que portait le bouclier de Clarisse — trahissant que le lieu n’avait pas été choisi par hasard, mais était l’ancien site d’un couronnement oublié de la lignée de Clémence, et que leur présence ici « en Révélations » activait silencieusement un vieux rite de légitimation royale dont ni Justitia ni l’Octogone ne soupçonnaient encore la portée ?

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