Chapitre 19 : Pizza royale

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Steeve avait géré les dégâts de la vitrine, en quelques heures, l'assurance avait envoyé les papiers et ils avaient pu changer la vitrine juste avant le service. Pour une fois, elle ne se contenta pas de guider la brigade, elle cuisina aussi. C'était vitale. Il fallait qu'elle s'occupe. Les clients avaient posé des questions, ils avaient bien vu que ce n'était pas comme d'habitude. Martha et Barbara les avaient rassurés et Rosa avait même été appelée pour être félicitée d'avoir tout de même ouvert malgré l'incident.

- Vraiment cheffe, je tenais à vous féliciter pour vos plats. Avec mon mari, nous venons toutes les semaines et depuis quelques temps, nous prenons un réel plaisir à découvrir vos plats du chef. Et ces scones ! mon Dieu ! C'est bien simple j'en suis folle ! Demandez à mon mari, il vous dira, j'en rêve la nuit ! Hein chéri ! Tu te souviens quand je me suis réveillée et que je t'ai dit : j'ai rêvé des scones. Qu'est-ce que nous avons ri ...

Rosa écoutait d'une oreille amusée, les commentaires de la cliente. Martha avait les yeux ronds de stupéfaction. N'en comprenant pas la raison, Rosa intercepta celle-ci avant de retourner en cuisine.

- Dis pourquoi étais-tu surprise ?

- Tu ne les connais pas encore, mais ce couple vient toutes les semaines, depuis... depuis... je ne saurais te dire tellement cela fait longtemps. Ils sont insupportables et rarement satisfaits, toujours trop de ceci, pas assez de cela... Bref, autant d'éloges sortant de sa bouche, j'étais sous le choc !

Rosa rit du petit sketch que venait de lui faire Martha.

- Je crois qu'il va falloir fêter ça !

Rosa acquiesça. Mine de rien, ces compliments lui mirent du baume au cœur. Cela confortait son sentiment d'être à sa place. Une fois de retour en cuisine, elle transmit l'information à l'équipe qui apprécia et eut un regain d'énergie. Finalement, le vandalisme de la vitrine avait ébranlé tous les employés du restaurant.

Plus tard, dans l'après-midi alors que Rosa faisait des recherches dans le bureau, Barbara entra.

- Dis, Rosa, je sais que ce n'est pas le genre de la maison, mais je crois que l'équipe a besoin de réconfort et de se retrouver. Tu crois que Marc serait d'accord pour que l'on ferme demain soir ? On n'a pas de réservation de prévue...

La jeune cheffe réfléchit un instant et dut bien admettre qu'il serait profitable à l'équipe de se retrouver avant que le chef américain ne débarque et qu'ils ne soient pris dans le tourbillon de l'émission. Sans attendre, elle appela Marc. Celui-ci décrocha presque aussitôt :

- Rosa ! Tu vas bien ?

Elle rit à la remarque du chef et le rassura comme elle put. Cela lui faisait du bien de l'entendre. Robert l'avait déjà informé des grandes lignes de l'incident.

- Marc, à ce propos, je voudrais savoir, est-ce que tu serais d'accord pour que 'on ferme le resto exceptionnellement demain soir ?

- S'il n'y a pas de réservation et qu'il s'agit bien d'une exception...

Barbara prit alors la parole :

- Salut Marc, non il n'y a pas de réservation et l'équipe en a besoin. Mine de rien, la vitrine vandalisée a choqué l'équipe. Avec Rosa on pensait organiser une petite soirée pour se retrouver. Surtout que le chef Sanders arrive bientôt.

Marc ne répondit pas tout de suite. Il était vraiment frustré de ne pas être en France. Il avait confiance en son équipe et il ne doutait pas que l'incident l'ait bousculée.

- Ok, ça marche. Barbara, je te laisse organiser ça avec les autres. Tu peux nous laisser ? Je souhaiterais parler à Rosa.

- Pas de souci Marc ! A plus tard !

La jeune hôtesse quitta le bureau et referma derrière elle. Marc reprit la parole lorsqu'il entendit la porte claquer.

- Rosa ? Est-ce que je peux faire quelque chose ? Je suis loin et je suis agacé de ne pouvoir t'aider.

- Ne t'inquiète pas, je vais m'en sortir. Je ... ce n'est pas la première fois... Tu sais. Je voulais te présenter mes excuses pour les dégâts et les ennuis que je te cause.

- Arrête ! Tu n'y es pour rien. J'espère que les flics mettront la main sur ce connard et hors d'état de nuire. Je suis désolé de ne pouvoir t'accorder des congés...

- NON ! Surtout pas ! Je veux travailler ! J'ai besoin de travailler, Marc. La cuisine est le seul lieu où je me sens bien et en sécurité.

Il soupira dans le combiné.

- Bien. Je suis aussi rassuré de savoir que tu t'es installée chez Robert. Je t'aurais bien proposé de prendre mon appartement, mais le chef Sanders va y loger avec sa famille. Toutes les chambres seront utilisées.

- C'est gentil, mais c'est très bien comme ça. Cela me ferait vraiment bizarre d'être chez toi, sans toi...

- Je me rends compte que cet échange tombe vraiment mal.

- Pourquoi tu dis ça ? C'est une formidable opportunité !

- Oui, mais j'aimerais pouvoir te soutenir, être là pour toi... Je...

Il ne savait pas comment lui dire qu'il aurait voulu poursuivre ce qu'ils avaient commencé la dernière fois dans le bureau. Il repensait encore au goût des lèvres de la jeune cheffe. Il espérait qu'elle aurait toujours envie d'explorer cette facette de leur relation quand il rentrerait... Mais il ne se faisait pas d'illusion, il pouvait se passer tant de choses en six mois. Il n'eut pas l'occasion de terminer sa phrase, une personne l'interrompit.

- Marc, are you ready ? We're going out !

Il fit signe qu'il arrivait à la réalisatrice qui avait décidé de lui faire visiter un vignoble vers Santa Barbara.

- Je dois te laisser. Tu me tiens au courant de l'avancée de l'enquête. Appelle-moi quand tu as besoin, je ... je ferais mon possible pour répondre.

- Bonne balade Marc ! On se rappelle.

- Bisous ma belle, prends soin de toi.

Il raccrocha en premier. Rosa resta encore quelques minutes, les yeux fixés sur son téléphone. Elle soupira profondément et secoua finalement la tête. Elle devait se rendre à l'évidence, leurs chemins seraient séparés pour les six prochains mois. Elle devait faire sa vie de son côté et lui de la sienne. Elle ne doutait pas qu'une belle américaine le séduirait et tomberait sous le charme du chef français. Peut-être qu'elle le suivrait en France. Elle ne devait pas se faire d'illusion.

Le service du soir ne reprendrait que dans deux heures. Elle mit ce temps à profit pour refaire une tournée de scones, encore une fois elle n'en avait pas fait assez. Elle se vida la tête en réalisant sa recette. Elle ne se rendit pas compte lorsqu'une silhouette se faufila par la porte de service, sans faire de bruit.

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