Chapitre 22 : Apple pie

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Marc répéta pour la cinquième fois sa recette de la tarte aux pommes. La réalisatrice avait une idée très précise de ce qu'elle voulait. Mais le chef n'était pas comédien et tout ce qu'il voulait c'était transmettre son savoir et régaler les papilles. Cela faisait un mois que cela durait, il n'en pouvait déjà plus.

- S'il vous plait ! Peut-on arrêter ?

- Chef, Marc ! Restez ! Attendez !

Il n'attendit pas et alla s'enfermer dans le bureau. La réalisatrice toqua et passa le pas de la porte sans y avoir été invitée.

- Marc...

- Julia, cela va prendre encore beaucoup de temps ? J'ai d'autres choses à faire.

- Je comprends, minauda-t-elle. Ce n'est pas simple, mais tu passes tellement bien à l'écran. Cette mini série va cartonner !

Elle posa un main sur le biceps du chef et en apprécia la fermeté. Elle lui fit les yeux doux, se mordit la lèvre inférieure et fixa ostensiblement les lèvres de Marc. Celui-ci n'était pas dupe, elle le draguait ouvertement depuis la visite dans le vignoble de Santa Barbara. Il s'était montrer poli et gentleman. Elle semblait séduite par le jeune chef et flirtait allègrement avec lui. Il se serait laissé tenter quelques mois plus tôt. Pourtant, là elle ne l'attirait pas. C'était un autre corps, une autre femme qui éveillait ses sens. Rosa lui manquait terriblement. Et dire qu'ils n'avaient même pas couché ensemble ! Julia s'approcha et se mit sur la pointe des pieds. Elle profita que Marc soit dans ses pensées pour lui voler un baiser. Il n'y répondit pas et se dégagea rapidement.

- Julia...

- Quoi je ne te plais pas ?

Alors qu'elle prononça ses mots elle défit sa robe et la fit tomber à ses pieds. Pour une américaine, elle était vraiment audacieuse, ou désespérée.

- Rhabille-toi Julia...

- Tu préfères les hommes c'est cela ? Je n'avais pas l'impression lorsque nous avions échangé l'autre jour !

- J'ai quelqu'un.

- Elle est ici ?

- Non, pourquoi ?

- Parce que loin des yeux, loin du cœur...

Elle fit traîner la dernière syllabe et avança telle une lionne affamée. Féline, elle se pendit au cou de Marc qui se raidit contre le corps presque nu de la jeune femme. Elle s'accrocha comme elle put. Il n'était pas très à l'aise. Il aimait les femmes, mais il se rendait compte que Julia était pathétique.

- Arrête Julia. Tu es ridicule.

- Tu sais que je peux ruiner ta carrière. C'est moi qui choisis les images, je peux te montrer comme un personnage odieux et exécrable. Plus personne ne voudra de toi.

- Que cherches-tu Julia ? Tu me fais du chantage pour du sexe ? Les sentiments cela ne s'achètent ni se contrôlent. Tu viens de perdre mon estime comment pourrais-je avoir des rapports avec toi ?

Les mots du chef glacèrent la réalisatrice. Déjà elle se détacha et s'éloigna. Elle se couvrit comme elle put comprenant que le petit frenchie comme elle l'appelait ne se laisserait pas faire et qu'elle n'obtiendrait rien de lui. La sonnerie du téléphone sauva la jeune femme qui put se vêtir et se sauver sans que Marc ne lui prête attention, accaparé par la conversation téléphonique avec Franck Sanders.

- Bonjour Marc !

- Bonjour, comment cela se passe en France ?

Marc avait besoin d'entendre parler d'autre chose. L'incident avec Julia s'ajoutait à tout ce qui n'allait pas comme il l'avait imaginé. Il avait l'impression que toute la partie relative à l'émission était scénarisée. Il perdait son espace de liberté de création et d'expression. Il était venu pour découvrir et faire découvrir sa cuisine aux américains. Il n'avait pas signé pour être manipulé comme un pantin. Il rêvait de se retrouver dans sa cuisine à inventer et créer avec Rosa. Sanders semblait ravi :

- C'est super. Ta petite Rosa est vraiment intéressante. Dan a flashé sur elle.

Marc serra les poings en entendant cette remarque. Dan était le fils aîné de Franck, il avait suivi son père car il avait décidé de prendre une année sabbatique dans son cursus universitaire. Il devait avoir l'âge de Rosa.

-... Mais bon elle ne semble pas sensible à son charme. Je pense proposer une nouvelle carte la semaine prochaine.

- Tu vas proposer quoi ?

- J'ai suivi ton exemple et travaillé avec ton équipe et j'ai créé une carte spécialement pour ton restaurant. J'espère que cela va plaire. Ta brigade semble optimiste. Et toi tu en es où ?

- Arggh ! Cela n'avance pas si bien. J'ai du mal à échanger avec ton équipe et la réalisatrice me colle aux basques. Elle s'est entichée de moi je crois et me fait perdre du temps en me faisant tourner pendant des heures.

- Courage Marc !

- Je vais en avoir besoin, j'ai presque envie de tout plaquer et de rentrer.

- A ce point ?

Marc ne répondit pas, son silence était suffisamment éloquent.

- Comment va Rosa ? demanda-t-il à brûle-pourpoint.

Sanders savait l'attachement de son ami français à la jeune cheffe, il ne fit pas de mystère et lui répondit :

- Elle a toujours une petite mine, mais elle fait un travail formidable. Prends le temps de l'appeler cela lui fera plaisir.

Marc se demanda si le chef avait raison. Est-ce que Rosa serait heureuse si il l'appelait ? Il en avait envie. Il aimait parler avec elle. Depuis que l'américain avait repris le restaurant il n'avait pu l'appeler, n'ayant pas de prétexte pour le faire. Il était navré d'apprendre qu'elle n'était pas au top de sa forme. Il savait par Robert que l'enquête suivait son cours, mais que celui qui la harcelait était toujours introuvable. Il était inquiet et ce sentiment s'ajoutait à cet échange qui ne lui convenait pas. Il aurait dû emmener Rosa avec lui. Oui là cela aurait été parfait.

Il s'assit comprenant pour la première fois à quel point la jeune femme l'avait changé et était devenue indispensable à sa vie en si peu de temps. Il était pourtant indépendant et maître de son destin, mais il s'était bien rendu compte que tout était plus vif, plus fort, plus passionnant quand la jeune cheffe était là. Était-il amoureux ? Il ne saurait le dire. Il la voulait égoïstement à ses côtés. Avait-il le droit de se l'accaparer alors qu'elle était promise à un si brillant avenir ? Le critique s'en était tout de suite aperçu. Rosa avait un fabuleux talent. Il remit sa réflexion à plus tard lorsqu'un technicien vint le chercher pour finir de tourner cette fichue séquence qui l'agaçait. Décidément, rien n'allait plus.

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