Chapitre 3 - A la recherche d’indices.
Contacté par Renouf, le procureur Farcy nous avait immédiatement accordé son feu vert pour le lancement de l’enquête préliminaire.
Cet après-midi-là, notre 403 nous amena de nouveau au domaine de Beaumanoir, sous un soleil radieux, suivi de deux fourgons de police, remplis d’agents en uniforme. Par ailleurs, des gendarmes avaient été déployés dans la région afin d'explorer les bois, les étangs et le bord de la Seine. L’inspecteur Bertier coordonnait les recherches, avec l'autorité naturelle que nous lui connaissons.
C’est sûr, nous allions réveiller la tranquille quiétude du Mesnil Sous Jumièges.
Arrivé au bout d’une large allée bordée de tilleuls, ce manoir du XVIème siècle, de style normand apparaissait dans toute sa splendeur et j’en tombai amoureux. Cet édifice comportait plusieurs ailes, de deux ou trois étages.
Je fus séduit par ses hautes fenêtres de bois à petits carreaux, sa toiture recouverte de tuiles de pays et sa façade agrémentée de colombages, ainsi que les lucarnes des fenêtres des derniers étages. Il était flanqué d’une chapelle sur le côté et une cour, encerclée de rosiers, ornait la façade principale. Une pelouse bien entretenue agrémentait l’ensemble, bordée de cèdres des deux côtés.
Mais l’heure n’était pas à la contemplation. Dès que nous fûmes arrivés, Bertier, l’air sourcilleux, fit le point sur ce que nous avions à faire.
— Gilbert, m’ordonna-t-il, tu vas aller voir la châtelaine et réunir tous les domestiques et les interroger. Ensuite, tu visiteras le manoir. Moi, je vais explorer autour de la maison, avec trois agents et les autres vont fouiller tout le jardin.
J’abordai la maîtresse de maison. A ma demande, elle réunit ses domestiques : la femme de chambre, la cuisinière, le majordome et le jardinier. Malandain n'avait pas de chauffeur, il conduisait sa rutilante Mercedes lui-même.
Je leur demandai à quel moment ils avaient vu le maître de maison pour la dernière fois. J’avais l’impression d’être Hercule Poirot dans un roman d’Agatha Christie, mais sans le cadavre habituel.
Lors de cette fameuse journée du onze septembre, la femme de chambre l’avait aperçu dans le jardin, le majordome l’avait rencontré lorsqu’il se dirigeait vers la salle à manger et la cuisinière lui avait servi son petit déjeuner à huit heures. Il l’avait pris seul, les autres membres de la famille n’étant descendus qu’à neuf heures. Quant au jardinier, il l’avait vu dans le parc en milieu de matinée et lui avait parlé. Personne ne l’avait revu depuis.
Après avoir pris fébrilement des notes sur mon carnet noir, je demandai à visiter le manoir entièrement. Le majordome me guida à travers les pièces. Il me montra le grand salon, que je connaissais déjà. Je retrouvai ses canapés capitonnés se massant autour de la table basse, sa belle cheminée, son piano à queue tout au fond, ainsi qu’un billard que je n'avais pas aperçu en premier. Puis, il me mena à la salle à manger à l’imposante table en chêne et aux murs blanchis à la chaux, recouverts de tapisseries anciennes. Tous les hauts plafonds étaient garnis de poutres apparentes.
Puis, j’inspectai la cuisine, ouvrant les placards, sous le regard étonné et un brin suspicieux d’Honorine, la maîtresse des lieux.
Enfin, je visitai les chambres. Chacune était meublée de la même façon : un lit blotti dans une alcôve fermée de rideaux de cretonne, une commode, et une armoire normande, tout en chêne clair de bonne qualité. Le maître de maison et son épouse dormaient dans des chambres séparées. D'autres étaient destinées aux membres de la famille lorsqu'ils venaient. Il y avait celle de Pierre et de son épouse, Marie, celle d'André, le fils cadet et deux chambres d'amis. Le majordome, Louis Delattre, précisa, d’un air dédaigneux, alors que j’ouvrais les placards, que la maitresse de maison avait déjà fouillé tout le manoir de fond en comble avec ses deux fils et les domestiques, et que, bien entendu, ils n’avaient rien trouvé.
Les chambres des serviteurs, au dernier étage, n’échappèrent pas à mon examen. Je fis ensuite le tour du grenier sous le regard sceptique du maître d'hôtel, et je n'y trouvai que quelques vieux meubles couverts de poussière.
Ayant fait le tour du propriétaire, je redescendis l’escalier. Je demandai à visiter la chapelle aperçue en arrivant. Delattre m’y conduisit. Je l'examinai sans y trouver quoi que ce soit. Il n'y avait même pas de crypte. Je fus déçu. Cela aurait ajouté un peu de mystère.
J'aperçus alors la rutilante Mercédès du disparu. Je demandai les clefs au majordome, afin d'en examiner l'intérieur. Celui-ci me les rapporta rapidement.
J'ouvris cette voiture, propre comme un sou neuf, nettoyée régulièrement par le jardinier, à l'intérieur impeccable. J'examinai la boîte à gants, les vide-poche, le dessous des sièges, puis le coffre. Je ne trouvai ni indice, ni papier qui pourrait s'y cacher, expliquant sa disparition.
Rien ! Absolument rien qui pourrait expliquer sa disparition. Cet homme paraissait mener une vie bien rangée, au-dessus de tout soupçon.
Je revins au jardin. Des policiers le parcouraient consciencieusement et en fouillaient tous les recoins. Soudain, un agent aperçut, émergeant d'un bosquet encore inexploré, le bout d'une petite branche d’arbre coupée. Il nous alerta. Il y avait des taches brunes sur l’une de ses extrémités. Un indice, peut-être ?

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