Escapade à la mer

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Bien entendu, le commissaire fut tout de suite informé du sabotage de mon véhicule et nous convoqua, Bertier et moi, dans son bureau.

— Finalement, ce n’était peut-être pas Beaumont qui était visé sur le port. Mais vous-même.

Je le regardai, stupéfié, sans voix.

— Il vaut mieux que vous vous éloigniez quelques temps avec votre épouse, continua-t-il. Car vos vies sont menacées. Si votre véhicule a été saboté pendant la nuit, cela veut dire que l’ennemi invisible sait où vous habitez.

— M'éloigner, mais comment cela ?

— Vous prendrez des vacances durant un temps indéterminé, et surtout loin d'ici. Bertier reprendra l’enquête.

Devant mon visage totalement défait, Renouf se radoucit.

— Gilbert je suis désolé, je dis cela pour votre bien, afin de vous protéger. Vous n'avez commis aucune faute, seulement, vous êtes en danger ! Vous êtes suspendu pour le moment. Je ne tiens pas à vous perdre.

Moi qui m’étais donné tant de mal. Je progressais et maintenant, patatras ! Mais Renouf avait entièrement raison. Il valait mieux que je parte un moment si je voulais sauver ma peau. Le procureur dirait la même chose.

La mort dans l’âme, je revins à mon bureau et commençai à classer les dossiers qui restaient encore dessus, jusqu’à ce qu’ils disparaissent.


Le soir venu, une voiture de police me déposa devant chez moi. Ma femme, sortie faire des courses au moment où j’étais rentré me changer, ne savait rien encore.

— Appelle Tonton ce soir ! On fait nos valises et on file à Honfleur demain matin ! claironnai-je d'emblée dès que j'ouvris la porte de mon domicile.

Sophie, le fouet à la main, en train de préparer une omelette, resta bouche bée un instant, puis répliqua.

— Enfin, tu te décides à prendre des vacances ! Ce n'est pas trop tôt, depuis le temps que j'attendais ce moment !

Je me laissai lourdement tomber sur le canapé et elle s'assit à côté de moi.

— Tu en fais une drôle de tête, tu es contrarié ? Et puis pourquoi as-tu mis tes vêtements de ce matin sur la corde à linge ? je les ai rentrés, mais ils sont tout humides. Et qu'as-tu fait avec tes papiers ? Je les ai retrouvés gondolés, posés sur le radiateur. Ta carte de police aussi !

Je ne répondis pas et me contentai de soupirer. Jusqu’à présent, des choses pareilles, ce ne m’était jamais encore arrivé. Je ne savais pas comment lui annoncer la nouvelle. Dans son état, je ne savais pas comment elle pourrait réagir. Alors, j’essayai de le faire avec tact. A petites touches.

— Ma chérie, j’ai un truc à te dire.

— Quoi donc ?

— Tu sais, la Deudeuche…

— Oui ?

— Elle ne va plus marcher très bien…

— Ah ? Elle est en panne ?

— Tu sais… elle a fait son temps.

Voyant mon air embarrassé, elle sursauta..

— Tu as eu un accident ?

— Eh bien… les freins… ont lâché. Et… je me suis retrouvé… dans le lac de Poses.

Sophie me regarda d’abord avec incrédulité, puis réalisant soudain ce que je venais de dire, elle s'alarma.

— Mon dieu, c'est horrible ! Tu aurais pu te noyer ! Mon pauvre chéri !

Elle se précipita dans mes bras et je la serrai bien fort. Je sentais son cœur battre à tout allure et je lui caressai les cheveux pour la calmer.

— Oui, c'est vrai. J'ai vraiment eu la peur de ma vie. En fait, ma voiture a été… sabotée.

— Sabotée ? Mais pourquoi ? Par qui ?

— Je ne sais pas. C’est sûrement à cause de l’enquête. Quelqu’un cherche à me nuire et à m’empêcher de la continuer. Voilà. C’est pourquoi nous allons partir d’ici. Et aussi parce que j’ai peur qu’on s’en prenne à toi aussi.

— Ce ne sont pas des vacances alors ?

— Si, en quelque sorte, en fait… je suis suspendu.

Elle reprit vite son calme. Elle semblait réfléchir.

— Si je comprends bien, un tueur est à tes trousses et cherche à t’empêcher d’enquêter, n’est-ce pas ?

— C'est pour cela que nous allons partir. Renouf m'a ordonné de prendre un congé indéterminé afin de me mettre au vert et j'ai bien l'intention d'en profiter. Et puis tu as besoin de vacances toi aussi.

— Mais, nous n'avons plus d’auto ! C'est dommage, je l'aimais bien moi, la vieille Deudeuche !

— Ce n'est pas grave, j'en louerai une, et on en rachètera une autre. Mais l'important c'est de partir d'ici le plus vite possible pour quelques temps ! Et puis, j'ai besoin de décrocher. Cette affaire me rend fou car l'enquête n'avance pas. Ou plutôt si, elle se complique au fur et à mesure qu'on progresse. Et là, elle a atteint un point de non-retour, et je dois t'avouer... que je suis mort de peur.

Ne voulant pas l’effrayer quelques jours plus tôt, je lui avais caché l’épisode des docks et la mort de Beaumont. Mais ce soir-là, pressé de questions, je lui racontai tout.

Inutile de dire que nous avions mal dormi tous les deux.


Le lendemain, en fin de matinée, les valises étaient prêtes et nous partîmes dans une jolie Coccinelle jaune que j'avais louée. Un voisin serviable m'avait emmené la chercher.

La petite auto nous amena à Honfleur, sans incident, dans une ambiance plus sereine. Et je faisais tout pour qu'elle le soit.

Finalement, nous passâmes de merveilleuses vacances. Par chance, le temps était très doux pour un début décembre et, resta au beau fixe. Nous avions l'intention de bien en profiter.

Nous fîmes de longues promenades sur le port de Honfleur, entrecoupées de petites pauses afin de soulager mon épouse chérie, dont le ventre déjà rebondi commençait à peser. Puis, nous arpentâmes, main dans la main, couverts jusqu’aux yeux, les plages du débarquement désertes. Assis, tous les deux sur le sable, nous étions restés enlacés un bon moment, nous bécotant comme des amoureux, fouettés par le vent hivernal, notre étreinte bercée par le bruit incessant des vagues avec seulement les mouettes pour témoins. Nous musardâmes un après-midi sur les planches de Deauville, nous prenant mutuellement en photo, singeant en riant les postures des stars de cinéma.

Nous passâmes aussi de délicieuses soirées en compagnie du grand-oncle de Sophie, "Tonton" pour les intimes. Trop heureux d'avoir de la compagnie, il nous raconta des tas d'histoires et d'anecdotes amusantes sur sa vie d'ancien capitaine de la marine marchande, tout cela entre deux parties de cartes qui se terminaient tard le soir et pendant lesquelles nous le laissions tricher impunément.

Quels bons moments ! Ils alimenteront notre stock de beaux souvenirs dans lequel nous puiserons plus tard, en regardant nos albums de photos. Nous étions radieux et détendus, j'étais reposé et j'avais presque oublié mon accident et la menace qui planait au-dessus de ma tête.

Presque ! Ayant pris un certain recul, tant géographique que mental par rapport à ces tragiques événements, je m'efforçais, autant que possible, de ne plus penser à l'affaire qui me préoccupait il y a peu.

Cet état de grâce dura deux semaines, mais, comme chacun sait, rien ne dure en ce bas monde.

Nous étions assis sur un banc, dans un parc, sur les hauteurs de Honfleur, à contempler la magnifique vue sur la Seine en contrebas, la côte de Grâce et le port du Havre au loin. Soudain, un fort vent venu de l'ouest se leva, le temps se rafraîchit brusquement, des nuages noirs se profilèrent rapidement à l'horizon et les premières gouttes de pluie, mêlées de neige, commencèrent à tomber.

L'averse s'intensifiant, nous filâmes en vitesse vers la Coccinelle qui nous attendait à proximité, et nous nous y réfugiâmes en riant.

Ce temps maussade sonna malheureusement le glas de notre escapade. Il me fallait rentrer à Poses, mais sans Sophie. Je ne savais comment le lui annoncer. J’avais projeté de l’emmener à Sainte Adresse, chez ses parents, afin qu’elle y soit en sécurité. Je rentrerais seul à la maison. C’était plus sûr. Néanmoins, j’essaierais de revenir passer Noël avec elle.

Bien sûr, elle protesta. Mais je finis par la convaincre. Le lendemain, c’est sous la pluie battante que nous reprîmes la route pour Le Havre, puis Sainte-Adresse.

Après avoir salué mes beaux-parents, cela me fut difficile de lui dire au revoir. Nous nous étreignîmes un long moment sur le pas de la porte. Je lui promis de faire attention et de l’appeler souvent.

Le cœur serré, je repris la route, sous la pluie battante. Triste retour !

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