Une petite boîte sculptée.
J’avais prévenu le commissariat de mon retour chez moi. Cependant, il était impossible de faire garder mon domicile en permanence par un policier car nous n’avions pas assez d’effectifs. Alors, je restais sur mes gardes, le revolver à portée de main et sortant le moins souvent possible. Heureusement, j’avais des réserves de nourriture, dans un placard garni de boîtes de conserves. Mon épouse à l’abri, c’était l’essentiel.
Oisif, je m’ennuyai très vite. Comme la maison semblait vide en l’absence de Sophie ! Le moindre bruit résonnait tristement entre les murs. Ce silence m’oppressait. Pour tromper l’ennui, j‘alternais la lecture et la télévision. Mais au bout d’un moment, lassé et en manque d’action, je tournais dans les pièces comme un lion en cage. Il me fallait m’occuper coûte que coûte si je ne voulais pas devenir cinglé.
Je repensai à mon projet de repeindre la petite chambre destinée au bébé. Cela faisait trois mois que j’avais acheté le matériel, mais je procrastinais ou je manquais de temps. C’était le moment où jamais. Et puis rien de tel que quelques travaux pour se changer les idées.
Alors, un beau matin, juché sur un escabeau, revêtu de vieux habits que j'utilisais pour bricoler et les cheveux protégés par une casquette informe, je me mis à repeindre le plafond de la chambrette située au premier étage, holster à l’épaule, le revolver bien rangé dans son étui, au cas où. Drôle d’accoutrement pour un peintre ! Ah ! La vie d’un flic n’est pas toujours simple.
J'avais presque terminé lorsque la sonnerie du téléphone se mit à retentir.
Maudit appareil ! maugréai-je. Il sonne toujours quand on a les mains occupées ! Et là, je ne pouvais pas crier " Sophie, peux-tu aller répondre s’il te plait ?"
J’hésitais. Etait-ce une ruse du tueur pour me repérer ? A moins que ce ne soit Bertier ou même Sophie ?
Je me décidai vite. Déposant le rouleau de peinture dans le baquet, et m'essuyant sommairement les mains avec un chiffon, je descendis de l'escabeau et dévalai l’escalier. Puis, essoufflé, je décrochai et j'entendis la voix du commissaire.
— Gilbert, dit-il après avoir demandé comment j'allais. Il y a du nouveau. André Malandain pense avoir découvert quelque chose.
— Qu’a-t-il trouvé ?
— Une sorte de coffret en bois qui pourrait contenir des documents importants. Il croit que nous possédons la clef pour l’ouvrir.
— Bon sang ! Oui, la fameuse clef ! Celle que j’ai retrouvée dans la barque. J’avais essayé tous les tiroirs et elle ne correspondait à aucune serrure. Elle est sous scellés dans le dossier d’enquête. Mais comment l’a-t-il trouvé ?
— Une histoire d’incendie dans le bureau de son père. Il nous expliquera tout cela. Nous allons passer vous chercher, Bertier et moi, et nous filons à Beaumanoir.
— Je suis donc réintégré ?
— Après tout le mal que vous vous êtes donné, je crois que vous le méritez.
Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Je reprenais du service.
— Laissez-moi le temps de me nettoyer, j’étais en plein travaux de peinture.
— Bon, d’accord. Soyez prêt d’ici une heure.
J’avais presque terminé. Je n’avais plus qu’un mètre carré de plafond à peindre. J’avais juste le temps de finir et de prendre une douche.
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Le commissaire arriva dans sa DS noire. Il sonna à la porte. Tout propre, en costume cravate et chaussures astiquées, j’étais fin prêt et je le suivis, à la fois ému et excité. J’avais l’intuition que quelque chose d’important allait être révélé.
Nous arrivâmes à Beaumanoir. Le portail était grand ouvert. Nous empruntâmes de nouveau l'allée de graviers blancs. Descendant de voiture et levant le nez, j’aperçus les fenêtres du bureau restées béantes.
Le majordome vint nous ouvrir et nous conduisit dans le salon. Un feu réconfortant crépitait dans la cheminée. Un grand sapin de Noël richement décoré égayait la pièce, mais une vague odeur de tissu brûlé flottait encore. Notre hôtesse arriva, nous invita à nous asseoir sur les fauteuils autour de la table basse. Un coffret joliment ouvragé y trônait. André ne tarda pas à nous rejoindre.
— Que s’est-il passé ? demandai-je.
Le jeune homme prit la parole.
— Un court-circuit s’est produit hier dans le bureau, provoquant un début d’incendie. Non… rien de grave ! nous rassura-t-il. Une lampe défectueuse qui a mis le feu au tapis. Delattre et moi avons tout de suite éteint les flammes. Vous comprenez, vivant dans une antique demeure, avec certains murs en torchis et des colombages, mes parents avaient fait poser des extincteurs partout. Mais cela a eu le temps de faire du dégât. Tout le bureau est enfumé. Nous avons dû vider intégralement la bibliothèque afin de faire nettoyer les livres couverts de suie. Et c’est là que j’ai trouvé, cachée derrière un panneau coulissant, une ouverture dans le mur, dans laquelle il y avait un coffret en bois, fermé par une serrure. Tout le monde ici ignorait l’existence de cette cachette.
— C'est celui-ci ? demanda Bertier. Pas étonnant que nous n'ayons rien trouvé lors de notre fouille.
— Exactement, répondit André. Rappelez-vous la clef trouvée dans la barque. C’est peut-être celle de cette boîte ? Mon père avait le goût du secret, probablement depuis l’époque de la résistance. Elle pourrait contenir des documents importants, allez savoir ! A moins que ce ne soit… son testament.
Une vive émotion semblait le gagner, ainsi que sa mère.
Brisant les scellés, le commissaire sortit alors la fameuse petite clef dorée de son sachet de papier kraft, récupérée dans les pièces à conviction du dossier. Le coffret, délicatement sculpté et verrouillé par une serrure, était assez grand pour contenir des documents. Une odeur de brûlé en émanait encore. Louise Malandain prit la clef que le commissaire lui tendait et l’introduisit dans l'orifice. La boîte s’ouvrit.
Deux enveloppes s'y trouvaient, sur la première, épaisse, il était inscrit : "Mémoires de résistance". La seconde, en dessous, plus mince, comportait la mention "à ouvrir après mon décès".

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