Hors des sentiers battus 83/
Cela ne l'empêcha pas de dormir. Le lendemain, comme d'habitude il s'occupa de la forge. Une nouvelle commande impliquant des enchantements arriva. Adelin se rendit compte qu'il perdait déjà la main pour l'exercice. Feufert ne lui avait pas menti, ce savoir-faire se perdait vite.
Néanmoins, l'assurance revint rapidement. Son maître convaincu de la solidité de cet acquis lui annonça l'emmener à ses prochaines négociations auprès de ses fournisseurs.
En attendant, le surlendemain, le moine devant leur apporter la somme due par les Fagand frappa à la porte. Adelin l'accueillit avec son avenance de notaire. Devant le mouvement de recul de son visiteur en appercevant sa face ravagée, il sut partir sur de mauvaises bases. Il ne se départit pas de son air accueillant pour autant.
- Entrez donc, frère, la route a du être longue. Que diriez-vous d'un thé ?
- ... Volontiers... Veuillez m'excuser...
- Oh, votre réaction est compréhensible.
Adelin s'effaça pour laisser entrer le moine, lui indiqua le salon. Son interlocuteur balaya les lieux du regard, se signa et se proposa de converser dans la cuisine, le temps que l'eau chauffe.
- Vous êtes mage, n'est-ce pas ?
- ... En effet, comment le savez-vous ?
- Cela se sent. Pourriez-vous me faire une petite démonstration ?
Perplexe, l'apprenti alluma le feu de cheminée à la main et y mit sa bouilloire.
- Cet apperçu vous satisfait, frère... ?
- Mon nom importe peu. Et pour répondre à votre interrogation, ce que j'ai vu me rassure. Vous ne devez rien ignorer des allégations pesant sur vous.
- N'est-ce pas la principale raison de votre venue ? Cette affaire ne prend-elle pas des proportions exagérées ?
- J'espère que vous comprendrez que vous n'aurez jamais la paix, malheureusement. Votre visage, votre absence du Temple... Autant de prises pour vos détracteurs.
- J'en ai bien conscience. De quelles solutions puis-je disposer, pour espérer vivre normalement et en paix, selon les Lois de Rhamée ?
L'eau frémissait à peine. Il la versa dans les tasses, remplit les boules à thé de la seule variété à disposition, puis ils laissèrent diffuser. Adelin laissa sur la table un petit sablier.
- Revenez prier au Temple. Economisez pour consulter un guérisseur en mesure de restaurer votre peau. Pour le moment, dans l'esprit du commun vous portez la marque du Feu. Donc où que vous alliez, quoi que vous fassiez...
Le mage soupira profondément. Il avait espérer que l'homme de foi détienne la solution. Une dont il ignorerait l'existence.
- Merci pour votre réponse, frère sans nom. Pourriez-vous au moins rassurer la garde et les inciter à alléger les moyens mis à me surveiller ?
- Je ne détiens pas un tel pouvoir.
Sceptique, le forgesort détailla l'homme en bure noire. Comme nombre des siens, il avait le regard, la posture, la certitude tranquille des hommes à la fois juges et bourreaux. Ses mains abîmées par les entraînements, le vêtement et les chaussures délavés et éclaircis par la poussière locale... Au moindre soupçon, il tuerait.
- La Foi déteint-elle sur la magie ?
Le regard fuyant qui lui répondit lui suffit. Au moins comprenait-il l'évolution de son feu. Le silence s'installa, pesant. Leurs tentatives de le briser échouèrent, leurs essais axés sur le temps, les récoltes ne prirent pas. Le moine repartit dès la fin de son thé.
Adelin profita de déjà se trouver dans le salon pour mettre ses comptes à jour. Malgré la dette réglée des Fagand, avec les commandes de matières premières pour la commande d'enchantements, ils finiraient le mois dans le négatif. Néanmoins, l'espoir de compenser rapidement perdurait.

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