5. Le glacier
« Ok, j’arrive ! » répondit Thalixia, en lançant un sourire rapide à Léna.
La petite sauta de joie et attrapa sa main. « Trop bien ! On va s’amuser ! »
Ils descendirent les escaliers, le parfum du pain encore chaud flottant dans la cuisine, le bruit des assiettes, le rire de Léna qui résonnait contre les murs. Tout semblait normal. Même dehors, les lampadaires donnaient à la rue une lueur douce, presque rassurante. Thalixia se surprit à penser que ces moments simples étaient peut-être ce qu’elle aimait le plus : la routine, les gestes de tous les jours, le confort de l’ordinaire.
La glace achetée, ils s’installèrent sur les bancs devant le petit glacier. Léna léchait son cornet chocolat-vanille avec une concentration absolue, ses yeux brillants de bonheur. Thalixia savourait son sorbet citron, oubliant un instant le message étrange qu’elle avait reçu plus tôt. Ses parents discutaient de choses banales : la semaine, des souvenirs d’enfance, des projets pour le week-end. Tout semblait normal, presque parfait.
Puis le monde bascula en une fraction de seconde.
Un crissement de pneus, aigu et déchirant, traversa la rue. Les lampadaires scintillèrent sur la carrosserie métallique qui déboula à toute vitesse. La voiture fonçait droit sur eux, comme un prédateur invisible. Thalixia eut à peine le temps de cligner des yeux. Le cœur battant à tout rompre, elle sentit la peur glaciale la traverser.
Léna hurla, son cri cristallin déchirant l’air. Thalixia se jeta instinctivement pour la protéger, mais il n’y avait aucun refuge. La voiture heurta le trottoir, percutant le petit groupe en plein milieu. Le métal tordit, le verre vola en éclats, les glaces projetées comme des confettis macabres. La douleur fut immédiate, insupportable. Thalixia sentit son corps frappé de toutes parts, chaque souffle un feu, chaque mouvement une torture.
Le temps sembla se figer. Les rires, les conversations, le parfum sucré des glaces… tout disparut dans un fracas effroyable. Elle aperçut, au milieu du chaos, le visage de sa sœur Léna, figé par la terreur, puis la destruction. Ses parents tentaient de bouger, de réagir, mais tout était déjà trop tard.
Puis vint le silence. Glacial. Absolu. Les sirènes au loin, le vent qui soufflait sur le trottoir, les morceaux de glace et de métal éparpillés… et plus aucun mouvement, plus aucun souffle. La promenade, la glace, le simple plaisir d’une soirée en famille… tout avait disparu en un instant.
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