9. On est la pour toi
Thalixia s’affala sur le sol, le visage enfoui dans ses mains. Les messages du stalker, chaque mot menaçant, semblaient s’insinuer dans son esprit comme des aiguilles brûlantes. Tout ce qu’elle avait retenu jusque-là éclata en un seul souffle : peur, colère, désespoir.
D’abord un sanglot étouffé. Puis un cri, d’abord timide, qui monta en un hurlement déchirant. Ses poings frappèrent le mur près d’elle, d’abord doucement, puis de plus en plus fort. La douleur physique lui donnait une étrange sensation de contrôle, une échappatoire temporaire à la tempête dans sa tête.
Elle se leva, titubante, et frappa encore, cette fois le meuble à côté, envoyant valser quelques cadres et bibelots. Les larmes inondaient son visage, sa respiration était saccadée et rauque. Ses hurlements résonnaient dans toute la maison, et pour la première fois depuis la tragédie, elle ne voulait plus rien retenir.
Dehors, ses voisins entendirent ses cris et, inquiets, appelèrent les pompiers et le SAMU. Quelques minutes plus tard, les sirènes arrivèrent, se mêlant au chaos intérieur de Thalixia.
La porte explosa presque sous les coups des pompiers et des infirmiers. « On est là pour t’aider ! » cria une voix autoritaire. Mais elle n’écoutait pas. Elle se recroquevilla sur le sol, griffant et frappant, hurlant à pleins poumons, incapable de comprendre ou de reconnaître ceux qui tentaient de l’aider.
Un pompier s’approcha lentement, bras tendus pour l’empêcher de se faire mal. Thalixia se jeta sur lui, griffes et poings levés. Elle mordit, elle poussa, elle hurla que personne n’avait le droit de la toucher. Chaque tentative pour la calmer échouait. Elle se débattait avec une force effrayante, aveuglée par ses émotions.
Un autre secouriste arriva avec un brancard. « On va t’emmener, c’est pour ton bien ! » Mais elle refusait. Elle frappa, se roula sur le sol, les cheveux collés au visage par les larmes. Les pompiers durent la maintenir avec précaution, un bras chacun, tout en essayant de ne pas la blesser davantage. Ses ongles griffaient, ses cris résonnaient dans la pièce, et ses sanglots se mêlaient à la panique des adultes.
Un médecin s’approcha avec une seringue remplie de sédatif. « C’est pour te calmer, Thalixia. Respire. Ça va aller. » Elle sentit la peur monter encore plus. « Non ! Laissez-moi ! » cria-t-elle, mais elle était trop fatiguée, trop faible de cette tempête d’émotions. Ses mouvements devinrent plus lents, plus désordonnés.
Enfin, la seringue pénétra sa peau. Elle hurla une dernière fois, un cri déchirant qui résonna dans la maison, avant que ses muscles ne se relâchent peu à peu. Son corps, enfin privé de cette énergie furieuse, tomba lourdement sur le brancard. Ses yeux, encore ouverts, semblaient chercher quelque chose… ou quelqu’un. Puis la lourdeur de la drogue l’emporta, ses paupières se fermant dans un voile de flou.
La maison redevint silencieuse. Les cadres tombés jonchaient le sol, quelques meubles étaient ébréchés, mais la tempête était finie. Thalixia était transportée vers l’ambulance, sédatée, ses sanglots étouffés dans l’inconscience artificielle.
Dans le véhicule, son corps tremblait encore légèrement, comme si son esprit refusait de lâcher prise, mais la sédation était implacable. Le monde s’éloignait peu à peu, et pour la première fois depuis des heures, elle ne sentait plus la douleur brûlante de sa solitude ni le poids de ses souvenirs.
Thalixia ouvrit les yeux lentement. La lumière blanche de la chambre lui brûla presque la rétine. Tout était flou… le bourdonnement constant des machines, les murs trop propres, le parfum étrange de désinfectant. Son corps était lourd, engourdi, et son esprit semblait flotter entre sommeil et réalité.
Camille était assise sur une chaise à côté du lit, les yeux rouges et fatigués, mais un sourire rassurant sur le visage. Maxime se tenait près de la fenêtre, les bras croisés, le regard inquiet. Quand Thalixia tenta de parler, sa voix sortit rauque et tremblante.
« … vous êtes là ? » murmura-t-elle.
Camille se pencha vers elle. « Bien sûr qu’on est là. On ne te laissera pas seule. »
Maxime ajouta doucement : « On sait que ça a été dur… mais t’as survécu à la tempête, Thalixia. On va gérer ça ensemble. »
Thalixia inspira, laissant ses yeux glisser vers la fenêtre. Tout semblait irréel, même les messages du stalker revenaient en arrière-plan de son esprit. « … et le… stalker… » balbutia-t-elle. « Il sait… il sait quelque chose… »
Camille prit sa main. « On va pas te laisser face à lui seule. On trouvera un moyen. »
Maxime hocha la tête. « Même si t’es un peu dans le gaz… on peut commencer doucement. Tu choisis si tu veux juste te laisser aider, ou si tu veux… savoir. »
Thalixia ferma les yeux un instant, le corps encore lourd de sédatif. Une partie d’elle voulait tout oublier, se laisser porter par les médecins et le calme relatif de l’hôpital. Mais une autre partie, plus fragile et pourtant déterminée, brûlait de comprendre qui était ce stalker et pourquoi il connaissait sa famille.
Choix :
A. Se laisser faire par les médecins – Chapitre 12
B. Enquêter malgré tout – Chapitre 10

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