Chapitre 7 : Perdu
Sarah
24 septembre 2050
Cela faisait environ deux semaines, que je dérivais dans la rue. Sans toit, sans but, sans aucun autre avenir que celui d’une journée de plus à survivre dehors. Je serrai mon carnet, contre ma poitrine. C’était la seule chose qui me restait de mon ancien foyer. Le dernier lien avec Ethan, mon père adoptif… Celui qui m’a jetée dans la rue.
Chaque nuit, je passais d’un squat à l’autre. Je dormais à même le sol, dans des endroits souvent glacials et jamais chauffés.
Pour survivre, je dessinais dans mon carnet. Quand je tendais la main pour demander quelques pièces pour t’acheter quelque chose à manger, certains passants avaient l’air. D’autres, en croisant mon regard, accélèraient le pas en baissant simplement les yeux en faisant semblant de ne pas me voir.
Un soir, alors que la pluie tombait sur la ville et que mes jambes tremblaient sous le froid de l’automne, je trouvai refuge dans une station de métro désaffectée. l’air empestait l’humidité stagnante, la rouille et la fumée.
Au fond du couloir effondré, des caisses renversées formaient une sorte de barrière. Plusieurs flammes jaillissaient des bidons dispersés un peu partout dans la pièce. Quelques personnes se réchauffaient silencieusement près des barils enflammés.
Une femme aux cheveux blancs et aux doigts crochus, s’approcha de moi et me tendit une couverture. Un homme au regard vitreux me donna une boîte de conserve cabossée de petits pois carottes. C’était la première fois, depuis deux semaines, que je mangeais enfin quelque chose.
Je m’endormis près d’un baril enflammé. Je tirai sur mes épaules la couverture que la veille m’avait donnée. Peu à peu, mes paupières se fermèrent, bercées par le son du crépitement du feu.
Mes pensées dérivèrent vers mes derniers instants avec Ethan… Juste avant qu’il ne m'expulse sans raison apparente du manoir.
Le jour suivant :
25 septembre 2050 - 09 h 48
Quand le jour se leva, je quittai le métro pour me rendre en ville afin d’ acheter quelque chose à manger.
En arrivant dans une rue piétonne, peu fréquentée à cette heure, je saisis mon crayon en inscrivant quelques mots sur un morceau de carton pour susciter l’empathie des passants.
En fin de matinée, je sortis mon carnet et me remis à dessiner les gens qui défilaient sous mes yeux, en étant pressés. Certains me donnèrent quelques pièces, tandis que d’autres me tendirent un peu de nourriture.
Au loin, j’aperçut un enfant assis sur les épaules de son père. Je me mis à capturer l’instant présent en le dessinant dans mon carnet. Ce matin, le ciel fut dégagé en étant bleu avec du soleil.
Soudainement une voix attira mon attention, je levai les yeux vers le ciel, je me mis à fixer une silhouette fine qui ressemblait au premier rapport à une adolescente. Elle avait à peu près mon âge. Ses cheveux bruns, lisses et attachés, retombaient le long de son dos. Son visage fut parsemé de tâches de rousseur. Elle portait un haut en dentelle blanc. Sa posture était droite et rigide. Pourtant son attitude restait calme.
Quelque chose se dégageait chez elle… Mais je n’arrivais pas à dire quoi.
— Tu n'as pas ta place ici. Sa voix était calme et tranchante.
— Les humains passent devant toi, comme si tu n'existais pas à leurs yeux en te voyant toujours comme une machine sans âme, sans ressentir la moindre émotion. Ils feront toujours ça à nos sembles en nous considérant tel quel.
— Qu’est-ce que tu en sais ?
Elle esquissa avec un léger sourire
— Parce ce que c’est vécus la même chose que toi actuellement. Elle observa les passant qui passer autour de nous et poursuiva.
— Il existe un lieu où tu seras libre. Il s’agit de la forteresse de Springmoor. Là-bas personne ne te jugera pour ce que tu es. Dans cet endroit, il n'y a que des androïdes qui y vivent.
Je fronçais les sourcils. Mon coeur bondit hors de ma poitrine :
— Comment sais-tu que je suis une androïdes ?
— Je t’ai observé depuis un moment déjà. Je sais reconnaître les miens qu’en j’envoient Je m’appelle Eva. Moi, aussi je me suis retrouvé à ta place.
Elle sortit de sa poche, une tablette à la coque fissurée.
—Donne-moi, la paume de ta main.
— Pourquoi faire ?
— Je vais t'envoyer les coordonnées de la forteresse.
J’hésitai un instant avec le souffle court. Puis, je tendis lentement la main. Un frisson remonta le long de mes bras, quand le transfert eut lieu : Une multitude d’images et d'informations envahit mon esprit. Une forêt dense, un château abandonné en ruine… Et un mot de passe. Pour la première fois depuis longtemps, je savais enfin où me rendre.

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