Chapitre 6 : L'inspecteur Morelva

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Mike

20 novembre 2050 - 14 h 55

Une averse venait de cesser. L’air était encore saturé d’humidité et exhalait une odeur de pierres mouillées, mêlée à celle du bitume. Je relevai le col de mon uniforme et je traversai la rue faite de pavés d’un pas régulier.

Mon regard s’arrêta sur l’enseigne du Justecover. Les lettres blafardes luisaient sous la lumière grise de l’après-midi. Derrière la baie vitrée embuée, je distinguais à peine quelques silhouettes attablées, un verre à la main.

Je poussai la porte. Une clochette tinta, attirant quelques regards vers moi. L’atmosphère me frappa de plein fouet. L'air était presque étouffant. Des appliques murales diffusaient une lumière chaude qui plaquait les ombres contre les murs. L’endroit empestait l'alcool, le tabac froid et le cuir usé. Un morceau de jazz était diffusé en fond sonore, depuis les hauts parleurs du bar, qui fut étouffé par le brouhaha des conversation des clients.

J’avançai de quelques pas, balayant la salle du regard. Mes capteurs s’activèrent et analysèrent chaque visage. Une vingtaine de clients, mais aucun d’eux ne correspondaient au profil de l’inspecteur Morelva.

En m’enfonçant dans le fond du bar, je le repérai enfin, installé près d’une fenêtre.

C’était un homme d’une quarantaine d'années, affalé sur sa chaise. Ses cheveux étaient brun mal coiffés tombaient sur son front. Son visage était partiellement recouvert d’une barbe brune broussailleuse. Il portait un chapeau de cowboy noir, un polo blanc froissé et un jean qui tranchaient avec le reste de sa tenue.

Un verre de whisky ambré reposait devant lui, à moitié plein. Il fixait une photo de famille. Sa veste en cuir noir pendait négligement sur le dossier de sa chaise.

Je m’approchais de l’homme. Ce dernier leva brièvement les yeux. Je tirai la chaise en face de lui. Je m’assis devant lui. Je demanda d’une voix calme.

— Inspecteur Morelva ?

Il leva légèrement les yeux vers moi.

— Clay. Enfin… Clayton ! T’es qui, toi ?

— Mike, votre partenaire androïde, modèle GE-2295 de dernière génération.

Un silence s’installa entre nous. Morelva plia lentement sa photo et la glissa dans la poche intérieure de sa veste en cuir.

— Partenaire ?... Ha… Ha… Ha !!! Super ! Ils ont fini par m’en coller un. Qu’est-ce que tu veux ?

— On vous a confié une enquête impliquant des militaires. Ils se seraient introduits dans un manoir à l’extérieur de la ville.

— Soit sympa, guignol. Tire-toi de là. Fissa.

Je ne bougeai pas.

— Je comprends votre réticence, inspecteur. Mais ce n’est pas négociable. Mon supérieur veut que vous meniez cette enquête.

Il esquissa un rire bref, avec une pointe d'humour.
— Je ne suis pas venu ici pour parler boulot. Fous le camp sac à boulon ! Ta mission, tu sais où tu peux la mettre.

Il se redressa d’un coup, renversant presque sa chaise. Ses doigts se refermèrent sur le col de mon uniforme et il me plaqua contre la table.

— Écoute-moi bien, sale con ! Murmura-t-il, le visage à quelques centimètres du mien. Je ne bougerai pas d’ici ! Et t’es à deux doigts d’en prendre une… Dans ta gueule.

Je soutins son regard, en étant immobile.

— Si vous refusez, inspecteur, mon supérieur sera informé. Et il appréciera moyennement votre… attitude.

Un silence tendu s’installa.

Morelva, relâcha mon col. Il grogna entre ses dents de sa voix rauque.

— Très bien… Allons, résoudre ta putain d’enquête. Sac à foutre.

L’inspecteur se leva sans un mot. Il attrapa sa veste en cuir d’un geste vif, en la balançant sur ses épaules. Il se dirigea vers le comptoir et dit au barman.

— Jim, ajoute ça, sur mon ardoise.

— Très bien Clay. Mais tu me dois, déjà de l’argent depuis le mois dernier. Faudrait penser à payer ta note.

Morelva ne répondit pas. Il se dirigea vers la sortie, je lui emboîtai le pas. En sortant du bar, je suivis l'inspecteur jusqu’à sa voiture, garée sur le parking en face du JusteCower. Une ford mustang de couleur noir datant de 1967, c’est comme si elle était sorti d’une autre époque.

Il déverrouila la portière du véhicule et s’installa derrière le volant. Je pris place côté passager. L’habitacle était parfaitement bien entretenu. L’odeur était celle du neuf, du tabac et de l’alcool qui me saisit aussitôt mes narines.

L’inspecteur démarra la voiture, le moteur se mit à gronder, puis, il alluma la radio, un riff de guitare déchira le silence posant. C’était du Evil-Métal.

Mon regard se posa sur l’inspecteur.

— Du Evil-Métal ? Sérieusement ? Ma voix couvrit à peine le volume excessif de la musique.

Il esquissa un sourire narquois sans quitter la route des yeux.

— Ça m’aide à réfléchir.

Je levai légèrement les sourcils.

— Drôle de méthode pour un flic.

Il alluma une cigarette, l’inspecteur tira une longue bouffée, puis relâcha la fumée par la fenêtre entrouverte. Il me répondit sur un ton hautain.

— Je ne suis pas n’importe qu’elle flic ! Je suis Clayton Morelva ! Alors… on va où ?!

Je lui répondis d’un ton calme en le fixant dans les yeux.

— Au manoir des Collins. Qui se situe au 35 route du verger.

Un peu plus tard, nous empruntâmes un chemin menant jusqu'au manoir. L’allée fut bordée d’érables et de magnolias. Les pneus crissèrent sur le gravier humide en pénétrant dans la cour.

La Mustang s'arrêta. L’inspecteur Morelva se gara à côté de plusieurs véhicules de police et de 4x4 militaires au vitres teintés marqué d’un étrange logo représentant un loup qui montrait ses crocs.

Je me mis à fronçais les sourcils en voyant les militaires qui sécurisèrent le périmètre. Était-ce les fameux hommes qui étaient mentionnés dans le rapport de Stephen.

Avant de sortir, l’inspecteur se tourna vers moi.

— Bon écoute-moi bien ! Je ne suis pas du genre à me répéter ! Tu ne touches à rien, ne me parle pas et ne traîne pas dans mes pattes ! Tu m'as bien compris !

— Oui, Clay.

Il me lança un regard noir.

— Non, pour toi, c’est inspecteur ! Sac à boulon !

En sortant de la voiture, un policier interpella l’inspecteur Morelva.

— Salut Clay. On commençait à croire avec les collègues que tu n'allais jamais te pointer… Depuis ta rupture avec Yaëlle qui date depuis maintenant, quelques mois déjà.

— Crois-moi, Luc, c’était le cas… avant que ce connard d’androïde ne vienne me déranger ! Bon on a quoi ? !

Nous marchâmes vers l’entrée du manoir.

— Les gars de l’UEAA, ont tué quatres gardes et se sont introduit dans la propriété. Apparemment ils voulaient capturer la gamine… Et l’androïdes de la famille. C’est enfoiré sont armés, jusqu’aux dents…

Il baissa la voix et poursuivit son discours.

— Ses fils de putes, ont jamais agi de la sorte en s’attaquant aux êtres humains. Pourquoi s’en prendre à des gardes et à une enfant ? A mon avis, ils préparent un sale coup.

Luc, jetta un regard vers les soldats postés près de la porte d’entrée.

— Putain, quelle journée de merde…. Grogna l’inspecteur en se frottant les yeux. - C’est de la connerie en boîte cette histoire. Il cracha au sol en étant furieux.

— Et bien sûr, il fallait qu’il y ait ces fils de putes de l’UEAA dans les parages ! Bordel de merde !

— Le chef de l’organisation, Hassan Coway, veut te parler. Si tu veux mon avis, tu devrais pas le faire attendre. Ce type déteste qu'on lui fasse perdre son temps.

L’inspecteur Morelva groga en ricanant, le regard braqué sur les militaires en direction de l’entrée du manoir.

— Ha…Ha… Ha. Il peut aller se faire mettre, cet enfoiré ! L’inspecteur alluma un cigare avec un air indifférent.

— Si il croit que je vais lui lécher les bottes, il se fout les doigts bien profond.

Luc leva les yeux au ciel, exaspéré par le comportement de Morelva.

— Franchement clay… Il veut juste parler avec toi. Fais pas ton bourru, pas cette fois ! Ça ne le fait pas.

— Putain ! Fait chier !

Je vis l'inspecteur Morelva, avançait vers l’entrée du manoir en étant furieux. Alors que je m’apprêtais à le suivre, son collègue me barra la route d’un geste en posant sa main contre mon torse.

— Pas toi ! Lâcha Luc d’un ton ferme.

— Ça se voit que tu ne connais pas l’UEAA. C’est types n'hésiteront pas à ouvrir le feu sur toi, s' ils te voient. Un conseil : Si tu veux vivre, reste ici.

Clayton :

En m’avançant vers l’entrée du manoir, un homme m’intercepta. Il avait une cicatrice sur la joue droite, ses cheveux châtains courts étaient plaqués avec le plus grand soin. Il avait un regard neutre et autoritaire.

— Inspecteur Morelva, je suppose. Je suis le commandant Richard Vraster de l’UEAA. Mon supérieur vous attend dans le bureau. Veuillez me suivre.

Je me contentai d’un bref hochement de tête. En pénétrant à l’intérieur du manoir. Le type de l’UEAA, m’ouvrit la voie à travers le couloir bruyant où certains de mes collègues prirent des notes sur la situation. Les murs en bois étaient criblé d'impacts de balles. Il ouvrit la porte du bureau et me laissa seul avec le chef de l’organisation.

Dans la pièce, le chef de l’UEAA, se tenait debout devant la baie vitrée, les mains croisées dans le dos. Les rayons du soleil illumina le bureau.

— Inspecteur Clayton. Déclara l'homme, d’une voix grave et calme.

Il laissa un blanc avant d’ajouter :

— Je ne pensais pas que vous viendriez. Je suis… Agréablement surprit de vous voir.

— Tu ne manques pas de culot, sale enfoiré de merdeux ! Après tout le merdier que des hommes ont foutu ici ! Tu ose me faire la cosette ?

— On m’avait prévenu de vos manières… Brutal, inspecteur. Il se retourna lentement vers moi, en me lançant un regard menaçant.

— Ce genre de vulgarité n’est pas digne d’un homme de votre grade.

Un bref silence, puis il ajouta avec mépris :

— Mais après tout… Que peut-on attendre d’un flic qui joue les cow-boys.

Je le fixai droit dans les yeux, la mâchoire serrée.

— Bon, venons-en aux faits ! Pourquoi tu veux t’entretenir avec moi ? Et surtout… Pour qui tu te prends à me convoquer comme un bleu ?

Il s’assit dans le fauteuil marron en cuir, en posa calmement ses mains sur le bureau.

— L’organisation de l’UEAA à pour but de traquer tous les androïdes qui nous sont inférieurs. Ces saloperies volent le travail des honnêtes gens. Je veux que vous m’aidiez à capturer la jeune fille et l’androïde. Par ailleurs, je n’apprécie pas que vous me tutoyez.

Un silence glacial s’installa dans la pièce.

— Tu préfères peut-être prendre deux bastos dans la tête ? Lançai-je en le défiant du regard.

Je repris, sur un ton sarcastique :

— Je vais y réfléchir… Mais tu n’es pas mon boss putain.

— Si vous refusez, j’ai des amis haut placés qui peuvent s’arranger pour que vous perdier votre poste. Vous ne pouvez pas négocier avec l’UEAA. Acceptez simplement de collaborer.. Et garder votre langue. Si vous voulez gardez votre travail.

Il se pencha légèrement vers moi.

— On s’est bien compris inspecteur ?

Je serrai mes poings aussi fort que possible, mais je sentis la rage m’envahir. Je lui rétorqua sur un ton sec.

— Je ferai de mon mieux ! Mais je ne suis pas ton putain de clebs, à qui tu donne des ordres !

Le silence retomba dans la pièce. Je sortis du bureau en claquant violemment la porte derrière moi. Je retourna voir Luc et Mike à l’extérieur du manoir dans la cour.

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