Chapitre 4 : Une nouvelle vie

4 minutes de lecture

Colleen :

17 septembre 20250 - 17 h 25

Cela faisait bientôt quatre mois que nos parents s’étaient séparés. Hayley et moi devions désormais vivre chez notre père pour pouvoir poursuivre nos études : le journalisme pour ma sœur et la fac de lettres pour moi.

À l’arrière de la voiture, mon casque sur les oreilles, Fais-moi signe de Hoshi tournait en boucle. Je montai légèrement le volume de mon téléphone pour mieux entendre la chanson.
Je regardai par la fenêtre, le ciel de cette fin d’après-midi était rempli de nuages gris menaçants.

Devant l’arrêt de tram, notre mère immobilisa la voiture.
Un silence pesant s’abattit aussitôt dans l’habitacle. Hayley me tapota l’épaule en me faisant des signes avec les mains où elle me disait « On est arrivées. »

Je retirai mon casque pour le mettre autour de mon cou.
Je me contentai de hocher la tête pour lui répondre : « Ok. »

Ma sœur et moi, nous descendîmes du véhicule sans prononcer le moindre mot. Nous prîmes dans le coffre nos valises et nos sacs à dos, que nous enfilâmes sur nos épaules. Notre mère sortit de la voiture à son tour et nous serra toutes les deux contre elle. Son parfum de lavande m’envahit aussitôt mes narines.

Puis nous nous éloignâmes. En avançant vers la station de tram, le bruit de mes bottines beiges résonnérent sur le trottoir, en étant plus net que les voix et les conversations autour de moi. Mon téléphone vibra dans ma main.

Maman : Je t’aime, chaton. Écris-moi en arrivant chez ton père. Colleen essaie d’être sympa avec lui.

Je fixai l’écran quelques secondes, sans répondre, puis je l’éteignis. Hayley, s’assit sur un banc en bois et sortit son carnet de croquis. Elle se mit à dessiner tout ce qu’elle ne parvenait pas à dire avec de simples mots sur le divorce de nos parents.

Elle portait un pull blanc, un jean long et des TN assorties à sa tenue.

Je jetai un coup d’œil à son dessin. Ma sœur avait vraiment un don pour ça. Une bourrasque de vent fit voler une mèche de mes cheveux devant mes lunettes. Je la repoussai d’un geste discret.

Le tram arriva dans un ding métallique.
Les portes s’ouvrirent dans un souffle chaud. Nous montâmes, serrées contre les autres passagers. Il n'y avait plus une seule place assise. Une main agrippée à la barre moite, je tentai de garder l’équilibre sous le poids de mes talons, ma valise entre mes jambes.

Je remis mon casque sur mes oreilles et je le connectai à mon téléphone. Je lançai So Sad d’Emmanuel Kallins. La chanson collait trop bien aux événements.

La voix synthétique du tram annonça :
Prochain arrêt : « Hôtel de Ville – Louis Pradel

À l’arrêt, Hayley me tapota l’épaule pour me faire comprendre que nous devions descendre.
En sortant du tram, le ciel avait viré au noir. La pluie menaçait de tomber.

Nous traversâmes la route, nos valises à la main, jusqu’à l’immeuble de notre père.
Ma sœur poussa la porte vitrée. Une odeur de renfermé nous sauta aussitôt au nez. Les néons clignotaient faiblement, accompagnés d’un bourdonnement agaçant.

Nous nous dirigeâmes vers l’ascenseur. J’appuyai sur le bouton numéro cinq.
Les portes se refermèrent derrière nous. Je fixai les chiffres qui défilaient sous mes yeux, la musique toujours dans les oreilles.

Lorsque l’ascenseur s’arrêta, nous traversâmes le couloir jusqu’au numéro 28.
J’ôtai mon casque pour le laisser pendre autour de mon cou. Je pris une grande inspiration avant de frapper à la porte. Notre père nous ouvrit. Son visage était marqué par les années. Il tenait un verre à moitié plein dans la main. Une odeur d’alcool effleura mes narines.

Il portait un vieux pull gris taché, sur lequel était inscrit un slogan ridicule : « Je suis un papa cool. » Un dessin de chien se détacher du tissu. Un jogging noir trop grand complétait sa tenue.

À peine entrées, une odeur de peinture fraîche nous enveloppa. Le salon mêlait en décoration vintage et moderne, sans réelle harmonie.

Hayley et moi nous dirigeâmes vers nos chambres respectives.
La chambre de ma sœur se trouvait près de celle de notre père. La mienne était plus éloignée, proche de la salle de bain.

Je remis mon casque et lançai «Through the Cellar Door de Lanterns on the Lake
La musique m’accompagna tandis que je commençais à ranger mes affaires.

Sur les petites étagères blanches, j’alignai mes livres et mes carnets d’écriture.
Sur mon bureau, je posai une photo de famille prise avant la séparation de nos parents : notre père, notre mère, ma sœur et moi. À côté, une autre photo, où il n’y avait que Léane, ma petite amie, et moi.


J’essayais de rendre cette chambre moins vide. Plus familière. Un léger coup résonna à ma porte.
Mon père entra sans attendre et posa ses mains sur mes épaules. Je sursautai. Je déposai aussitôt mon casque sur le bureau. La musique continua de défiler en arrière-plan, étouffée. Mon père me parla en me faisant des signes.

— Colleen… Je… Je voulais que tu saches que ce n’est pas définitif avec ta mère. On a décidéde faire une pause.
Il hésita.
— Je sais que ces derniers mois ont été difficiles pour toi et ta sœur. Je suis vraiment désolé. C’est juste que… ma mutation ici, à Lyon… c’est compliqué pour toi, surtout.

— Compliqué ? Tu es sérieux, papa ? Tu crois que j’ai envie d’entendre ça ?

— Non, Colleen. Ce n’est pas ce que je voulais dire…

— Alors dis-moi ce que c’est !
Mes mains tremblaient.

— Tu fais comme si tout allait bien, alors que tu nous accueilles avec un verre à la main et ton pull débile. Laisse-moi. J’ai encore des affaires à ranger.

Il baissa les yeux.
— D’accord. Je comprends. Je te laisse Si tu as besoin de moi… Je suis là.

Il referma doucement la porte derrière lui, sans un bruit. Je remis mon casque. Cette fois, « One Last Time » se lança. Je rangeai mes vêtements dans le dressing, mécaniquement. Puis je posai Ernest, mon renard en peluche, sur l’oreiller. Sans lui, je ne pourrais pas dormir. Il m'aidait à m'apaiser quand, je faisais des crises d'angoisse.

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