Chapitre 1 : La fuite

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Anaïs :

19 novembre 2050 - 20 h 45

Comme à mon habitude, je m’installai en tailleur à mon bureau en bois clair. Mon casque reposait sur ma tresse en queue de poisson. La musique emplissait la pièce tandis que mes doigts tapaient sur le clavier de mon ordinateur. Je travaillais sur mon troisième cycle de mon roman, Excavated.

À ma gauche, mon armoire verte émeraude se dressait contre le mur. les portes de ma garde-robe disparaissaient sous une mosaïque de post-it, superposés, griffonnés, froissés par endroits. Derrière moi, le mur était tapissé d’illustrations représentant mes personnages.

Soudain, la porte s’ouvrit brutalement. Le battant claqua contre le mur. Deux hommes en uniforme militaire apparurent dans l’encadrement. Ils restèrent immobiles une fraction de seconde avant d’entrer dans la chambre.

Je retirai mon casque et le jetai sur le bureau, à côté de mon ordinateur. L’un d'eux s’arrêta face à moi.

— Anaïs Collins. Vous allez nous suivre calmement.

Ma gorge se noua. Mon souffle se bloqua.

— Qui… Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous me voulez ?

— Nous avons des ordres. Grogna le soldat. Me ne m’obligent pas à me répéter.

— Je ne vous suivrai pas !

Le soldat ricana, son visage se durcit.

— Oh que si. Tu vas apprendre à obéir. Brenvier emmène-la.

L'homme contourna le bureau et m’attrapa violemment par le bras. Il me tira hors de ma chaise. Je me débattis et le mordis à la main. Il hurla de douleur.

Le soldat me gifla violemment. Le choc fouetta mon visage. Je m’effondrai sur le sol, le dos écrasé contre le parquet glacial de ma chambre. Ma tête bourdonnait.

— Tu vas me le payer petite conne…

— Ravanne ! Qu’est ce que tu fous ? On doit la ramener vivante !

— Je veux juste lui donner une petite correction, à cette salope, Brenvier.

Trois détonations éclatèrent dans mes oreilles. Tout bascula au ralenti. Le sang de l’homme éclaboussa mon visage, macula mon sweat à capuche gris foncé. Le corps s'effondra à mes pieds.

— Lâche ton arme ! Rugit une voix familière derrière lui.

En me relevant lentement, je vis mon garde du corps pointer son arme sur le second individu, prêt à tirer. L’homme se retourna à son tour, faisant face à Chris.

—Christopher… Ça faisait longtemps. J'aurais dû te tuer quand j’en avais eu l'occasion. Tu vas mourir, traître.

En une fraction de seconde, le soldat se jeta sur Christopher et le plaqua violemment contre la rambarde du couloir.

Leurs armes glissèrent au sol dans un bruit sec. Les deux hommes s’affrontèrent en échangeant des coups brutaux. Leurs poings s’écrasèrent contre leurs visages.

Je me précipitai vers l’entrée de ma chambre, je ramassai le révolver de Chris et le pointai, les mains tremblantes vers la tête de l'homme.

Il tourna lentement le regard vers moi tout en récupérant son fusil d’assaut.

— Jette ton arme, petite… Sinon je le tue.

— Ne l’écoute pas Anaïs !

L’individu abattit violemment la crosse de son arme sur le visage de Christopher. Du sang jaillit aussitôt de son arcade sourcilière.

Au dernier instant, Chris roula sur le côté. Il se redressa aussitôt, agrippa le canon du fusil avec les deux mains et le dévia vers le plafond. Une rafale éclata. Les balles déchirèrent le bois au-dessus de leur têtes. Des éclats tombèrent autour d’eux.

Profitant de l’ouverture, mon garde du corps réussit à désarmer son adversaire. Sans lui laisser le temps de réagir, il lui asséna un puissant coup de pied dans la balustrade. L’homme bascula dans le vide et s’écrasa dans un fracas assourdissant, plusieurs mètres plus bas.

Chris se précipita vers moi en entra dans ma chambre. Il retira lentement l’arme de mes mains tremblantes et il la rangea dans son holster. Puis il s’agenouilla devant moi, le regard inquiet.

— Anaïs… Est-ce que ça va ?

Je hochai faiblement la tête, le souffle court. Mon regard glissa sur le corps inerte du premier soldat qui gisait devant moi. Ma voix mit quelques secondes à revenir.

—O… Oui… Oui… Je vais bien.

— Vient, il ne faut pas rester ici. Allons voir ton père. Il sait ce qu’il se passe.

Christopher décrocha le miroir accroché au mur. Un passage étroit apparut, dissimulé dans la cloison, menant aux combles. Nous nous engouffrâmes à l’intérieur du passage. Il remit
le miroir en place derrière lui.

L'obscurité nous engloutit. Chris actionna la mèche de son briquet gris métallique. Une flamme jaillit, projetant des ombres mouvantes sur les parois en bois. Nous progressions à vive allure en es y’en, le dos courbé, frôlant les poutres et les murs étroits. Quelques mètres plus loin, Christopher poussa une porte dissimulée derrière une bibliothèque.

Nous débouchâmes dans le bureau de mon père. En pénétrant dans la pièce, l’air me frappa de plein fouet, saturé de vieux papiers, de cuir usé et de tabac à pipe mentholé. Elles m’emplirent la gorge et les narines.

Une gigantesque bibliothèque occupait tout un pan de mur, du sol jusqu'au plafond. Les étagères croulaient sous les rangées de livres parfaitement alignés. Au centre de la pièce trônait le bureau de mon père. Il était en désordre, couvert de dossiers et de feuilles éparpillées. Une lampe diffusait une lumière chaude. À côté de mon père il y avait Emily.

Sur le mur, une photo de famille attirait mon attention: ma mère, mon père et moi. Quand il me vit entrer, le visage en sang, accompagnée de Christopher, mon père bondit de son fauteuil. Il me serra aussitôt contre lui.

— Anaïs … Dieu merci. Tu n’as rien.

— Papa… Qu’est ce qui se passe ?

Son regard s’assombrit.

— Ces hommes sont venus pour Emily et toi. La seule personne qui peut vous protéger, c'est ton oncle Jimmy.

— Je refuse de partir sans toi !

Il posa une main ferme sur mon épaule. Son regard se durcit, en étant froid et implacable.

— Tu dois être forte, Anaïs. Tu n’as pas besoin de moi. Pars maintenant ! Allez !

Mon père tira un vieux livre dans la bibliothèque près du bureau. Un clic sec retentit. La bibliothèque se sépara lentement en deux, dévoilant un passage encore plus sombre et plus étroit que le précédent.

Chris me saisit par le bras et m’entraîna sans me laisser le temps de protester. Les larmes brouillèrent ma vue et roulèrent sur mes joues.

Je me retournai, une dernière fois en fixant mon père dans les yeux.

— Papa… Viens avec nous. S'il te plaît.

Il resta immobile.

— Je suis désolé, Anaïs. Je t’aime.

La porte se referma dans un claquement sourd.

Le noir nous engloutit, Christopher tâtonna le long du mur jusquà trouver l’interrupteur. Un clic retentit. Le couloir s’illumina, projetant une lumière blafarde sur le mur et le sol en fait ciment.

L’air était saturé de poussière. Elle me brûlait la gorge à chaque inspiration. Je serrai la main à mon garde du corps pour me rassurer. Nos pas résonnaient sur le béton, sec et creux, amplifiés par l’étroitesse du passage secret. Tout au bout du couloir, Chris s’arrêta et tapa un code sur le boîtier métallique.

Un bip retentit, la porte du garage s’ouvrit devant nous. Un détecteur de mouvement s’activa et une lumière aveuglante inonda la pièce.

Les néons grésillèrent au-dessus de nos têtes. Une forte odeur d’essence et de caoutchouc envahit mes narines. Quatre 4x4 noirs étaient alignés côté à côte.

Christopher décrocha l’une des clés et la télécommande rangées dans la petite boîte en bois fixée contre le mur grisâtre. Un clic déverrouilla l’un des véhicules. Il prit place au volant. Emily et moi, montâmes à l’arrière.

Chris tourna la clé. Le moteur rugit aussitôt, faisant vibrer la l’habitacle. D’un geste rapide, il pressa la télécommande. La grande porte métallique du garage s’ouvrit dans un grincement brutal, déchira le silence.

Le véhicule s'élança hors du manoir. Je quittai l’endroit où j’avais grandi. Nous traversâmes l’allée. Derrière nous, le domaine s’effaçait lentement, englouti par l’obscurité de la soirée.

Soudain, Christopher fronça les sourcils et jeta un coup d'œil dans son rétroviseur extérieur gauche. Plusieurs 4x4 surgirent derrière nous, leurs phares étaient collés à notre pare-chocs. Des coups de feu retentirent derrière nous. Mon sang se glaça.

— Attention ! Baissez-vous ! Hurla Chris.

Les vitres arrière explosèrent dans une pluie de verre. Emily me plaqua contre elle, son bras me protégeait des éclats tranchants qui s'abattaient sur la banquette arrière. Christopher serra le volant, en esquivant les tirs avec une précision fébrile.

Soudainement Christopher perdit le contrôle du véhicule, nous fûmes projetés sur le pas côté et parti en travers de la route.

— Tenez-vous ! Cria Chris.

L’un des 4×4 nous percuta de plein fouet sur le flanc gauche. Le choc nous projeta hors de la route. Le véhicule bascula dans le vide et dévala la colline, enchaînant les tonneaux dans un fracas assourdissant.

Mes cris se noyèrent dans le vacarme métallique. La voiture finit par s'immobiliser brutalement, retournée sur le toit. Nous étions suspendus dans le vide, la tête en bas, retenus par nos ceintures de sécurité.

— Tout le monde va bien ?! Cria Chris.

— Oui… Je n’ai rien. Répondit Emily d’une voix tremblante.

— Anaïs ! tu m’entends ? Est-ce que ça va ?!

Un bourdonnement sourd envahit mes oreilles. L’accident me revint en mémoire. Celui que j’ai eu avec ma mère. C’était dans un accident comme celui-ci qu’elle est morte.

— Anaïs… Anaïs… Regarde-moi. La voix de Christopher me ramena à la réalité.

— Il faut qu’on sorte d’ici avant qu’ils arrivent. Est-ce que tu peux bouger ?

Je hochai faiblement la tête.

— Oui… Oui… Ça va…

Chris attrapa son couteau suisse rangé dans la poche arrière de son pantalon. D’un geste sec, il trancha sa ceinture. Il s’écrasa lourdement sur le toit du véhicule. Il fit la même chose pour Emily et moi.

Nous rampâmes tous les trois vers la brèche du côté passager. Nos paumes s’entaillèrent sur les éclats de verre, tandis que nous nous extirpions de l’habitacle. À peine avions-nous quitté de l’épave de la voiture, qu’un cri retentit en haut de la colline.

— Par ici ! Je les vois ! Ils sont en bas !

Des coups de feu éclatèrent derrière nous.

— Tuez Christopher ! Prenez la gamine et le tas de ferraille vivants !

— Courez ! Courez le plus vite possible ! Ne vous arrêtez pas ! Hurla Chris.

Sans réfléchir, nous nous élançâmes à travers le bois. Les balles fusaient autour de nous, fauchant les troncs d’arbre et arrachant leur branches. Certaines ricochèrent à quelques centimètres de nos têtes. Les hommes en uniforme se rapprochaient dangereusement de nous.

— Faites gaffe, bordel de dieu ! Ne blessez ni la fille ni l’androïde !

Mes jambes peinaient à suivre le rythme. Une racine s’accrocha à mon pied. Je trébuchai et m’écrasai à genoux dans une flaque de boue qui éclaboussa mon pull et mon pantalon noir. Christopher fit immédiatement demi-tour. Il me m'attrapa par le bras et me remit debout.

— Allez, Anaïs ! Il faut y aller !

Nous reprîmes notre course. La forêt déboucha sur une route départementale. Plus loin, dans la pénombre, se dessinait un arrêt de bus.

— On y est presque ! Encore un petit effort ! Cria Chris en nous poussant à avancer.

— Arrêtez-les ! Ils s’enfuient !

Nous atteignîmes le bus juste à temps. Les portes s’ouvrirent automatiquement. Nous montâmes à bord, à bout de souffle.

Le car démarra aussitôt, en s’éloignant de la forêt. Emily et moi, nous installâmes au milieu, serrées l’une contre l’autre. Christopher prit place à l’avant, son regard restait fixé sur l’extérieur. Toujours aux aguets.

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