Introduction

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Richard

19 novembre 2050 - 20 h 15

Mes hommes et moi, progressions à pas feutrés sous la voûte noire des arbres. Les lampes fixées à nos fusils d’assauts découpaient l’obscurité, projetant des faisceaux blancs qui balayaient les troncs d’arbres dressés devant nous. Chaque brindille craquait sous nos bottes, résonnait dans le silence oppressant de la nuit. L’air empestait l’humidité et la terre mouillée. Les feuilles mortes brunies collaient sous nos semelles.

Soudain, un écureuil jaillit de l’ombre. Il bondit contre un tronc d’arbre et grimpa à toute vitesse avant de disparaître dans les branches d’un arbuste voisin.

Un grésillement sec retentit dans mon oreillette, déchirant le calme nocturne. Je levai le poing pour ordonner l’arrêt. L’escouade s’immobilisa aussitôt. Je tournai légèrement le dos à mes hommes, qui restèrent sur le qui-vive.

— Ici Wolf. Alpha répondez. Alpha, vous me recevez ?

Je baissai mon fusil d’assaut, le canon pointé vers le sol. Je mis deux doigts sur mon oreillette.

— Wolf, ici Richard, de l’équipe Alpha.

— Alpha, votre objectif est de capturer la gamine et l’androïde vivants. Pas de bavure. C’est bien compris ?

— Bien reçu Wolf. On s’en occupe.

La communication se coupa, je me retournai lentement vers mes hommes.

— Bon écoutez-moi, bien les gars. Le patron veut la gamine et l’androïde vivants. On fait ça proprement. Pas de connerie. C’est clair ?

— Oui commandant ! Répondirent mes hommes en chœur.

Je fis un signe à l’escouade d’avancer en levant deux doigts, la paume tournée vers le sol.

— Allez ! En-avant !

Nous nous déployâmes silencieusement dans le bois, en file indienne. L’obscurité engloutissait tout sur son passage. Le feuillage freinait notre progression, mais étouffait le moindre bruit. Les branches frôlaient nos épaules, les buissons s’accrochaient à notre équipement. Sur les manches de notre uniforme, se détachait l’écusson d’un loup gris enragé. Sur nos gilets pare-balles un autre insigne portrait, les lettres UEAA : Unité d'Élite Anti-Androïde.

C’était notre quinzième traque du mois. Et pour ma part, j’avais aucune pitié pour ces saloperies, qui n’avaient rien à foutre dans notre monde. Elles nous remplaçaient en volant nos emplois, et certains trouvaient encore le moyens de les défendre. Quand à cette gamine… Putain, qu’est-ce qu’elle foutait avec un tas ferraille ? Peu importe mon job et d’obéir aux ordres de l’UEAA.

Au bout du sentier, une allée de terre battue s’ouvrit devant nous. Des arbres bordaient le chemin menant au manoir, formant un dôme au-dessus de nos têtes. Leurs feuilles étaient orangées et rouge écarlate, frémissaient dans la nuit.

Face à nous, se dressait un portail en bois massif, gardé par deux hommes armés. Ils se tenaient immobiles entre deux piliers de pierre craquelés, recouverts de mousse. La roche était rongée par le temps et l’humidité, était en train de s’effriter. Au sommet, deux lanternes projetaient une lumière orangée, qui éclairait jusqu’à l’entrée de la forêt.

Ravanne tira une rafale silencieuse. Les deux gardes s’effondrèrent net sur le falun. Le portail et le sol furent aussitôt maculés de sang. Sans perdre une seconde, Ravanne empoigna son bélier et asséna trois coups secs contre le portail en bois. Celui-ci céda dans un fracas sourd, projetant un nuage de poussière. Ravanne lâcha le bélier, qui heurta le sol dans un claquement métallique.

Nous pénétrâmes dans la cour du manoir. Nos bottes martelaient les dalles grisâtres d’agora usées par le temps. Le bruit de nos pas se mêlait au ruissellement de la fontaine trônant au centre de la cour. Fusils levés, nous balayâmes la façade du manoir avec nos faisceaux lumineux. Le bâtiment se dressait devant nous, en étant imposant et décrépi. Les volets de bois sombres commençaient à pourrir lentement. Sur la gauche, une cabane était perchée dans un arbre centenaire. Plus loin, des rosiers dessinaient un chemin sinueux. À droite, un banc en marbre qui était recouvert de mousse, cela témoignait de l’abandon des lieux. Non loin de là, un tas de bûches empilées les unes sur les autres reposait contre le mur du jardin.

Le fracas du portail avait alerté deux autres hommes postés devant la porte d'entrée. Nous avançâmes de quelques mètres à peine que les deux individus surgirent sur le perron. Fusil en joue, près à nous tirés dessus.

— Contact ! Cria l'un des deux.

Leurs doigts glissèrent sur la détentes, Ravanne tira à nouveau. Les balles traversèrent les corps et le vitrage de la porte d’entrée qui explosa dans une pluie de verre. Il enfonça ensuite le battant d’un coup de pied sec avant de s'engouffrer le premier à l'intérieur, fusil en joue.

Je le suivis aussitôt. Brenvier et Vormont me suivirent sur mes talons.

Le hall d’entrée s’ouvrit devant nous. Un immense lustre en cristal diffusait une lumière pâle sur le carrelage à motifs floraux. Une odeur de vieux bois flottait dans l’air. Nous avançâmes jusqu'à atteindre le grand escalier central. Je levai deux doigts en direction de l’étage.

— Brenvier, Ravanne, à l’étage. Fouillez pièce par pièce. Vormont, avec moi au rez-de-chaussée. Elles ne doivent pas nous échapper.

Christopher :

19 novembre 2050 - 20 h 15

Au même moment

La cuisine baignait dans une lumière chaude et apaisante. Un plafonnier était suspendu au plafond diffusant une lumière douce qui faisait miroiter le plan de travail en marbre. L’air était chargé d'odeurs familières : légumes, oignons et viande en train de cuire.

Emily se tenait devant le plan de travail. Elle posa une planche à découper, puis se mit à émincer les oignons avec précision, elle fit ensuite la même chose avec les légumes et la viande. Elle ouvrit le placard du bas, sortit une poêle et la posa sur le feu. Emily déposa le couteau, puis versa les ingrédients dans la poêle d’un geste fluide avant d’ajouter une pincée d’herbes de Provence.

La spatule raclait doucement le métal froid du récipient, tandis qu’Emily mélangeait les ingrédients avec une précision implacable. Je m’adossai contre l’encadrement de la porte, les bras croisés. Je l'observais en silence. Un léger sourire se dessinait sur mes lèvres.

— Est-ce qu'on t’a déjà dit que tu étais sexy comme androïde domestique ?

— Dans quel contexte ? Demanda-t-elle en posant la spatule dans la poêle avant de se retournait vers moi, en inclinant légèrement la tête.

— Celui où tu t'exerces à la cuisine.

Elle esquissa un sourire discret en signe de réponse.

— Statistiquement parlant, la majorité des humains n'associent pas la préparation d’un repas à celle de l'attractivité.

— Alors ça doit être une anomalie… Qui doit se dégager de chez toi.

Ses yeux verts s’accrochèrent aux miens. Je m’avançai vers elle et posais mes mains autour de ses hanches. Je la plaquai contre le plan de travail avant de l'embrasser. Emily ne put s'empêcher d'émettre plusieurs cris d’orgasme.

— Christopher. Murmura-t-elle doucement.

— Hmm ?

— Ta fréquence cardiaque augmente, quand tu me regardes.

— Ouais… Ça doit être les oignons qui font effet sur moi.

Je commençais à déboutonner ma chemise bleu à rayures ainsi que mon pantalon noir. Quand soudain, un choc sourd résonna du côté de l’entrée du manoir.

Emily se figea devant moi. Son regard quitta le mien.

— Christopher…C’était quoi ce bruit ?

Je reboutonnai ma chemise et mon pantalon en vitesse. Ma main droite glissa vers mon holster et je dégainai mon révolver de calibre 9 mm. Je me plaçai à côté d’elle en lui disant.

— Ils arrivent. Va rejoindre Owen dans son bureau ! Maintenant !

Elle hésita un instant et prit la parole.

— Qui ça ils ? Et pour Anaïs ?

—Je m’en occupe. Reste pas là.

Emily hocha la tête. Elle se dirigea vers l’entrée de la cuisine, puis se retourna une dernière fois, en me fixant droit dans les yeux.

— Fais attention, à toi, Chris.

Je vis Emily disparaître dans le couloir.

Je quittai la cuisine à mon tour, revolver toujours en main et je m’engageais dans le couloir. Il était long et étroit, tapissé de boiseries sombres fendillées par les années. Un tapis à motif de losange étouffait mes pas. Des appliques murales diffusaient une lumière jaunâtre qui projetait des ombres mouvantes sur les murs.

Deux silhouettes surgirent de l’autre bout du couloir.

— Christopher, sale traître ! Cracha l’un des deux. Tu vas mourir comme un chien !

Je les reconnus aussitôt. C’était Richard et Vormont.

— Jette ton arme, putain ! Hurla Vormont. Fais-la glisser vers moi ! Puis, mets-toi à genoux !

Je m’exécutai. Je laissai tomber mon revolver sur le tapis puis, je me mis à genoux. Les mains derrière la tête. Richard s’empressa de récupérer mon arme.

— Vormont, attache-lui les mains ! Voilà qui est mieux non ?

Vormont s’approcha vers moi, un sourire nerveux.

— Oui… Approche, Vormont. Je t’attends. Répondis-je calmement en soutenant son regard.

Il plaqua le canon de son fusil contre ma tête. Je réagis brusquement, j’empoignai ses poignets et saisis le canon de son arme. Il tenta de résister et tira une rafale en l’air. Les balles éclatèrent les boiseries et les appliques murales. Le bois se fendit en deux, les morceaux de verre explosèrent en éclats.

Je redirigeai le canon vers Vormont et pressai sur la détente. La rafale lui arracha une partie de la gorge. Il mit ses mains autour de son cou, mais le sang jaillit entre ses doigts et éclaboussa le mur et le tapis.

Je me relevai d’un geste vif. Vormont s’effondra lourdement sur le dos, les yeux grands ouverts. Je saisis immédiatement le fusil tombé au sol et le lançai vers Richard. Il esquiva d’un pas de côté mais lâcha son arme. Il dégaina aussitôt son couteau de combat et fonça sur moi.

La lame m’entailla le côté gauche du visage. Une brûlure fulgurante me traversa la joue. Je ripostai en lui agrippant ses poignets et le poignarda à plusieurs reprises dans son gilet. Il perdit l’équilibre et s’effondra sur le sol.

Je lâchai le couteau, et me saisis de son fusil. Je lui assénai un violent coup de crosse à la tête. Richard ne bougea plus. Je le fouillai rapidement et récupérai mon revolver. Puis je fis la même chose avec Vormont. Dans l’une de ses poches, je trouvai de la corde. Je retournai voir Richard et lui attachai solidement les mains.

Le couloir était désormais plongé dans le silence, qui fut troublé par les crépitements lointains, des appliques endommagées par les impacts de balles.

Je levai les yeux vers le grand escalier qui était situé au bout du couloir. Sans perdre un instant, je me dirigeai vers l’étage.

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