30. Le clocher
J'ai sept ans et je t'attends devant le portail bleu-gris de l'école Jacques Prévert. Quelqu'un l'a repeint entre mon année de CP et celle de CE1. Il est presque midi, mais pas encore tout à fait. Maîtresse a de l'avance. Nous sommes trois élèves à trépigner. De faim ou d'excitation, c'est selon. Marion, en CP avec moi, et Angélique, en CE2, se mettent à sourire en apercevant leur mère qui approche. Celle de Marion a des boucles blondes qui retombent en cascade sur ses épaules ; elle me fait penser à un soleil avec des jambes, avec son grand sourire et son ventre rond. Celle d'Angélique tient un bébé joufflu, pieds nus, calé contre sa hanche, et c'est toujours ainsi que je la vois, chaque midi, depuis la Petite Section.
Les filles s'éloignent avec leur maman, leurs pas résonnent sur le pavé blanc. Et moi, je reste là. Je t'attends. Je lève les yeux vers les pigeons installés dans le clocher de l'église, guettant les coups pour pouvoir les compter. Enfin, elle sonne. Un gong qui fait s'envoler les oiseaux dans un grand froissement d'ailes. Ils tournent un instant dans le ciel limpide avant de revenir se poser, puis s'élancent de nouveau, dérangés par chaque coup. Ils recommencent, encore et encore, sans se lasser de la cloche qui hurle. Ils savent qu'elle finira par s'arrêter. Par se taire.
Je t'attends, Maman. Et tu ne viens toujours pas.

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