41. Les mails

5 minutes de lecture

De : domainedesgravieres@gmail.com

Date : dim. 13 août 2023 à 20:32

Objet : Re : Décalage retour

A : emilenonancourt33@gmail.com

Bonjour Emile,

Merci pour ton mail, et d'avoir pris le temps de nous raconter. Je suis heureux de lire qu'Hélène va mieux. Comme tu le sais, elle ne souhaite pas garder contact avec nous en ce moment, décision que nous respectons malgré toute la peine que ça nous inflige.

Tu me demandes si tu peux rester un ou deux jours de plus. Bien sûr, rassure-toi, les vendanges ne commencent pas avant mercredi.

Il y a tout de même quelque chose que je voudrais éclaircir avec toi. J'aurais préféré le faire par téléphone, mais n'ayant pas pu te joindre, je le fais par écrit.

Ta mère a fini par me confier pourquoi tu étais parti si soudainement de la maison il y a quelques mois. Et même si je comprends les raisons de votre silence à tous les deux, j'aurais aimé que l'un d'entre vous m'alerte de la situation autour de ma propre fille. Sache en tout cas que j'ai bien été mis au courant de ce qu'Hélène avait raconté à sa maîtresse l'année de son CP. Comme ta mère, j'ai pensé qu'il s'agissait d'une blague - mal placée certes. Mais c'est ce que ta sœur clamait haut et fort, et elle refusait bien sûr d'en parler avec moi. J'en avais par la suite parlé à Ronan qui, yeux dans les yeux, m'avait affirmé que, ça ne s'était jamais passé. Cette histoire est restée lettre morte, et nous l'avions presque oubliée jusqu'à ta discussion avec ta mère.

Prends le temps de faire parler ta sœur si tu en ressens le besoin, mais rappelle-toi qu'il faut faire attention avec ce genre d'histoires. Ne fais pas dire à Hélène des choses qui ne se sont pas passées. Laisse-la te raconter ce qu'elle doit te raconter, tu comprends ?

Ronan est passé hier récupérer quelques affaires dans la dépendance, mais je n'ai pas pu discuter très longtemps avec lui. Je crois qu'il est à Paris en ce moment. Mais comme toujours avec lui, tout est très flou.

Et puis, il y a un dernier point que je voudrais éclaircir. La dépendance n'a jamais été la "maison de Ronan". Je sais que vous l'appelez comme ça depuis toujours, mais ta mère et moi l'avons rachetée à ton grand-père en même temps que la maison. A l'origine pour en faire un gîte, ou quelque chose dans ce goût-là. Ton oncle y passait déjà beaucoup de temps, souvent de mai à septembre, période pendant laquelle il m'aidait au domaine. Lorsqu'il a rompu avec la mère d'Eva, il a rallongé ses séjours. A l'origine, c'était toujours pour du dépannage. Il retapait deux trois trucs, pour dire que. Il avait toujours une bonne excuse pour rester quelques jours de plus. Je sais que tout cela dure depuis trop longtemps. Je finirai bien par avoir cette discussion avec lui.

Embrasse ta sœur pour moi.

Papa.

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De : emilenonancourt33@gmail.com

Date : lun. 14 août à 01:17

Objet : Re : Re : Décalage retour

A : domainedesgravieres@gmail.com

Bonjour Papa,

Merci pour ton mail. Plusieurs choses à te dire.

La première : ce qu'a raconté Hélène à sa maîtresse quand elle avait six ans est très certainement la vérité. Tout a commencé là. Vous ne vous êtes peut-être pas rendus compte, mais moi j'étais là pour voir, même si j'étais petit. Des souvenirs sont revenus, des souvenirs que je ne pense vraiment pas avoir inventés. Des souvenirs pas normaux, Papa, dont je te parlerai en vrai, et pas par e-mail. Hélène ne m'a rien confié de tangible pour l'instant, mais ça suinte de partout. Ronan est coupable de quelque chose. Et je crois que pour aider Hélène, il faut commencer par la croire. Croire la petite fille de six ans.

Émile

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De : domainedesgravieres@gmail.com

Date : mar. 15 août 2023 à 07:24

Objet : Re : Re : Re : Décalage retour

À : emilenonancourt33@gmail.com

Bonjour Émile,

Merci pour ta réponse. Je me permets de te transférer le mail de ton oncle reçu tôt ce matin. On en parlera à ton retour tout à l'heure. Tiens-moi au courant de ton heure d'arrivée, je viendrai te chercher.

Papa.

---------- Message transféré ---------
De : nonancourt.ronan@gmail.com
Date : mar. 15 août 2023 à 04:46
Objet : TR: Hélène
À : domainedesgravieres@gmail.com

Bonjour à tous,

Je découvre les échanges de ces derniers jours avec beaucoup de stupeur et, je l’avoue, une profonde tristesse. Je comprends l’inquiétude autour d’Hélène, surtout dans l’état de fragilité où elle se trouve actuellement, mais je crois sincèrement qu’il faut faire attention avant de tirer certaines conclusions.

Je ne vais pas revenir sur cette histoire de CP dont j’ignorais honnêtement qu’elle avait pris une telle ampleur avec le temps. À l’époque déjà, Hélène avait expliqué qu’il s’agissait d’une blague, ou d’une histoire inventée, et personne n’était revenu là-dessus pendant des années.

J’ai toujours eu beaucoup d’affection pour Hélène. J’ai eu tendance à la gâter autant qu'Eva, à lui accorder beaucoup d’attention lorsqu’elle venait à la dépendance ou passait du temps avec moi au domaine. Je crois qu’elle appréciait cette place particulière, ce tête-à-tête qu’elle n’avait pas forcément chez elle.

Je me demande aujourd’hui si certaines choses n’ont pas fini par se mélanger avec le temps. Les souvenirs d’enfance sont parfois étranges, surtout lorsqu’ils ressurgissent dans des périodes aussi difficiles que celles qu’elle traverse actuellement. Son accident, les traitements, la fatigue, la rééducation… tout cela doit être extrêmement éprouvant pour elle.

Et malgré tout, je tiens à dire une chose très clairement : je n’en veux absolument pas à Hélène. Si elle souffre, alors j’espère sincèrement qu’elle pourra mettre des mots sur cette souffrance et être entourée comme elle en a besoin. Mais je refuse aussi qu’on transforme en certitudes des choses qui relèvent aujourd’hui du soupçon ou de l’interprétation.

Je comprends qu’Émile cherche des réponses et qu'il veuille protéger sa sœur. Mais qu'il fasse attention à ne pas orienter malgré lui certains souvenirs ou certaines paroles. Hélène a besoin d’espace, de calme, et sans doute de temps.

Si certains d’entre vous souhaitent me poser des questions directement, j’y répondrai sans problème.

Concernant la dépendance, je suis sincèrement surpris de découvrir aujourd’hui qu’elle ait pu être perçue comme “la maison de Ronan”, presque au sens d’une appropriation. Tu sais aussi bien que moi que je n’ai jamais prétendu qu’elle m’appartenait.

Mais j’y ai passé une grande partie de ma vie adulte. J’y ai travaillé, aidé au domaine, gardé les enfants, entretenu certaines choses quand c’était nécessaire, souvent avec plaisir d’ailleurs. Jamais personne ne m’a fait sentir que je n’y avais pas ma place, bien au contraire.

Avec le temps, cet endroit est devenu une forme de repère pour moi. Peut-être est-ce une erreur de ma part de l’avoir vécu aussi simplement.

Ronan.

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