Chapitre 1 - 4

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Elles se tinrent silencieuses dans une étreinte réconfortante. Les mises en gardes de Noa occupaient l’esprit de la vampire, troublées par les promesses du recruteur et la mémoire persistante de ses crocs dans la chair. Ici, vous pouvez être tellement plus. Elle n’y aurait pas cru si elle n’avait pas eu la sensation, le temps de quelques battements de cœur, d’avoir transgressé ce qu’elle s’était toujours permis d’être.

- Tu veux regarder un film ? l’interrompit sa compagne.

Solène fixa son regard teinté d’une ombre presqu’entièrement camouflée. Elle s’accrocha à la proposition, répondant d’un « mmh ? » intéressé.

- Qu’est-ce que tu aimerais ? poursuivit-elle en replaçant délicatement une mèche qui masquait l’œil de sa protégée.

Les doigts effleurèrent amoureusement la tempe de la jeune femme qui réfléchit à la proposition.

- La métamorphose : mise à jour, prononça-t-elle avec un sourire en coin.

Noa grimaça.

- Je suis peut-être trop laxiste avec toi…

Solène soutint son regard.

- … Mais puisque c’est ce que tu veux, je te l’accorde pour cette fois. J’aurai tout le loisir de te reconfigurer à mon goût… plus tard.

Un frisson remonta jusqu’à la nuque de l’intéressée ; la mise en garde joueuse empruntait l’intensité de leur dispute, pour un résultat sciemment réaliste... et excitant. Consciente de son effet, la prédatrice fit mine d’ignorer la réaction de son amante en installant le film, et Solène la soupçonna de s’amuser du tressaillement qui lui avait échappé. Malgré elle, la prétendue indifférence de la jeune femme l’enfonça plus encore dans le fantasme où, rendue impuissante, elle devenait son jouet, sa possession à modeler selon ses désirs. Elle se blottit un peu plus fort contre elle.

La jeune femme lui faisait confiance et lui aurait confié sa vie. Elle finirait par comprendre l’attrait brutal qu’elle avait ressenti pour l’univers nébuleux du colisée. Elle finirait par le désirer elle aussi.

Comme si elle avait pu lire dans ses pensées Noa agrippa sa taille d’une main, les ongles légèrement plantés dans sa peau, possessive. Le geste nonchalant arracha un soupir à Solène, tandis que devant elles le film démarrait sur le petit écran. L’histoire se mit en place sous l’œil plus ou moins intéressé du couple.

Alors que l’écran projetait les images d’une femme obligée de démonter à mains nues, les doigts tremblants, les rouages d’une machine intégrée à ses muscles, Solène vit poindre en elle l’écho de son dernier fantasme. Le sang qui se déversait le long des bras de l’héroïne s’amalgamait en figures abstraites sur le sol. Elle se revit humer de parfum luxurieux de la bourgeoise, imaginer la richesse de ses entrailles et le goût de son impuissance. Les halètements désespérés qui s’échappaient du poste, rythmèrent bientôt un mouvement léger de ses hanches. La main qui enserrait sa taille se resserra un peu plus en récompense, faisant émerger une délicieuse douleur.

Solène ne réagit pas tout de suite, savourant la collision de ces imaginaires, elle laissa la fièvre grimper en elle. Le souvenir de ses bras s’arrachant au champ de force et la puissance dérivée de cette démonstration, le frisson infime qui avait ébranlé le regard de la femme à la vue de ses crocs, la cruauté vulgaire des images qui éclairaient la pièce et le sourire prédateur et glaçant de sa partenaire, tout cela elle voulait l’expier par le plaisir immense et coupable de ses sens.

En se redressant un peu, les membres parcourus d’électricité, Solène chercha le cou de son amante du bout des lèvres. La sensation glacée de sa peau, coulée dans l’encre de ses cheveux, provoqua en elle une attente insoutenable. Incapable d’y faire face la vampire entrouvrit la bouche, adorant en baisers et morsures délicates la surface exquise.

Noa lui accorda un moment pour explorer avec passion le creux de sa gorge, assurée malgré l’insistance fiévreuse des canines contre sa peau. Puis elle y mit fin en l’étranglant d’une main, forçant Solène à aligner ses yeux avec les siens. Cette dernière y perçut un mélange d’amusement et de desseins obscurs. La pression s’accentua avec l’intention manifeste de la mettre en difficulté et la proie se força tant bien que mal à ne pas détourner les yeux.

- Tu veux vraiment mourir…

Solène poussa un gémissement piégé entre la complainte et l’excitation.

- Oui… souffla-t-elle, soutirant un sourire cruel à sa compagne.

La pression se relâcha sur son cou, une diversion bienvenue tandis que l’autre main de Noa glissait sous son haut, explorait sa peau et la courbe de ses seins avec une gourmandise assumée. Les doigts avides frôlèrent le relief de relief de son soutien-gorge, s’attardant sur la sensation plaisante de ses tétons durcis à travers l’habit. Solène ne dissimula pas son exaspération de ne pas sentir la peau de sa partenaire directement contre la sienne. La douce torture continua projetant des – trop – petits frissons de plaisir directement dans sa poitrine, elle arqua son dos, se pressant un peu plus avec intention contre la main.

- Ma petite proie espère-t-elle ma clémence ? grinça doucereusement Noa.

Les yeux de Solène s’élargirent, plaidant avec soumission pour sa cause.

- S’il te plait…

- Non.

La vampire grogna de frustration.

La main qui était précédemment sur sa gorge escalada sa peau et deux doigts se pressèrent contre ses lèvres, enflammant les pommettes de la femme qui détourna les yeux. Ils jouèrent affamés avec les contours de la bouche entrouverte, explorant leur possession et dévoilant parfois les canines pointues de la proie. Puis ils échouèrent satisfaits sur la lèvre du bas. Noa attendit patiemment que son jouet prenne l’initiative de chercher d’elle-même son regard.

Solène rassembla son courage pour trouver les yeux de la prédatrice, elle comprit avec une évidence implacable ce qui était attendu d’elle et ouvrit la bouche, soumise. Elle obtint un « bien » prononcé avec douceur, alors que la sensation de vide terrible qui emplissait son palais, l’attente ponctuée du plaisir étouffé de ses seins, devenait insoutenable. Les doigts sadiques écrasèrent un peu plus sa lèvre inférieure.

- Range tes crocs. Convaincs-moi.

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