Chapitre 3

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La jeune femme attendait tremblante devant la porte ouverte, son expression trahissant quelque chose d’incertain. Elle était arrivée à l’heure indiquée et avait pour cela dû traverser la ville sous les rayons dévorants du soleil ; il n’y avait pas moyen qu’elle se sente en pleine possession de ses capacités.

- Entre, je t’en prie, l’invita Solène.

La vampire obéit, visiblement soulagée de pouvoir se réfugier à l’intérieur. Elle entra puis l’hôtesse l’incita à la suivre dans le salon. Elles y retrouvèrent Noa, timide à son tour – ce qu’elle dissimulait bien pour qui n’était pas Solène – fascinée, anxieuse.

- Je t'en prie, installe-toi, euh...

- Meline... Mel, si vous préférez.

- Mel.

La jeune femme prit place d’un pas incertain ; elle était pâle – maladive, même pour une vampire – et semblait avoir du mal à focaliser son attention. Elle s’installa les jambes tremblantes, des mots se pressaient à ses lèvres, mais elle se retint. Solène voulut la mettre à l’aise :

- Sacré soleil, hein ?

- Ah ? Oui... P-pardon, je...

Noa ne disait rien, ce qui perturbait sa copine, mais le moment était mal choisi pour le questionner. C’était une rencontre importante, et elle ne pouvait qu’imaginer les pensées qui se pressaient dans la tête de la vampire.

- Tu as besoin de quelque chose ? Un truc à manger ? S'enquit Solène.

- O- oui... s’il vous plaît. Juste... J’ai juste besoin de toucher l’une d’entre vous, s’il vous plait, ça ne sera pas long.

L’hôtesse jeta un regard perplexe à Noa qui le lui retourna, puis elle acquiesça, se refusant à laisser l’invitée dans le désarroi. Elle tendit une main vers la femme dont l’anxiété mua pour laisser place dans ses yeux à une lueur sauvage. Solène la reconnut aussitôt, elle était immanquable pour une créature comme elle. La faim. D’instinct elle recula ses doigts, mais le geignement que poussa la fille la fit hésiter.

Meline l’implora des yeux alors qu’elle fondait à terre pour se rapprocher autant que possible du bras encore suspendu entre elles. Elle n’osa pas lui prendre mais se fendit d’un dernier “s’il vous plait” auquel Solène succomba.

Lentement, elle offrit de nouveau sa main, et la vampire s’en empara aussi délicatement qu’elle put malgré l’effort évident que lui demandait une telle retenue. Dès que leurs peaux entrèrent en contact, Solène sentit un fourmillement léger lui parcourir le bras. Une sensation inconnue la bouscula alors, celle d’être consumée - physiquement - d’être le repas d’une prédatrice. 

Mais la prédatrice en question poussait des petits aah de satisfaction et paraissait aussi éloignée que possible de toute menace potentielle. Malgré son visage qui reprenait des couleurs, la jeune femme paraissait minuscule, recroquevillée contre la main, agenouillée au sol. Solène n’aurait eu aucun mal à se défaire d’elle si elle l’avait souhaité. Elle ne pouvait s’y résoudre ; il aurait été trop cruel de lui ôter la main dont elle semblait tirer la fraction d’énergie qu’elle possédait.

Lorsqu’elle eut récupéré assez de sa force, Meline reprit sa place avec plus d’aisance qu’alors et s’excusa auprès de celle qui lui avait accordé son aide :

- Désolée, merci, je... j’étais à bout de forces. Je me suis mal organisée, désolée...

- Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Tu vas mieux ? Intervint Noa.

- Oui, merci. C’est... ce dont je dois vous parler aujourd’hui, j’imagine. Tu es Noa, celle avec qui j’ai discuté ?

Elle avait repris un peu de contenance.

- C’est ça, et c’est Solène qui t’a prêté sa main.

- Oh. Merci.

- Pas de souci, la rassura la femme que la sensation étrange commençait à quitter.

Si elle était entièrement honnête, Solène n’avait vraiment pas apprécié la sensation de se sentir vidée de quelque chose. Elle n’aurait pas pu le refuser à la vampire qui affichait un air pitoyable – elle n’était pas un monstre – mais le sentiment de se sentir dépossédée par une fille si menue, si frêle avait un goût amer. Ou bien était-ce simplement l’inquiétude de voir celle qui devait rassurer sa partenaire se montrer si pathétique et vulnérable devant des inconnues ?

- Est-ce que tu peux nous expliquer un peu ce qu’il t’est arrivé ? Questionna Noa.

- Avec plaisir. Pour commencer, est-ce que vous savez plus ou moins comment fonctionne la bio-alimentation ?

Solène avait étudié le sujet. Elle résuma en quelques mots la façon dont la technologie des mods parvenait à dévier - amplifier - l’entropie dégagée par le corps en une impulsion chimique, puis mécanique. Meline hocha la tête.

- C’est précisément pour ça que ça ne fonctionne pas pour nous, puisqu’on se nourrit déjà de cette énergie, c’est pour ça qu’on a besoin de sang et qu’il ne sert à rien d’en boire entre nous. 

La femme sourit dévoilant son absence de crocs. Noa ne perdait pas une miette de l’explication et semblait en tirer déjà ses conclusions.

- On se nourrit de ça. On est à la fois le pire cauchemar des gens, et paradoxalement dépendantes de leur don... philosopha-t-elle pensive. Le prototype que je porte, ne fait pas grand-chose de neuf, je pense que vous avez compris. C’est un système ingénieux qui détourne en partie l’énergie que je reçois pour alimenter le mod que je porte. Vu la portée de celui-ci, son action sur tout le corps, je ne peux malheureusement pas tout fournir moi-même...

- Ou tu meurs de faim, percuta Solène.

- Ou je meurs de faim.

Elle marqua une pause grave, puis essaya de les rassurer :

- Mais c’est très peu probable, il faudrait que je puise longtemps en moi-même, et surtout je peux me nourrir autrement... elle jeta un regard mi-amusé à la vampire qui lui avait prêté son énergie un peu plus tôt.

Cette dernière grinça intérieurement, peu rassurée. 

- Grâce à ça et à la personne que tu as rencontrée, poursuivit-elle en s’adressant à Noa, j’ai pu obtenir le corps dont je rêvais, et je n’ai jamais regretté. Et puis c’est drôle ; avec le temps tu verras que chaque personne a un peu sa signature, expliqua-t-elle enjouée à Noa. Solène a un goût très doux...

- Ça je sais, plaisanta la femme qui l’avait marquée de ses crocs. Tu veux connaître le mien ? Proposa-t-elle.

Sa partenaire se retint d’intervenir. Était-elle la seule à percevoir le danger que représentait un tel choix ? Elle n’attendait pas de Meline qu’elle fasse preuve de discernement, la pauvre fille avait déjà vendu son âme au diable, mais Noa l’inquiétait plus. La femme forte, indomptable, qu’elle connaissait pouvait-elle vraiment envisager de troquer ses crocs pour une dépendance aussi singulière et malsaine ?

- Avec plaisir !

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