Chapitre 3 - 2
Elle réfléchit une seconde :
- Est-ce que je peux te montrer ce que ça me fait ?
Noa acquiesça, exaltée. La jeune femme enleva alors ses habits, révélant les filaments fins qui rejoignaient son bas ventre. Les saillies sous sa peau se projetaient le long de son corps superbe. Lorsqu’elle fut en sous-vêtements, Solène put l’observer dans toute sa splendeur. La vampire était belle, féminine, le mécanisme symbiotique sous sa peau remontait de son bassin jusqu’à ses seins généreux, s’éparpillait depuis son torse à ses membres supérieurs comme une arborescence délicate. Sans qu’elle le veuille, Solène sentit de la jalousie poindre en elle, et le sentiment l’énerva plus encore.
Meline, semblait avoir gagné en confiance à mesure qu’elle se dénudait. Ou bien il s’agissait de l’action conjointe des deux spectatrices dont l’attirance était palpable... Elle s’approcha gracieusement de Noa sous le regard ardent – farouche – de sa conjointe. Cette dernière fut éclipsée par le spectacle profondément séducteur le l’interdit bravé, marqué dans son corps – et de façon si belle, si élégante.
La vampire atteint sa proie à pas feutrés. Elle se fit disponible pour elle, offrant son corps – le fantasme d’un futur où Noa se réappropriait le sien – à sa curiosité. D’une voix douce, calculée, elle l’invita.
- Tu peux toucher, quand tu te sens prête.
Solène fulminait, de n’être pas conviée, de n’être pas elle, de refuser en bloc le prix à payer pour s’offrir ce rêve si doux. Réduite à observer en silence ce moment si intime qu’elle savait trop précieux pour oser le briser... Elle se retint pour Noa, excitée en partie par son impuissance et par les craintes qui rugissaient en elle. N’avait-elle pas envie elle aussi de s’offrir à cette sensation, de connaître sa faim rassasiée ?
N’avait-elle pas rêvé quelques jours plus tôt de planter ses crocs dans la chair, de satisfaire ce désir primal d’arracher ce qui était son dû ?
Noa, transportée, porta d’abord une main soucieuse de ne pas l’abimer à la peau de Meline. Avec un frisson perceptible, elle ressentit la sensation étrange qui avait parcouru sa copine peu de temps auparavant. Elle ne se retira pas, comme hypnotisée par l’épiderme angélique, ses doigts parcoururent les marques qui zébraient son ventre.
- Hmmm. Tu es délicieuse aussi, roucoula la prédatrice.
Son repas lui échangea un regard captivé. Gourmande, elle approcha une deuxième main tremblante de son corps, du bout des doigts puis avec ses paumes délicates - et avec une révérence extrême - ses mouvements coulèrent le long des formes divines de la tentatrice.
Solène, crispée malgré elle, défaite malgré elle, regarda la créature innocente ravir son aimée sous ses yeux. Le serpent tatoué sur son épine dorsale semblait vivant, prêt à les engloutir dans leur propre désir d’un instant à l’autre. Elle se tint sage, sans ordre, elle n’était pas de ce jeu. Et voir si proche, si loin d’elle et de sa frustration, le bal de ces passions la renversa. Le désir pointa en elle de mordre, de s’offrir, d’être transformée par l’expérience.
Meline qui s’échouait en soupirs contre les mains de Noa, resplendissait chaque seconde un peu plus ; elle se reflétait dans le visage accompli, aux paupières lourdes, de la vampire dont le souffle était devenu une exhalation audible. Elle chercha son poignet de la main et l’attira un peu plus pressement contre elle, comme s’il lui manquait sa peau, ses ongles, dans la sienne.
Solène retint des sentiments trop insistants, trop tabous. Sa place était aux pieds de Noa, non pas ailleurs, oubliée, réduite à être le jouet d’un pantin. La facilité avec laquelle Meline s’était introduite sous la carapace de sa partenaire la troublait, l’échauffait ; pouvait-elle elle aussi subir ce doux supplice ? Mais elle ne le voulait pas des mains de la femme. Elle s’opposait à son choix, au danger encouru si Noa décidait de suivre sa voie. Qu’adviendrait-il d’elles ? Une vie à quémander l’énergie des autres était-elle enviable, ou seulement envisageable ?
- Stop ! Ça suffit, interrompit-elle, s’arrachant au fantasme qu’elle avait laissé s’installer.
Les deux vampires s’exécutèrent immédiatement, l’air contrit.
- Pardon ! C’est de ma faute, s’excusa piètrement Meline.
Noa la rassura alors qu’elle regagnait sa place ; pas ses habits. Sur son visage se lisait un mélange de désir, de frustration d’avoir été empêchée et de sérieux. Elle semblait juste prendre conscience de la pleine mesure de la situation. Regagnant contenance, elle demanda :
- Ce euh... besoin, tu as besoin de combien d’énergie exactement ?
- Ça dépend de ce que je dépense, et de ce que je reçois, mais en général je peux tenir un ou deux jours si je remplis bien mes batteries, avoua la fille gênée.
- Hm.
Solène flaira l'opportunité de faire entendre un peu de raison dans la discussion. Elle ne laisserait pas l’inconnue entrainer Noa vers le fond. Elle ne ploierait pas devant sa candeur absurde.
- Est-ce que tu peux au moins fonctionner normalement ? Tu as des gens que tu vois régulièrement ?
- Beaucoup de choses ont dû changer dans ma vie... Je ne les regrette pas, mais oui on peut dire que je ne fonctionne pas tout à fait normalement. Et pour les gens que je vois, je ne me pose pas vraiment la question... la personne qui m’a opérée m’a trouvé du travail où je suis souvent au contact des gens...
Un tableau dégradant commençait à se former dans l’esprit de son adversaire. Rassemblant les éléments qu’elle possédait, elle porta le coup fatal avec satisfaction :
- ...Tu te prostitues ? Se fendit-t-elle.
- Solène !
- Bon sang mais tu ne veux pas le savoir toi ?!
- A quoi tu joues ? Siffla Noa.
La colère avait filtré dans son ton mais sa compagne ne se laissa pas démonter. Elle ne la laisserait pas prendre une décision aussi stupide sans prendre en compte tous les aspects, même ceux qu’elle refusait de voir. La vampire darda son regard sur l’invitée qui tentait de se faire oublier, rendant très clair le fait qu’elle attendait une réponse.
- Ça va, je peux répondre, soutint celle-ci avec toute l’assurance qu’elle pouvait rassembler. Oui, j’imagine qu’on peut dire ça, même si je ne le vois pas de cette façon...
Un ricanement cruel échappa à Solène.
- J’ai besoin de ce contact physique, mais plus que tout j’ai besoin de ce corps. J’ai beaucoup réfléchi avant de prendre ma décision et je ne la regrette pas. Quant au travail... c’est aussi juste un travail, mais je suis heureuse de l’accomplir pour celle qui m’a sortie de mon enfer il y a quelques années.
- J’y crois pas.
- Mais qu’est-ce que tu cherches à faire à la fin ? Gronda Noa.
- Parce que tu veux, toi, finir comme elle à quémander des rapports comme une petite chienne incapable de se contrôler ? Explosa sa compagne. Tu te vois te trainer au sol pour que moi, ou n’importe qui d’autre d’ailleurs, te tende une main ? Et te féliciter après de savoir apprécier leur goût ?
- Arrête.
- Je ne peux pas t’imaginer comme ça, je ne te laisserai pas devenir aussi pitoyable. Je... elle prit conscience de ses mots. Je chercherai avec toi d’autres moyens s’il le faut, t- tu ne peux pas me dire que j’ai tort...
- Ferme là.

Annotations
Versions