Chapitre 3 - 4

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Lorsque la vampire ouvrit les yeux, la nuit était déjà tombée. Son aimée avait veillé sur elle et accueillit son air confus d’une caresse tendre.

- ...Meline ? Coassa Solène.

- Elle est partie il y a à peu près une heure, comprit Noa. Elle m’a demandé de te remercier pour ce que tu as fait. Tu lui as plu je crois, confia-t-elle ensuite.

- Ah oui ? Mais...

- Moi aussi je suis fière de toi. Je sais que tu veux me protéger, je ne veux pas que tout ça t’entraine des ennuis.

- Hm.

Les souvenirs revenaient à la jeune femme qui émergeait. Elle avait l’impression d’avoir été vidée de toutes ses forces et de n’en avoir récupéré qu’une partie. Elle profita de sa position pour se blottir un peu plus contre sa copine.

- Et toi alors, tu as appris ce que tu voulais savoir ? S'enquit-elle.

- Plus ou moins. J’ai... peur, je crois. Mais la voir m’a aussi rassurée, elle est forte, et je pense que je peux l’être aussi.

- Tu vas le faire alors...

- Oui. 

- ...D’accord. 

Puis :

- Je t’aime.

- Moi aussi petite proie, je t’aime.

*

La jeune femme attendait tremblante devant la porte ouverte, son expression trahissant quelque chose d’incertain. Elle était arrivée à l’heure indiquée et avait pour cela dû traverser la ville sous les rayons dévorants du soleil. 

Elle avait l’impression qu’une éternité s’était déroulée depuis sa première visite. Ses récentes expériences l’avaient confortée dans l’idée qu’elle devait explorer le monde qui s’ouvrait à elle, mais cela ne rendait pas la tâche plus simple. Dans le confort relatif de son salon, elle pouvait se découvrir ; face aux exigences inconnues de son futur employeur elle ne pouvait en être sûre. Après une grande inspiration, elle rangea son ombrelle et pénétra dans le bâtiment imposant.

Ainsi, presque une semaine après son entretien, Solène était de retour à l’accueil du Colisée sous le même regard désabusé de la secrétaire qui l’avait accueillie la première fois. Ses cheveux blond platine étaient relevés, mettant en valeur le collier fixé à sa peau dont la structure décorée de chainettes couleur or remontait derrière ses oreilles. Les dorures de son chemisier complimentaient la sophistication des bijoux, tombaient en cascades opulentes sur son décolleté.

Solène, elle, avait sélectionné une combinaison sobre de chemise bleue habillée d’un pull uni sombre. Puis avait complété la tenue d’un pantalon droit et élégant - un de ses plus beaux – et avait même opté pour des bottines dont elle abhorrait d’habitude le manque de confort et de mobilité. Elle était plus que décente. Malgré tout, lorsque la secrétaire posa ses yeux sur elle, elle aurait tout aussi bien pu être recouverte de haillons.

Ce n’est pas elle que tu dois impressionner, se rassura la jeune femme.

Après un temps qui lui parut interminable, l’employée la congédia. La vampire ne s’attarda pas et s’échappa vite vers les fauteuils qui lui étaient indiqués dans le hall. Elle n'aurait pas le privilège d’explorer seule le domaine cette fois.

L’équipe de soutien... rêvassa-t-elle. Elle ne savait pas à quoi s’attendre ; le contact serait-il aussi froid qu’avec les autres employés ? Le personnel serait-il formé, comme l’avait annoncé son recruteur, à l’accueil spécifique des vampires ? Ou bien était-ce la simple couverture d’une machine immense qui n’avait que faire de la façon dont elle serait dévorée ?

Pourrait-elle toucher du doigt le fantasme d’équiper des mods - même temporaires ?

Solène patienta, les réponses viendraient bien assez tôt.

Un homme à peine plus âgé qu’elle la prit au mot et se présenta en tant que la personne qui se chargerait de la partie administrative avec elle. Il était beau, la peau de son visage sillonnée de circuits fastueux et sa voix chargée d’un souffle surnaturel semblait configurée pour être captivante. Cela fonctionnait.

La nouvelle recrue le suivit vers un ascenseur, d’abord, puis au travers d’un dédale clinique, similaire à celui qu’elle avait pu apercevoir lors de sa première visite. Ils s’installèrent enfin dans une pièce qui n’avait rien de distinctif si ce n’était le large écran qui habillait un des murs. 

De sa voix envoutante, le jeune homme demanda à Solène de bien vouloir patienter le temps qu’il cherche ce dont ils allaient avoir besoin. Elle se détendit, soulagée de voir qu’on ne l’asseyait pas de nouveau sur un fauteuil modifié pour la détenir. Aurait-elle résisté à l’ordre délicieux de l’homme si ça avait été le cas ? La vampire chassa la pensée.

La demi-heure qui suivit fut d’une banalité affligeante, mais elle conforta Solène sur le sérieux de la structure. Chose Ô combien inestimable, elle reçut même un contrat de travail stipulant la plage horaire sur laquelle elle pouvait être amenée à travailler, ainsi que son salaire, directement corrélé aux résultats de son binôme. Elle dissimula du mieux qu’elle put son enthousiasme à la vue de ce dernier, sa valeur minimale, celle qu’elle aurait au départ, étant déjà bien généreuse comparée à certains de ses précédents emplois. Assez pour la fin de l’année, et assez pour aider Noa.

Guidée par la science rassurante de l’employé, elle signa les documents qui actaient son intégration à l’entreprise et parvint sans accrocs au bout de l’entretien. Lorsque l’homme éteignit l’écran, il lui donna son contact – c'était à lui qu’elle devait se référer en cas de problème administratif – et lui indiqua qu’il était temps pour elle de rencontrer son équipe de soutien.

Solène se laissa emboiter le pas, légèrement galvanisée par l’expérience à venir. Les possibilités qu’elle avait imaginées semblaient absurdes à mesure que la réalité rattrapait son esprit. Elle suivit son supérieur qui la conduit vers une nouvelle portion du bâtiment. Ils arrivèrent dans un hall chaleureusement décoré - elle pouvait y accéder par ascenseur depuis l’accueil - et il l’y abandonna sur un des sièges, non loin d’une autre femme qui semblait attendre elle aussi qu’on vienne la chercher.

Solène reprit doucement ses esprits, libérée du joug de la voix charmeuse, et de l'exaltation du moment. Elle voulut observer discrètement la femme qui patientait avec elle mais fut devancée.

- Nouvelle ?

La femme l’observait à travers de grandes lunettes encadrées de lourdes boucles brunes. Son blush aux teintes violettes légères s’accordait au regard profond qui tranchait sa peau mate, une robe en laine moulante épousait ses formes, complimentant sa stature. Solène ne se laissa pas intimider par son apparence et profita de l’occasion de rencontrer peut-être une future collègue.

- Oui, c’est mon premier jour, répondit-elle enjouée.

La façade de son interlocutrice se défit.

- Moi aussi ! Souffla-t-elle avec soulagement. Pas trop stressée ?  Je m’appelle Annie, au fait.

- Solène. Ça va, je ne savais pas trop à quoi m’attendre après l’entretien de recrutement, mais la partie administrative m’a rassurée.

- Tu m’étonnes.

La jeune femme sourit et Solène perçut l’espace d’un battement de cils la forme provocante de deux canines pointues.

- Je ne vois pas tes mods ? Provoqua Annie peu innocente.

- Je n’en ai pas.

- Ah. Bonne chance dans l’arène.

La nouvelle recrue manqua de s’étouffer.

- Et toi alors ?

- Je n’en ai pas non plus, déclara-t-elle comme une évidence.

Solène ne put s’empêcher de pouffer. Elle voulut répliquer sur le même ton mais se ravisa, ne sachant pas à quoi pensait la femme. Et puis, cette dernière était déjà passé à autre chose, comme si le sujet ne méritait pas qu’on s’y attarde.

- Tu sais à qui tu as été assignée ?

- Non, avoua Solène.

- Hmm. Moi non plus. J’espère que ce ne seront pas des équipes qui préfèrent déshabiller les participantes que l’inverse, si tu vois ce que je veux dire.

La jeune femme chercha sur son visage si c’était une plaisanterie, mais Annie était sérieuse. La vampire n’était pas naïve au point de croire que sa présence était due à ses qualités. L’entendre de manière aussi crue en revanche... Tout était possible au Colisée après tout. Elle avait fait attention à lire les termes de son contrat mais le stress lui avait probablement fait louper des informations importantes. Elle ne s’en souvenait plus bien.

- Je rigole.

- ... Qu’est-ce que tu as entendu d’autre sur cet endroit ? Défléchit Solène.

- Oh, plein de choses, c’est un endroit intéressant. Mais je suppose que je devrai découvrir par moi-même ce qui est vrai ou non. J’espère juste ne pas passer un trop mauvais moment, gagner quelques sous...

- Pareil, mentit la jeune femme.

- ...et m’amuser un peu avec les filles comme toi.

Solène ne parvint pas à être sûre de l’intention qui se cachait derrière la provocation. Annie, malgré ses formules suggestives, ne se dévoilait pas beaucoup. Elle saurait la décrypter en son temps. Elle aussi était joueuse... et plutôt du genre à vouloir l’emporter.

Elle faillit renchérir mais fut interrompue par l’arrivée d’une employée qui venait chercher son interlocutrice. Annie se leva, professionnelle tout à coup, et la quitta sur la promesse qu’elles se reverraient bientôt. “J’ai hâte.” lui rendit la femme avec juste ce qu’il fallait d’arrogance. “Ha. Je t’aime bien, Solène.” reçut-elle avec un sourire suggestif. Puis les deux femmes s'éclipsèrent dans le labyrinthe de bureaux et laboratoires en tous genres.

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