Chapitre 6
Le champ magnétique du satellite de Marek apparut d'abord sur les instruments, une distorsion régulière qui faisait trembler légèrement les lectures de navigation, puis à travers le hublot comme une brume lumineuse, diffuse, presque imperceptible si on ne savait pas chercher. Le satellite lui-même était invisible depuis là. Pas d'albédo, pas de reflet, rien que le champ magnétique et derrière lui l'atmosphère qui avalait tout.
Ils naviguèrent en silence le long du champ.
— Entrée dans vingt secondes, annonça Fynn. Vitesse réduite.
L'Enthomos plongea dans l'atmosphère du satellite.
Le brouillard apparut sur les instruments avant d’apparaître par le hublot.
Une distorsion d’abord, les lectures de navigation qui oscillaient, les distances qui se recalibraient sans raison apparente. Fynn réduisit la vitesse et passa en guidage manuel sans qu’on lui demande. C’était son réflexe quand les instruments commençaient à mentir, pas les ignorer, les surveiller de plus près.
— On entre dans le champ magnétique, dit-il. Les communications longue portée tombent à partir de maintenant. Tout ce qu’on envoie reste dans le satellite.
Personne ne répondit. Tout le monde savait déjà.
Le brouillard orange apparut par le hublot quelques secondes plus tard, d’abord comme une teinte, une lumière qui changeait de nature sans qu’on puisse dire exactement à quel moment, puis comme une présence réelle, épaisse, qui avalait les contours à quelques mètres de la coque. L’Enthomos descendait dedans lentement, les propulseurs à puissance réduite, et le silence à bord semblait attendre.
Kael était debout derrière Fynn, les plans du laboratoire ouverts sur son terminal. Il les avait mémorisés depuis trois jours mais il les relisait quand même, le regard qui passait d’une section à l’autre, cherchant quelque chose qu’il aurait raté.
— Entrée de service, flanc est, dit-il. On a trente mètres entre le point de pose et la porte. Le couloir principal mène directement au niveau deux. La salle de Léopold est au fond à droite du couloir central.
— Distance depuis l’entrée, dit Djoké.
— Soixante mètres environ. Deux croisements.
Djoké hocha la tête. Il vérifia ses tonfas pour la deuxième fois depuis qu’ils avaient quitté l’orbite de Paramat. Pas par nécessité. Kael le remarqua sans rien dire.
Siana était assise à la place de navigation, les bras croisés, les yeux sur le hublot. Elle ne regardait pas les instruments. Elle regardait le brouillard orange qui se resserrait autour du vaisseau comme si l’atmosphère prenait possession de l’espace à mesure qu’ils descendaient.
— On a combien de temps avant que la flotte impériale atteigne ce secteur, dit-elle.
— Archibald les bloque à la limite, dit Kael.
— Je sais ce qu’Archibald dit.
Le silence dura deux secondes.
— On fait vite, dit Kael.
— C’est pas une réponse.
— C’est la seule qu’on a.
Siana ne répondit pas. Elle reporta les yeux sur le hublot.
Le brouillard était partout maintenant. La visibilité extérieure était tombée à quelques mètres, la lumière orange diffuse qui ne venait de nulle part en particulier et projetait des ombres plates dans toutes les directions à la fois. Le satellite était là, quelque part en dessous, mais il n’existait encore que sur les instruments.
— Deux minutes avant le sol, dit Fynn. Je vois rien mais les instruments tiennent.
— Continue, dit Kael.
— Je continue, je continue. Juste pour noter que piloter à l’aveugle dans une atmosphère orange oppressante sur un satellite à la limite de l’extérieur sans communication possible avec quoi que ce soit, et personne, évidemment, n'a jugé utile de me consulter.
— Elle te convient ? dit Djoké.
— Non. Mais merci de demander.
Le bâtiment apparut sur les écrans de proximité avant d’apparaître par le hublot. Une masse rectangulaire, ses angles nets qui tranchaient dans la lumière diffuse, posée en surface comme si quelqu’un avait décidé un jour que cet endroit était suffisamment oublié pour y construire ce qu’on ne voulait pas qu’on trouve.
Fynn posa l’Enthomos à deux cents mètres, dans l’axe d’une anfractuosité naturelle qui cassait leur silhouette sur les capteurs de proximité.
Les moteurs s’éteignirent.
Le brouillard orange les enveloppait de toutes parts, épais, indifférent, et le laboratoire se dessinait devant eux dans la lumière diffuse comme quelque chose qui attendait depuis longtemps qu’on vienne le trouver.
Kael prit une inspiration.
Derrière lui, sans un mot échangé, Djoké avait ses tonfas en main et Siana s'était redressée.
— Codes d'identification envoyés, dit-il. Ils ont répondu. On est une livraison.
— Durée de la fenêtre ?
— Trente minutes pour le déchargement.
Kael se leva.
— On en prend vingt.
Il récupéra le chariot d'arrimage dans la soute. Djoké était déjà debout, tonfas vérifiés, manteau fermé. Siana avait les plans du bâtiment ouverts sur son terminal, elle les parcourut une dernière fois et referma l'écran.
— Deuxième niveau, dit-elle. Couloir central, salle au fond à droite.
— Fynn, dit Kael.
— Je reste au cockpit. Je vous attends avec le moteur chaud. Fynn s'enfonça dans son siège et posa les mains sur le tableau de bord avec la tranquillité appliquée de quelqu'un qui a trouvé exactement l'endroit où il est utile. Si ça tourne mal vous aurez un vaisseau prêt à décoller au lieu d'en avoir un à réchauffer.
— Vingt minutes.
— J'ai entendu.
Ils descendirent la rampe dans le brouillard orange. L'atmosphère les enveloppa immédiatement, étouffant les sons, effaçant les contours à quelques mètres. Le bâtiment se dessinait devant eux comme une masse sombre et massive, ses angles nets tranchant dans la lumière diffuse.
L’entrée de service s’ouvrit sur les mêmes codes que le bon de livraison. Pas de résistance, pas d’hésitation du système. À l’intérieur, rien ne signalait qu’on les attendait.
La lumière était froide, artificielle, une lumière utilitaire, sans intention. Des couloirs larges, des sols en métal strié. Deux membres du personnel les attendaient avec la mine de gens qui font ça toutes les semaines et qui ne voient pas pourquoi aujourd’hui serait différent. Kael leur parla avec l’assurance de quelqu’un qui a eu cette conversation des dizaines de fois. Djoké poussait le chariot. Siana fermait la marche.
Les deux membres du personnel signèrent le bon de livraison, vérifièrent deux caisses sur trois et repartirent dans le couloir sans regarder en arrière.
Kael attendit que leurs pas disparaissent.
— On y va.
Ils avancèrent vers le niveau deux.
Le premier croisement donnait sur un couloir plus large, mieux éclairé. Des portes de chaque côté, certaines avec des hublots ronds à hauteur des yeux. Fynn ralentit, les yeux sur le hublot. Djoké posa une main ferme sur son épaule sans un mot et le remit en mouvement.
Kael, lui, ne s’arrêtait pas. Il avançait à pas réguliers, attentif à tout ce qu'il y avait autour de lui sans en avoir l'air. L’aération dans les plafonds, des conduits plus larges que nécessaire pour un bâtiment de cette taille, des conduits prévus pour des matériaux dont on ne connaît pas encore tous les effets. Les sécurités sur les portes, pas des panneaux biométriques standard mais des systèmes à double authentification qu’on ne trouvait pas dans le commerce. Les matériaux des cloisons, un alliage composite sombre qui absorbait la lumière plutôt que de la réfléchir, une surface choisie pour ce qu'elle absorbait, pas pour ce qu'elle montrait.
Quelqu’un avait construit ça sérieusement. Quelqu’un avait pris le temps, les ressources, les années nécessaires pour ériger au fond de l’extérieur un endroit qui fonctionnait comme un laboratoire de premier rang. Ca n’avait rien d’un laboratoire clandestin, c’était une institution.
Le deuxième croisement. Couloir central. Salle au fond à droite.
Siana marchait derrière Kael et ne regardait ni les hublots ni les cloisons. Elle regardait devant, derrière, sur les côtés, et ce qu’elle voyait à chaque fois c’était la même chose. Rien. Des couloirs vides, des portes fermées, une progression qui se déroulait exactement comme prévu.
Les missions ne se passaient jamais exactement comme prévu. Il y avait toujours quelque chose, un détail qui résistait, une variable qu’on n’avait pas anticipée. Là, depuis l’entrée de service jusqu’au deuxième croisement, tout était fluide. Trop fluide. Ça ressemblait à de la chance. Ou à autre chose.
Elle ne dit rien.
La porte de la salle de Léopold était au fond du couloir, un panneau de sécurité sur le côté, une lumière allumée visible à travers le petit panneau vitré qui la surmontait.
Djoké posa une main sur le panneau.
La porte s'ouvrit.
La bombe était plus petite que ce à quoi Kael s'était attendu.
Un cylindre métallique d'environ quatre-vingts centimètres, posé sur un berceau d'arrimage au centre d'une salle encombrée de terminaux et d'écrans. Des câbles couraient depuis le cylindre vers les terminaux dans tous les sens. Une odeur distincte dans l'air, métal chaud et quelque chose d'autre, chimique, discret.
Quelqu'un était dans la salle.
Léopold se retourna au bruit de la porte. Il n'avait pas l'air surpris. Il avait l'air d'un homme qui avait passé suffisamment de temps seul dans cette pièce pour avoir imaginé cette scène plus d'une fois.
La cinquantaine, les cheveux gris tirés en arrière, des lunettes de lecture encore posées sur le nez. Il ne chercha pas à fuir. Il les considéra avec l'expression de quelqu'un qui a quelque chose d'important à dire et qui évalue si ses interlocuteurs vont l'écouter.
— Vous êtes là pour la prendre, dit-il.
— Oui, dit Kael.
— Pour la détruire.
— C'est ce qu'on nous a demandé.
Léopold fit un pas vers eux, sans agressivité, avec l'urgence contenue de quelqu'un qui a eu raison trop longtemps dans une pièce vide pour ne pas essayer une dernière fois.
— Vous comprenez ce qu'elle peut faire. Pas seulement comme arme. Comme solution. Si on l'utilise de la bonne façon, les deux puissances perdent le diverium en même temps. Les deux. Plus de diverium, plus de guerre. Pas dans cinquante ans après des négociations qui n'aboutiront jamais. Maintenant. Il regarda Kael avec une intensité qui n'avait rien de fanatique, juste la conviction froide de quelqu'un qui a fait les calculs. Les planètes frontalières saignent depuis cent ans. Je peux arrêter ça.
— En tuant combien de personnes sur Eden, dit Siana.
— Moins qu'une guerre.
Le silence qui suivit fut bref.
— Déconnectez-la, dit Kael.
Léopold ne bougea pas.
— Vous ne comprenez pas ce que vous êtes en train de faire. De la pitié dans sa voix, celle de quelqu'un convaincu que les autres font une erreur irréparable sans le savoir.
La main de Kael se ferma légèrement sur le cylindre
— Déconnectez-la.
Léopold comprit que la conversation était terminée.
Il appuya sur le panneau d'alerte intérieure fixé au mur derrière lui.
L'alarme retentit dans le couloir, courte, répétée, le signal d'intrusion qui allait réveiller tout le personnel du bâtiment. Djoké fut sur lui en deux pas, une main qui écartait le bras, l'autre qui saisissait le col, et Léopold recula contre le mur sans résistance, les mains levées, mais avec le regard de quelqu'un qui avait obtenu ce qu'il voulait.
Des pas dans le couloir. Plusieurs personnes. Personnel du laboratoire, pas des soldats, trois hommes qui s'arrêtèrent net dans l'encadrement de la porte en voyant la scène.
— Ils sont là pour voler la bombe, dit Léopold. Ne les laissez pas partir.
L'un d'eux recula dans le couloir et courut. Les deux autres hésitèrent.
— Siana, dit Kael.
Elle était déjà aux terminaux.
Un des deux hommes dans l'embrasure tenta de traverser la salle. Kael l'intercepta, un mouvement économique, sans bavure, l'homme se retrouva au sol sans avoir eu le temps de comprendre comment. L'autre recula et disparut dans le couloir.
Djoké tenait toujours Léopold contre le mur.
— Je m'en occupe, dit-il à Kael. Finissez la déconnexion.
— Rejoins-nous au couloir central dès que c'est fait.
Djoké hocha la tête.
Léopold croisa son regard et ses yeux changèrent. Pas de la peur.
C'est à ce moment que Léopold courut.
Pas vers la porte principale, vers le fond de la salle, une porte secondaire que Djoké n'avait pas vue parce qu'elle était encastrée dans la cloison entre deux terminaux. Il l'atteignit avant que Djoké ait eu le temps de traverser la salle.
Djoké passa la porte derrière lui.
Un couloir étroit, des câbles au plafond, l'éclairage réduit aux bandes d'urgence au ras du sol. Léopold était rapide pour un homme de son âge, ou peut-être qu'il connaissait ce couloir par cœur et que la connaissance remplaçait la vitesse. Il disparut par une porte à gauche.
Djoké la poussa.
La salle de contrôle de sécurité.
Une pièce petite, des écrans muraux qui montraient les couloirs du bâtiment en temps réel, plusieurs angles, plusieurs niveaux. Léopold était debout devant le panneau principal, il cherchait quelque chose, une commande, un verrou, et il se retourna quand Djoké entra.
Djoké ne le regarda pas.
Il regardait les écrans.
Le couloir principal du rez-de-chaussée. L'entrée de service. Le couloir central du deuxième niveau où Kael et Siana travaillaient encore.
Et par l'entrée principale du bâtiment, des silhouettes en armure standard, boucliers d'éther actifs, les voiles bleutés superposés dans le sas d'entrée. Ils entraient méthodiquement, par groupes, et sur l'épaulière du commandant qui marchait en tête un insigne d'aigle que Djoké reconnut sans pouvoir dire où il l'avait déjà vu.
Il compta.
Six soldats visibles. Probablement plus dehors.
Il se retourna vers Léopold.
Léopold le regardait avec une expression qu'il n'aurait pas su décrire, pas du soulagement, pas de la satisfaction.
— Il semblerait que vous ayez de plus gros soucis que moi.
Djoké lui tourna le dos, sortit de la salle de contrôle et courut.
Il arriva au couloir central au moment où Siana détachait le cylindre du berceau d'arrimage.
— Impériaux, dit-il. Rez-de-chaussée. Six au moins, peut-être plus. Un commandant.
Kael avait déjà récupéré le cylindre des mains de Siana.
— Sortie de service, dit-il. Flanc est. On évite le couloir principal.
Ils sortirent de la salle.
Le couloir central était encore désert mais les sons montaient du rez-de-chaussée, des pas lourds et réguliers, des ordres donnés à voix basse, la progression méthodique de gens qui ont fait ça suffisamment de fois pour ne pas avoir besoin de crier.
Ils prirent l'escalier de service.
Les soldats arrivèrent par le couloir principal du deuxième niveau au moment où ils atteignaient le palier intermédiaire. Djoké les vit le premier, se retourna vers Kael d'un coup d'œil.
— Continuez.
Kael hésita une fraction de seconde.
— Djoké.
— Continuez.
Il remonta les deux marches qu'il venait de descendre et se plaça dans le couloir.
Il y en avait quatre dans le couloir.
Deux en avant, deux légèrement en retrait, formation standard pour un espace étroit. Boucliers d'éther actifs, sabres de diverium levés, le commandant quelque part derrière eux encore hors de vue.
Djoké sortit ses tonfas.
Le premier soldat n'eut pas le temps de refermer sa garde. Le diverium fit ce que le diverium fait, le bouclier céda, les lames passèrent, et Djoké était déjà en mouvement vers le second avant que le premier touche le sol. Le second était meilleur, il para, recula d'un pas, chercha l'angle. Il lui offrit l'ouverture. Le soldat la prit. Djoké n'était plus là.
Deux soldats. Douze secondes.
Les deux en retrait avancèrent ensemble.
Celui de gauche était prudent, trop prudent, il gardait une distance qui l'empêchait de frapper mais qui l'empêchait aussi de gêner. Djoké l'ignora et alla chercher celui de droite, plus agressif, plus prévisible dans son agressivité. Trois échanges, le troisième conclu.
Le quatrième recula.
Djoké sentit ses épaules peser. Il continua.
Le commandant apparut au fond du couloir.
Il fit signe au quatrième soldat de s'écarter et avança seul.
L'insigne sur l'épaulière gauche captait faiblement la lumière des néons. Une armure de rang supérieur, plus lourde que celle des soldats, plaquée de diverium à certains endroits, mieux ajustée. Il portait une lame longue, tenue en garde basse, et il regardait Djoké avec le calme d'un homme qui a déjà évalué son adversaire et qui a décidé qu'il pouvait se permettre de prendre son temps.
Djoké n'avait pas le choix du terrain. Le couloir derrière lui ne menait pas à la sortie, il le savait depuis qu'il avait regardé les écrans dans la salle de contrôle. La sortie de service était devant lui, de l'autre côté du commandant. Reculer ne servait à rien.
Il fallait passer.
Le commandant était bon.
Pas invincible, mais suffisamment patient et suffisamment économe pour compenser tout ce que Djoké avait déjà dépensé dans ce couloir. Sa lame couvrait les angles sans excès, il ne cherchait pas à en finir vite, il cherchait à durer. À épuiser ce qui restait.
Djoké sentit l'échange s'allonger. Trois passes, quatre, cinq, chacune lui coûtant un peu plus que la précédente. Le commandant marqua une ouverture sur la droite, délibérément, et Djoké ne la prit pas parce qu'elle était trop propre et que les ouvertures trop propres sont des questions auxquelles on ne répond pas.
Le commandant sourit légèrement.
Sixième passe. La lame de diverium frôla l'épaule gauche de Djoké, le métal de l'armure légère qu'il portait racla, et Djoké recula d'un pas. Le commandant avança de la même distance, le couloir entre eux identique, mais quelque chose avait changé dans la façon dont ils l'occupaient.
Djoké était en train de perdre du terrain.
Le quatrième soldat se repositionna sur le flanc.
C'est à ce moment que Fynn passa la porte au pas de course.grace
Il saisit son couteau en diverium et le lança en direction du commandant, celui-ci le para sans difficulté grâce au plaquage sur le bras de son armure.
Il profita du réflexe de défense du commandant et de la brèche dans le bouclier qu'avait créé le couteau pour saisir son poignet à deux mains et tirer, fort, dans le sens opposé à Djoké, mettant trois mètres entre eux.
Le commandant se dégagea immédiatement, une rotation d'épaule qui envoya Fynn contre le mur, mais trois mètres c'était suffisant.
Djoké passa.
Il attrapa Fynn par le bras en passant devant lui et ils coururent ensemble vers la porte de service, le couloir, l'escalier, la porte qui donnait sur l'extérieur.
Le brouillard orange les enveloppa d'un coup.
Kael et Siana étaient à cinquante mètres devant eux, deux silhouettes dans la lumière diffuse, Siana avec le cylindre sous le bras, Kael se retourna.
— On l'a dit Fynn en courant. On a la bombe, on est sortis, c'est bon.
Il y avait dans sa voix le soulagement de quelqu'un qui n'en était pas tout à fait sûr jusqu'à la dernière seconde.
Djoké ne répondit pas mais il courut.
La rampe d'accès de l'Enthomos se dessinait dans le brouillard devant eux, la silhouette familière du vaisseau à peine visible mais là, moteurs en veille chaude comme Fynn l'avait laissé.
— On y est, dit Fynn. On y est, ça a marché.
Il avait ralenti légèrement, il respirait par petites bouffées.
Le brouillard orange était partout autour d'eux, épais, indifférent, avalant les sons et les formes avec la même constance qu'il avait depuis leur arrivée.
La lame sortit du brouillard par le côté gauche.
Une ombre derrière la silhouette de Fynn. L'insigne sur son épaulière captait vaguement la lumière diffuse une fraction de seconde avant qu'il frappe, pas assez longtemps pour que ça serve à quoi que ce soit.
Le son de la lame fut bref et définitif.
Fynn s'arrêta.
Il était toujours debout, les bras légèrement écartés, la bouche ouverte, le sang qui coulait le long du revers de son manteau.
Il baissa les yeux.
Le commandant retira la lame qui traversait son thorax.
Fynn s'effondra sur le sol.

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